Marash Kumbulla, rempart de Vérone…

Par Michaël Magi publié le 27 Nov 2019

Avec 11 buts en 13 rencontres, l’Hellas est la seconde défense du championnat. Une réussite que les gialloblu doivent à une défense à trois robuste, au sein de laquelle s’est imposé l’albanais Marash Kumbulla. Encore inconnu il y a quelques mois, le défenseur attire déjà les convoitises de la Juventus et de la Lazio.

Enfant de l’exil

C’est en 1996 que le père de Marash Kumbulla s’installe en Italie, deux avant le début du conflit avec le Kosovo voisin. Comme d’autres, il quitte un pays instable, à l’économie ravagée par une trop brutale transition du communisme au libre-échange. « Nous avons 7 enfants, qui vivent quasiment tous en Italie, témoigne-t-il. Pour venir ici, il m’a fallu donner un million de Lires au passeur. Marash ne peut même pas imaginer ce que nous avons traversé pour arriver ici… » Laissant derrière elle les souvenirs douloureux d’un exil déchirant, la famille s’établit pourtant. Le patriarche, accompagné par son frère, propose ses services de maçon. Marash nait 4 années plus tard, le 8 février 2000, au sein d’une petite commune italienne bordant le Lac de Garde, située à une trentaine de kilomètres de Verona. Aujourd’hui, les deux frères gèrent une société qui emploie 20 personnes. « Nous sommes des étrangers en Italie, mais nous travaillons honnêtement », précise-t-il, non sans fierté.

Le jeune Marash, qui porte le nom d’un grand-père qu’il n’a jamais connu, porte ce si lourd héritage qui est, paradoxalement, celui des déshérités de la terre. Dingue de calcio et plus particulièrement du Milan depuis le plus jeune âge, il a vite intégré les structures de formation de l’Hellas, gravissant naturellement les échelons, des U17 jusque l’équipe première. Cette saison, son talent brut explose, comme l’avait promis le Directeur sportif des gialloblu, Tony D’amico, qui avait fait des pieds et des mains cet été pour le retenir alors que la Juve souhaitait déjà l’intégrer à sa primavera. Résultat, l’Albanais a joué 9 matchs et a déjà marqué le premier but de sa carrière (NDLR : contre la Samp). La Juventus désire toujours l’accueillir. La Lazio, elle aussi, verrait d’un bon œil son arrivée. Deux volontés qui, jusque-là, se heurtent à la bonne saison des Gialloblu, mais aussi à la réalité d’un contrat qui court jusqu’en 2022.

Adopté par Juric

Dans le meilleur des mondes, Marash Kumbulla ne brulerait aucune étape. S’il démontre du reste de belles qualités (aptitude au duel, habileté en couverture, capacité à doser sa prise de risque dans la première relance), il faut aussi reconnaitre qu’il s’exprime aujourd’hui dans un système qui favorise son éclosion, dans le rôle de pointe basse du trident défensif de Juric. A la Juventus, sans parler de la rude concurrence à laquelle il lui faudrait faire face – une concurrence qui n’a par exemple permis à Merih Demiral de ne jouer qu’un seul match – l’Albanais devrait repenser son jeu au sein d’une défense à 4, positionnée bien plus haut que celle de l’Hellas. A la Lazio, s’il retrouverait l’apparent confort d’une défense à 3, il lui faudrait aussi ingérer fissa le bagage tactique d’une équipe ambitieuse, bien loin des standards défensifs si chers à Juric.

Kumbulla, comme tous les jeunes joueurs, a besoin de temps pour apprendre, ce qu’illustre son match raté contre la Juve, conclu par une expulsion évitable dans les arrêts de jeu ; durant lequel on l’aura trouvé nerveux et hésitant. Le gamin, qui a connu sa première sélection avec l’Albanie en octobre dernier, devra rester concentré sur sa saison avant d’aborder le mercato estival ; ce que son agent ne démentait pas, il y a peu : « Pour le moment, il est difficile pour nous de faire des prévisions. Nous sommes concentrés sur la réussite de Marash en Serie A. Il sera temps, l’été venu, de prendre une décision… avec Verona, à qui il doit tout. » On sait ce que valent les paroles d’agent… Le joueur, actuellement blessé aux ischio-jambiers, se soigne en vue d’un retour début décembre pour la réception de la Roma. Entretemps, l’agent ne s’est pas privé de nourrir les gazettes en annonçant que son poulain était également suivi par l’Inter.

Michaël Magi



Lire aussi