Livorno, chef d’oeuvre en péril

Par Michaël Magi publié le 22 Nov 2020

Il y a quelques semaines, le calcio est passé à un cheveu d’un cataclysme avec la menace de disparition de l’une de ses places fortes historiques. Sauvé in extremis de la liquidation, Livorno n’en a toutefois pas fini avec les ennuis. Sous la menace d’une relégation sportive, de sanctions pécuniaires, de pénalité de points, le club semblait s’être trouvé des propriétaires investis. Dans ce « semblait », se nichent une infinité de « si » qui pourraient faire tenir la Piazza Micheli dans une bouteille…

Un club si atypique

« Apprenez des Toscans à cracher dans la bouche des puissants, des rois, des empereurs, des évêques, des inquisiteurs, des juges, des seigneuries, des courtisans de toute espèce… », écrivait Malaparte. Cette sentence semble avoir été pensée pour Livorno, dont la réputation remonte à Cicéron (qui la nommait Labronico), et que l’industrialisation et l’urbanisme ont ravagé. Elle sied aussi comme un gant à un club qui n’a eu de cesse de taquiner les forts tout en clamant la singularité de son identité.

Symbole de celle-ci : Cristiano Lucarelli (110 buts en 191 matchs sous le maillot amaranto), héraut d’une saison 2005-2006 au terme de laquelle le club obtint une qualification historique en Coppa UEFA. Lucarelli, qui rejoignit le club alors qu’il croupissait en Serie B, refusa un pont d’or du Torino pour défendre les couleurs de sa ville natale…et portait le numéro 99 en hommage aux Brigate Autonome Livornesi, groupes d’ultras politisés a sinistra toute (aujourd’hui dissous) recordman des interdictions de stade et des polémiques en tout genre… Toute l’Histoire du Livorno Calcio illustre l’esprit de résistance ; jusqu’à ce scudetto manqué d’un rien en 1920 contre l’Inter et une finale de Prima Categoria durant laquelle, menés 3-0, les amaranti s’arrachèrent pour revenir à un but dans les 10 dernières minutes, faisant craindre aux puissants d’en face les affres d’une rimonta

Turpitudes toscanes

Fort de 18 présences en Serie A (27 en B), le Livorno Calcio a tout connu. Y compris l’amertume d’une petite mort avant de renaître. C’était à la fin de la saison 1990-1991 ; le club s’était vu contraint d’aller faire un tour en Eccellenza. L’Histoire du calcio est certes pleine de ces histoires de tragédie puis de rédemption. Toutefois, dans un football qui ne cesse de se financiariser toujours plus, certaines morts pourraient bien s’avérer irrémédiables. Voilà sans doute pourquoi la menace de trépas qui pèse sur le club toscan a suscité tant de réactions. Y compris les plus dingues…

On ne plaisante pas avec le calcio à Livourne ? Allez en parler au gardien du stade qui a découvert, le 21 octobre dernier, 3 croix plantées dans la pelouse, portant le nom de 3 protagonistes de la situation (dont l’organisme bancaire Cerea, coupable de ne pas avoir versé la garantie nécessaire à la survie du club) mais aussi la tête décapitée d’un cochon… Et ces mots glaçants : « Vous le paierez cher, vous paierez pour tout ! »

Survivre coûte que coûte…

In extremis, le club amaranto a trouvé une solution à ses problèmes les plus immédiats. Rosettano Navarra, qui avait récupéré le club avec le soutien d’un consortium l’été dernier, après 21 années de Présidence d’Aldo Spinelli, a jeté l’éponge. Le groupe Carrano a récupéré 34% du club. Et  Giorgio Heller est désormais Président. Tout est à reconstruire comme l’indiquait il y peu Rosario Carrano : « Nous allons investir. Avec l’intention d’être attentif à l’administratif et bien sûr, d’augmenter la valeur de l’équipe en restructurant l’entreprise… »

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient et la réalité est têtue. Alors que le club est dans une situation sportive compliquée (14ème de son groupe de Serie C), les salaires n’ont toujours pas été versées en totalité et Ghirelli, Président de la Lega Pro, a récemment mis la pression sur la nouvelle direction, se déclarant « inquiet » et attendant « des réponses rapides ». Livorno n’est donc pas au bout de ces peines. Et ce, même si les joueurs – tout du moins ceux qui restent, après un exode d’ampleur – démontrent des qualités de résilience rare ; comme lorsqu’en pleine tempête médiatique, un groupe restreint de 16 joueurs a décroché un nul inespéré à Olbia… Résistance, disait-on…

Michaël Magi



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