L’UEL2, entre démocratisation et vulgaire parodie

Par Julien Picard publié le 05 Déc 2018

Réuni à Dublin ce dimanche 2 décembre, le Comité exécutif de l’UEFA a entériné, par le biais de son président Aleksandr Ceferin, la création d’une troisième compétition européenne, l’UEL2, nouvelle antichambre du football européen. Prévue pour le cycle 2021-2024, elle cherche à étendre le nombre de pays concernés par une compétition européenne.

Mode d’emploi

Après la Champions League, dont la formule et les modes d’accès demeurent inchangés, l’Europa League, qui va retrouver un format de 32 équipes, voici l’UEL2 (nom provisoire). Seuls tous ceux qui ont échoué au dernier tour préliminaire d’Europa League intégreront les phases de poules. Seront concernés par les tours préliminaires de l’UEL2 un club de chacun des 5 grands championnats (le 7e), mais aussi et surtout trois clubs de chacun des championnats classés après la 17e place au coefficient UEFA. Cette nouvelle compétition permettra donc de voir le 4e du championnat des Îles Féroé, soit le redoutable KI Klaksiv à l’heure actuelle, participer au 1er tour préliminaire. Dans notre Serie A, ce sera donc le club ayant terminé à la 7e place qui y sera reversé, soit l’AS Roma en ce moment.

L’Europa League est elle aussi affectée par ce changement structurel, passant au même format que la C1. Les principaux championnats y seront moins représentés, avec seulement deux places (le 5e et le 6e), contre trois la plupart du temps aujourd’hui (en raison notamment des vainqueurs de Coupe nationale), le reste étant réservé aux recalés de la C1. En revanche, tous les clubs provenant de pays de bas de tableau ne disputeront plus le tour préliminaire de l’Europa. Ils iront directement en UEL2.

Tout pour les puissants, rien pour les autres

Pour le championnat italien, il existe diverses raisons de se réjouir de cette modification et ce n’est pas étonnant que l’on retrouve Andrea Agnelli à la baguette du lobbying mené par l’ECA (European Club Association), association dont il est le président. Tout d’abord, elle s’ajoute à celle permettant désormais à la Serie A d’envoyer directement 4 clubs en Ligue des Champions, sans passer par la case barrages. De manière plus générale, aucun de nos clubs ne sera amené à disputer de tours préliminaires, et celui qui sera amené à disputer l’UEL2 pourra y nourrir de légitimes ambitions quant à une éventuelle victoire finale. De plus, ils seront 7 chaque année à être en lice sur la scène européenne. Par conséquent, sportivement et économiquement, la réforme est intéressante et elle fera la part belle à des droits TV toujours croissants et qui, en empêchant le renouvellement de l’élite footballistique, favorise le statu quo et la stabilité des clubs au plus haut niveau. Au détriment des petits clubs.

En effet, pour les clubs du bas du panier, le bilan de la réforme est contrasté. Si la réforme de Platini d’intégrer tous les vainqueurs des championnats nationaux aux tours préliminaires demeure louable et inchangée, celle de regrouper les équipes les plus faibles dans une compétition européenne de troisième zone est sujette à critique. Dès mi-juillet, ces équipes seront sur le pont, voyageront à travers l’Europe malgré des budgets restreints et joueront tous les trois jours malgré des effectifs limités. Les bénéfices qu’ils pourront en retirer sont en contrepartie plutôt faibles, à savoir une exposition médiatique nulle en Europe, des affiches qui n’attirent personne ou l’impossibilité de se concentrer exclusivement sur leurs championnats nationaux. Par-dessus tout, ces équipes savent pertinemment qu’elles sont vouées à évoluer entre elles, et que cette UEL2 ne les destine pas à affronter un jour les mastodontes européens, trop occupés à s’affronter exclusivement entre eux.

Cette UEL2, comme l’a fait la Nations League, confine et enferme définitivement ces différents championnats dans une parodie de compétition européenne dont ils ne pourront s’échapper. Ce qui fait le charme du football, à savoir son imprévisibilité, disparaît petit à petit et le spectre d’une compétition fermée se rapproche à grands pas. Alors loin d’être une preuve de démocratisation, l’UEL2 ressemble à un vulgaire simulacre de compétition européenne, dont l’économie de nos clubs et leurs ambitions ressortent vainqueurs même si l’on pourra toujours comparer les revenus modestes que ces compétitions génèrent en comparaison à la C1.

Julien Picard



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