Maradona, « Live is Life » et le plus bel échauffement du monde

Par Boris Abbate publié le 04 Déc 2020
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La scène se déroule à Munich, le 19 avril 1989. D’un coté, Diego Maradona. Plus grand numéro dix de l’époque et star déjà érigée au statut de semi-légende dans les rues de Naples ou d’Argentine. De l’autre, une bande de potes autrichiens  et un groupe de musique qui cartonne avec un tube devenu méga culte. Entre ces deux là, une pelouse et une enceinte pleine à craquer : l’Olympiastadion. Qui va devenir le théâtre d’une des plus belles scènes de l’histoire du football.

Quand les deux tubes du moment se rencontrent…

Retour quelques années en arrière. Nous sommes en 1984, et un tout jeune groupe de musique déferle alors la chronique avec un single de feu : Live is Life. Le tube fait rapidement fureur en Europe et dans le monde entier, les paroles du titre sont un véritable hymne à la joie de vivre, et le rythme endiablé et la mélodie addictive de la musique en font un succès retentissant. Numéro un en Allemagne et en France le jour de la sortie, dans le top 10 en Italie et aux Etats-Unis : le tube est déjà un incontournable des fêtes et soirées en tout genre.

Et il va continuer de l’être cinq ans plus tard, quand en 1989 Diego Maradona pose ses crampons sur la pelouse de Munich. C’est la demi-finale retour de la Coupe UEFA. Le Napoli écrase tout sur son passage (et ira même gagner la coupe). Et Maradona est le meilleur joueur de la planète. Mais ce qui va devenir culte, ce n’est pas vraiment le match en lui même. Mais plutôt l’échauffement que va effectuer le numéro 10 juste avant la rencontre.

Lacets défaits, k-way trop grand et ficelle autour du ventre

Lacets défaits, k-way beaucoup trop grand et rajusté avec un simple morceau de ficelle serré autour du ventre, Diego rentre alors sur la pelouse. Et il va faire le show bien avant le coup d’envoi. Les 70 000 spectateurs de l’enceinte munichoise sont déjà tous installés, et tous les regards pointent vers le joueur argentin. A l’écart des autres joueurs napolitains, qui s’échauffent eux tous en groupe, Diego est lui resté seul. Grand sourire aux lèvres. Il enchaine alors les acrobaties avec le ballon, comme un dieu. Jongles, changement de rythme, contrôle en cloche : toute la panoplie y passe. La classe !

La scène se déroule alors sur le fond sonore de Live is Life, qui résonne en boucle dans le stade et qui est reprise par tous les supporters. Présent dans l’enceinte ce jour-là, le journaliste belge Frank Raes se souvient à la perfection de ce moment magique. « Les images ont été diffusées en direct sur les grands écrans du stade. Tout le monde était fasciné par Maradona. Nous ressentions tous la même chose: un enchantement. C’était la combinaison du foot et des rythmes de la musique ». Et l’histoire ne va bien entendu pas s’arrêter là.

Un échauffement qui aurait du finir aux oubliettes

Car ces images ne sont en réalité en aucun cas retransmises à la télévision. Et elles sont bien vouées à l’oubli. Pire encore, pour l’époque, les caméras isolées n’étaient même pas nées, et filmer de la sorte un unique joueur sur la pelouse était une pratique qui n’existait tout simplement pas. Alors comment ce moment culte de Diego a-t-il pu devenir aussi mythique ? Pour cela, il faut partir du coté de la Belgique. Quand ce même Frank Raes décide quelques années plus tard de réaliser un documentaire sur le Pibe De Oro. Conscient d’avoir vécu un grand moment en 1989, il décide de demander les images intégrales du match à la télévision allemande. L’histoire est en marche.

Deux minutes trente de montage et une vieille cassette

«Les téléspectateurs n’avaient pas vu ces images, car c’étaient des images d’avant le match», expliquait encore Frank Raes à la presse. «De retour à Bruxelles, j’ai contacté la chaîne allemande ZDF. Ils ont envoyé une cassette et à partir de ces 12 minutes, j’ai fait un montage d’environ 2 minutes 30». Un montage qui va alors tranquillement prendre place dans le documentaire du journaliste, et qui va bien évidemment fuiter sur YouTube. C’est le début de l’histoire de l’échauffement de Dieu sous les couleurs du Napoli face au Bayern, et la séquence fait le buzz et devient rapidement virale. Charge aux réseaux sociaux et aux internautes de terminer le boulot : la vidéo atteint alors très rapidement les millions de vues. Et elle ne va plus jamais finir de faire parler d’elle. 

Confusion en pagaille

Ce moment de football est tellement devenu culte, qu’il entrainera énormément de confusion dans les années qui suivent. Exemple frappant avec Jürgen Klinsmann, qui déclarait ceci lorsqu’il fut interrogé par un média au sujet de cette vidéo. « Il y avait 70 000 personnes dans le stade qui regardaient Maradona s’échauffer. Nous, en revanche, nous nous sommes échauffés comme de vrais Allemands: sérieux, concentrés. Puis « Live is Life » a commencé et sur ces notes Maradona a commencé à jongler avec le ballon. On a arrêté l’échauffement et on a tous regardé. Mais que faisait ce gars ? Nous ne pouvions pas arrêter de regarder ». 

Problème toutefois, et symbole d’une hystérie collective à ce sujet, le joueur allemand n’était pas présent ce jour là sur le terrain, et il ne jouait même pas encore sous le maillot du Bayern !*** Quoi qu’il en soit, la vidéo continue aujourd’hui d’être un incontournable, et elle a le mérite de représenter tout ce qu’il y de plus beau chez Maradona : un ballon et un sourire. « C’est ma contribution à l’humanité » avouera même Frank Raes des années plus tard, sans qui cette vidéo n’aurait jamais vu le jour. Alors merci à lui. Et merci à Diego pour ces deux minutes de pur bonheur. 

*** NB : Jürgen Klinsmann a en réalité toujours défendu que la scène s’est déroulée avant la finale contre son équipe de Stuttgart, ce qui laisse penser que Maradona a effectué cet échauffement fou à la fois contre le Bayern en demi-finale, mais également contre Stuttgart en finale ! Bon à savoir toutefois : plusieurs spécialistes ont analysé la vidéo de Frank Raes, et sont arrivés à la conclusion que la scène se déroulait bel et bien à Munich ce jour-là (en se basant sur les panneaux publicitaires visibles en arrière-plan). 

Boris Abbate

Rédacteur



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