Marco Negri, le joueur de province devenu star des Rangers

Par Sébastien Madau publié le 27 Oct 2020

Marco Negri fête aujourd’hui ses 50 ans, dont 17 sur les terrains professionnels.

Printemps 1997. Marco Negri (26 ans) termine une saison contrastée avec Perugia. Ses 15 buts (record en Serie A), n’ont pas empêché la rétrogradation en Serie B. Le joueur est à un carrefour. Il n’a jamais réussi à s’imposer ailleurs qu’en province (Udinese, Novara, Ternana, Cosenza, Bologna) en pleine génération dorée (Baggio, Zola, Casiraghi, Ravanelli, Del Piero, etc). Negri profite alors de l’arrêt Bosman pour s’expatrier. Direction: les Rangers. Oui, un catholique dans les rangs du club protestant de Glasgow.

Les Rangers sont alors à la recherche d’un successeur à Mark Hateley pour former un duo avec Ally Mc Coist. Un superviseur se rend en Italie suivre un Perugia-Roma. A son retour, son jugement est sans appel. « Si nous cherchons un attaquant qui se bat sur chaque ballon, qui ouvre des failles pour ses co-équipiers, qui se sacrifie en faisant le pressing sur les défenseurs adverses, alors il vaut mieux laisser tomber. Mais si nous en cherchons un qui marque au moins 30 buts par saison, nous avons trouvé l’homme qu’il nous faut ». Marco Negri signe aux Rangers et devient la terreur des défenses écossaises.

Monsieur « 1 but par match »

Aux côtés des Brian Laudrup, Paul Gascoigne et de ses compatriotes Sergio Porrini, Lorenzo Amoruso et Gennaro Gattuso, Marco Negri marque 23 buts lors des 10 premières journées, dont un quintuplé face à Dundee. Au final, il scorera 32 fois en 29 matchs. Il enflamme la passion des fans des Gers pour cet Italien inconnu d’eux quelques semaines auparavant. Toutefois, ces statistiques ne suffiront pas pour remporter un 10ème titre consécutif, laissant le trophée aux ennemis du Celtic. Comment expliquer un tel échec ? Justement peut-être parce que Negri n’a pas pu faire valoir son état de grâce toute la saison 97/98.

Un jour, c’est le drame…

A Glasgow, Negri est connu pour sa discrétion. Après les matchs, il préfère rester en famille plutôt que dans les pubs. On lui reproche parfois cet effacement. Naturellement, il passe une partie de ses loisirs avec son co-équipier Sergio Porrini. Ce dernier est fan de squash et l’enrôle. Un jour, lors d’une partie, une balle vient heurter violemment Negri à l’oeil droit. La rétine est touchée. Sa carrière connaît un tournant. Negri est éloigné un mois des terrains. Il ne retrouvera jamais plus son niveau. Comble du sort, les blessures se cumulent: infection pulmonaire, hernie. Et la direction du club se montre soudainement intransigeante à son égard. Negri est affamé de revanche.

La saison suivante, la direction et le nouvel entraîneur Dick Advocaat ne lui laissent pas le temps de s’exprimer. Il est écarté du groupe et privé de salaire. « Je n’ai pu m’entraîner durant deux mois » rappelle Negri. « A mon retour, ma forme physique n’a plus jamais été la même et j’ai mal accepté d’être mis de côté. Dans ces moments, le plus important est de se parler, ce qui, malheureusement n’a pas eu lieu. Y compris par ma faute et celle de mon orgueil ». Dans l’impasse, en janvier 1999, Marco Negri se résout à faire ses valises, prêté à Vicenza (1 but en 9 matchs). Entre 1999 et 2001, il est officiellement en Ecosse mais ne joue qu’un seul match. A l’été 2001, le retour en Italie est inéluctable en espérant une relance (Bologna, Cagliari, Livorno) qui ne viendra jamais. Negri raccroche les crampons à Perugia à 34 ans en 2005.

Il racontera les hauts et les bas de sa carrière dans une autobiographie (« Bien plus qu’un numéro sur un maillot »). L’expérience aux Rangers y tient une large place afin de « faire toute la lumière sur une saison en dent de scie ». Quoi qu’il en soit, les fans des Rangers le considèrent à jamais comme l’un des leurs. Preuve en est la chaleur de l’accueil réservé lorsqu’il participe à des manifestations autour de l’histoire du club.

Sébastien Madau



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