Massimo Palanca, le roi de Catanzaro

Par Michaël Magi publié le 20 Fév 2019

Petit elfe des Marches, Massimo Palanca fut sacré roi, 800 kilomètres plus au sud, à Catanzaro. Archétype du joueur de province, affublé d’une trombine à sortir d’un vieil album Panini (moustaches de rigueur), il était de ces footballeurs romantiques qui, dans les années 70, faisaient momentanément oublier, à une Italie déchirée, la violence aveugle des années de plomb.

Nul n’est prophète en son pays

Né en 1953 à Loreto, c’est dans un club de sa région d’origine que Palanca se révèle : à Camerino, avec lequel il découvre la Serie D. Mais c’est hors-les-murs, en 73 que bascule son destin. Gabriele Guizzo, ancien formateur de Camerino, alors à Frosinone, lui propose un essai avec les canarini. Aligné à contremploi sur l’aile par le coach, Umberto Mannocci, Palanca passe inaperçu. Le jeune homme au physique frêle (1m69 pour à peine 60 kgs) n’a pas le volume de jeu nécessaire pour animer un coté. Pourtant, Guizzo n’en démord pas et parvient à convaincre Mannocci de lui donner sa chance ; chance qu’il mettra à profit en inscrivant 17 buts durant la saison. Fort du titre de capocannoniere de Serie C, Palanca attire naturellement l’attention de la Reggina. Le transfert est proche d’aboutir mais capote, les amaranti échouant dans la course à la montée en Serie B. Le destin s’écrit de lui-même et le petit gars des Marches signe à Catanzaro, durant l’été 74, pour 350M de lires ; belle plus-value pour Frosinone qui n’en avait déboursé que 8 pour l’acquérir.

Palanca, en bas à gauche, avec les canarini, lors de la saison 1973-1974

L’arrivée de Palanca en Calabre figure la rencontre de deux destins qui, progressant côte à côte, formeront l’âge d’or d’un club qui jusqu’alors, n’avait connu qu’une seule saison en Serie A (1970-1971). Comme il en est des belles histoires, celle-ci se forgera tout d’abord dans l’adversité. Lors de leur première saison en commun, Palanca ne marque que 4 buts en 35 rencontres et Catanzaro échoue dans la course à la montée, perdant en barrage contre l’Hellas (1-0). Ce n’est que partie remise : le graal est atteint dès la saison suivante. Palanca fait alors ses débuts en Serie A, le 3 octobre 1976 contre Naples. Hélas, Catanzaro est trop juste pour l’élite et redescend aussitôt. Une saison de plus au purgatoire (durant laquelle Palanca plantera 18 buts) permettra au lutin moustachu de parfaire son jeu et à Catanzaro de gagner en expérience.

Un roi aux enchères

Entre 78 et 81, Palanca et Catanzaro vont vivre 3 saisons au paradis. Au sein de ce paradis, Massimo deviendra Roi. Point d’orgue ; ce 4 mars 1979 béni, au cours duquel Palanca écrit une des plus belles lignes de sa légende. Le Catanzaro, sous les ordres de Carletto Mazzone, vient défier la Roma au Stadio Olimpico. Dès la 5ème minute, Palanca trompe Paolo Conti en marquant sur corner direct. L’égalisation de Di Bartolomei, sur penalty, ne douche pas son enthousiasme. Le Roi réprime sans clémence la révolte, peu avant la pause, jaillit de nulle part et expédie un missile en pleine lucarne et parachève son oeuvre à la 78ème minute, sur une ouverture de Manlio Zanini, devant une assistance incrédule. Les romains clignent des yeux : le nom de Palanca monopolise bien le tableau d’affichage à cristaux liquides de l’Olimpico.

Roma 1 Palanca 3

L’Italie tombe alors en pâmoison devant le Roi de Catanzaro. Devant ce petit homme dont la marque de fabrique est de multiplier les buts du point de corner (13 buts de la sorte durant sa carrière). Du marketing tout prêt pour la machine médiatique et les patrons de club… A l’été 1981, un étrange débat anime ainsi la population de Catanzaro : peut-on vendre un Roi ? La réponse ne tarde pas. Palanca rend une couronne qui ne vaut rien face à la logique de marché et part à Naples, pour 1,3 milliards de lires.

Palanca, sous le maillot du Napoli : Sourires avant un échec retentissant…

Derniers combats

Les beaux contes ont ceci de fâcheux qu’ils sont prévisibles. La carrière de Palanca ne sera plus qu’une suite de déconvenue. Son étoile s’éteint sous le ciel napolitain. Plus triste, Catanzaro, qui a réinvesti le trésor récolté suite à sa cession, finit la saison à la 7ème place (la meilleure de son histoire en Serie A). Sans lui. Mais dès la saison suivante, les destins semblent se souvenir qu’ils sont parallèles : les Aigles paient au prix fort leur régicide et sont relégués ; Palanca – qui les a ironiquement devancés en Serie B – vit un autre échec à Como. A croire que ces deux-là se consument loin l’un de l’autre. C’est donc logiquement qu’ils s’unissent à nouveau, en 1986, alors que les calabrais croupissent en Serie C et que Palanca se rafistole à Foligno, dans le confort de l’anonymat. Et la magie opère. Forts de 17 réalisations, Palanca ramène de suite Catanzaro en Serie B. La saison suivante, le club calabrais rate l’accessit en Serie A à un point près. Un point perdu dont on retrouve peut-être la trace le 14 février 1988. A quelques secondes du terme d’une rencontre contre la Triestina, alors que le score est vierge, Palanca se voit offrir l’opportunité de tirer un penalty… Le Roi expédie son tir sur le poteau. Pressentant l’issue fatale, Palanca rejoint les vestiaires en larmes, sous les applaudissements du stade.

Son dernier match, Palanca le joue le 3 juin 1990, alors que la relégation en Serie C est déjà actée. Triste fin, sonnant l’échec d’un club qui ne retrouvera plus l’élite. Le temps d’un remplacement, d’une ovation, d’une étreinte partagée avec Fausto Silipo, ancien coéquipier devenu coach… Etreinte forte qui, par l’intermédiaire d’un homme, véhicule l’affection que l’ensemble du pays éprouvait pour un joueur humble, insaisissable, facétieux, comme le football n’en fera plus. Seule reste la mémoire d’un homme qui aimerait que l’on se souvienne de lui pour autre chose que ses seuls buts du poteau de corner : « S’il vous plaît, demande-t-il, rappelez aux jeunes que je pouvais faire autre chose, des choses tout aussi complexes, que j’avais une bonne frappe dans toutes les positions. Cette histoire de corner est une malédiction ». Quels coeurs seraient assez froids pour ne pas l’exaucer ?

Michaël Magi



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