Massimo Bonini, l’obscurité lui va si bien

Par Aurélien Bayard publié le 13 Oct 2019

La sérénissime république de Saint-Marin. Ce pays enclavé dans le Nord de l’Italie cumule des records dans le mauvais sens du terme. Mais comme chaque pays à le droit à son étoile, Massimo Bonini, dont c’est le soixantième anniversaire aujourd’hui,  est celle qui a brillé le plus tout en restant dans le noir.

Footballeur malgré lui

Si Andy Selva restera pendant encore de nombreuses années le meilleur buteur de la sélection saint-marinaise, Bonini sera tout autant considéré comme la plus grande star qu’ait jamais connue la plus vieille république du Monde. Pourtant, ce dernier ne se destinait pas vraiment au ballon rond. Il voyait même d’un bon œil la petite balle jaune. Alors il joue en dilettante et intègre le club local de Juvenes. A l’époque, les recruteurs et observateurs ne sont pas aussi développés et il fait partie de ses gamins qui passent entre les mailles du filet. Qu’importe, Massimo s’amuse, prend des coups, en donne et continue toujours et encore de progresser. Il quitte son enclave à 18 ans pour se retrouver quelques encablures plus loin à Bellaria. Là-bas il fait la connaissance d’un ancien joueur banal mais qui a l’âme d’un grand entraîneur : Arrigo Sacchi. Malheureusement, le jeune homme apprend peu auprès du mage de Fusignano puisque ce dernier rejoint trop vite Cesena. Ce qui aurait pu être un acte manqué n’aura aucune conséquence. Bonini ne s’en soucie guère cherche naturellement à repousser ses limites. Pour cela, il va vers les joueurs les plus expérimentés pour mieux apprendre.

Le poumon de Platini

Tout devient rapidement trop petit pour Massimo. 1 saison à Bellaria en Serie D, 1 à Forlì en Serie C pour enfin poser ses bagages à Cesena dans l’antichambre du football italien. Cette fois-ci le milieu de terrain décide de rester deux ans. Excellente idée puisqu’il décroche la promotion en Serie A avec les hippocampes lors du second exercice. Mais il portera un autre maillot rayé de noir et de blanc dans l’élite italienne. A force de faire le sale boulot des autres, d’enquiller les kilomètres pour revenir défendre, Giovanni Trapattoni voit en lui le successeur de Giuseppe Furino, autre profil besogneux. Le saint-marinais quitte enfin l’Emilie-Romagne pour le Piémont pour devenir une légende de l’ombre. Les strass et les paillettes s’accrochent à des joueurs comme Michel Platini ou Zbigniew Boniek et, de toute façon, ne l’intéressent pas. Cela ne lui empêche pas d’avoir la reconnaissance de ses pairs puisque, le Roi Michel surpris de nouveau par Gianni Agnelli en train de fumer, répond du tac au tac que l’important est que Bonini ne fume pas pour assurer ses arrières. La consécration arrive en 1985 lorsque la Juve soulève sa première Coupe des Clubs Champions contre Liverpool. Alors que ses coéquipiers fêtent le titre, lui ne peut pas. Le drame du Heysel est beaucoup trop dans sa tête et il refuse toujours de compter cette victoire comme un honneur.

Saint-Marin ou rien

Preuve si la lumière le dérangeait presque, il a préféré attendre que Saint-Marin puisse enfin jouer des matchs officiels pour devenir international. Hormis une infidélité avec les espoirs italiens, le rêve devient enfin réalité en 1990. L’UEFA a reconnu la petite enclave comme membre à part entière 2 ans auparavant. Avec seulement 19 petites sélections sans goûter à la victoire, nous aurions pu croire que Massimo n’y prenne aucun plaisir. Bien au contraire, il peut enfin jouer avec ses anciens amis d’enfance qui n’ont pas eu la chance de percer. Il s’autorisera même à prendre la tête de la sélection pendant 2 ans pour sa seule expérience de coach. Après cela, il s’éloigne progressivement du monde du football. Le temps passant, son nom commence à être oublié au moment de citer les grands joueurs. Mais voilà, l’UEFA lui rend un dernier hommage en le nommant « Golden Player » de sa nation chérie en 2004. Preuve qu’en restant dans l’ombre, on peut toujours recevoir des honneurs.

Aurélien Bayard



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