Marcello Lippi, une figure doriana

Par Michaël Magi publié le 28 Oct 2020

Il y a quelques jours, Marcello Lippi a officiellement annoncé l’arrêt de son immense carrière d’entraineur. Son dernier contrat sera donc celui qui l’a lié à la sélection chinoise. Quoiqu’il en soit, le Toscan peut avoir le sentiment du devoir accompli, fort d’un palmarès monstrueux comprenant notamment 5 scudetti, une Coppa Italia, une Champions et bien sûr un titre de champion du monde avec la Nazionale en 2006. Une page se tourne en somme ; elle s’ouvrit sur une longue histoire avec la Samp. Car oui, Lippi est avant tout une figure doriana.

1969-1979 : blucerchiato pré-Mantovani

C’est en 69 que l’histoire de Marcello Lippi commence à s’écrire. Natif de Viareggio, en Toscane, c’est au sein du club local qu’il apprend son futur métier. Acquis par la Samp à la toute fin des années 60, il est prêté une saison à Savona. Le 27 septembre 1970, de retour en terre génoise, il fait enfin ses débuts au sein de l’élite. Un baptême du feu puisque cette première aura pour théâtre, dès l’entame du championnat, le Sant’Elia du grand Cagliari de l’époque. La défaite est logique mais le jeune libero intègre là un onze qu’il ne quittera plus, s’offrant même le plaisir d’inscrire un but contre la Fiorentina mi-décembre de la même année.

Avec la Samp, Lippi vivra de belles saisons au sein de l’élite mais aussi une amère relégation en 1977, qui préparera le terrain pour l’arrivée de Mantovani en juillet 79. Même si Marcello finira sa carrière à Lucchese, après deux saisons à Pistoia (participant d’ailleurs à une historique promotion en Serie A pour le petit club toscan), il conservera un attachement particulier à l’égard du club génois : « J’ai passé 9 années magnifiques ici, comme joueur. Même si l’objectif, chaque année, était de nous maintenir… Les souvenirs sont si nombreux : je suis arrivé quand je n’étais qu’un enfant. Je suis parti en homme, marié. Mes enfants sont nés ici, j’ai fait toute ma carrière ici… »

Un pied à l’étrier grâce à Mantovani

Joueur, Lippi connaissait la valeur du collectif. C’est du reste cette qualité qui a incité Fulvio Bernardini, coach bulcerchiato de l’époque, à faire de lui l’un de ses hommes de base en 1970. Lui qui disait du jeune défenseur qu’il avait « cette capacité rare d’imposer sa personnalité sans nuire à celle des autres ». Ce fut sans doute un argument de poids pour Mantovani lorsque ce dernier choisit de lui confier les rênes de la Primavera en 1982.

« Quand je suis parti, raconte Lippi, Paolo Mantovani m’a dit: « Va finir ta carrière, puis reviens ici. Nous nous assiérons et déciderons ensemble ce que tu vas faire ». Donc, j’y suis retourné, après Lucchese, et je lui ai dit : « Je veux être entraîneur ». Il a appelé Borea et il lui a dit: « Marcello entraîne la Primavera dès demain ». J’y suis resté trois ans. Après cela, j’ai eu beaucoup d’autres satisfactions, mais il est clair que c’est une partie de ma vie qui est restée dans mon cœur. »

Loin des yeux, proche du coeur…

Même lorsque Lippi était à la tête de la sélection chinoise, il ne manquait pas de surveiller de loin les résultats de la Samp. Regrettant même de n’avoir jamais coaché l’équipe première. En mars dernier, alors que le club génois jouait sa survie, il ne tergiversait pas sur ses sentiments : « Il y a Ranieri, un coach expérimenté, qui sait comment gérer ces situations. Je n’ai jamais entraîné la Samp. Je ne pouvais pas proposer mes services, mais ils auraient certainement pu m’appeler. J’aurais aimé entraîner la Samp au cours de ma longue carrière, je n’aurais pas dit non. »

A travers ces mots, on perçoit l’attachement logique de l’ancien joueur qui a passé la majeure partie de sa carrière dans un club, du coach qui y a fait aussi fait ses premières classes, confessant même avoir appliqué toute sa carrière de vieilles recettes développées avec la primavera doriana (notamment le fait de rédiger ses séances d’entrainement à la manière d’un script cinématographique). On perçoit aussi la nature profondément sentimental d’un club peu commun. Un peu comme si la Samp était une famille et que Lippi savait, quoiqu’il advienne, qu’il en ferait toujours partie.

Michaël Magi



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