L’Étranger : Alvaro Morata et l’odyssée d’un incompris

Par Yacine Ouali publié le 11 Nov 2020

Depuis son retour à la Juventus, Morata retrouve les couleurs qui avaient fait de lui l’un des buteurs les plus létaux d’Europe. À côté de sa flopée de buts hors-jeu, qui montre toutefois sa qualité de placement et qui paiera forcément, Morata marque aussi beaucoup cette saison. Il marque, parce qu’il est en confiance et se sent aimé. Il marque, parce qu’enfin, il n’est plus l’Étranger.

2014-2016 : les premières amours

Après 4 ans dans l’ombre de Benzema et Higuain à Madrid, Morata débarque à Turin en 2014. Son arrivée est accueillie avec scepticisme : comment pouvait-il s’intégrer dans une attaque aussi complémentaire que celle de Tevez et Llorente ? C’était sans compter la capacité d’Allegri à faire surperformer ses joueurs. Sous sa houlette, Morata se sent, pour la première fois, apprécié à sa juste valeur.

Et quand c’est le cas, il repaie rubis sur l’ongle : but dans le derby d’Italie, but aller-retour contre Madrid en demie de C1, but en finale de C1 contre Barcelone. À chaque fois, ses buts sont décisifs. La Juventus et l’Europe découvrent un attaquant polyvalent, rapide et tueur.

La saison suivante, le même scénario se reproduit. Morata marque le but de la victoire contre Manchester City en poules de C1, et égale le record de Del Piero de 5 matches consécutifs avec au moins un but en C1 en scorant contre Séville. Après cela, même les galères ne déstabilisent par un Morata qui a le soutien de la direction, de l’entraîneur et de la tifoseria. Quand il passe une dizaine de matches sans marquer, tout le monde l’encourage. Résultat, un match stratosphérique au retour du huitème de C1 contre le Bayern, un doublé contre le Torino, et le but vainqueur en finale de Coppa contre le Milan AC, en guise d’adieu.

La traversée du désert avant les retrouvailles

Rappelé par le Real Madrid en 2016, Morata réalise une belle saison, et s’installe en concurrent sérieux de Benzema. Mais Madrid ne l’aime pas comme Turin. L’Espagnol est vendu à Chelsea, club où il ne s’imposera jamais, jonglant difficilement entre des attentes énormes et un soutien inexistant dans ses périodes de doute.

Au fond, Morata est incompris. Pas totalement numéro 9, il est aussi à l’aise en soutien d’un buteur et en faux 9. Cette polyvalence, toujours louée chez un joueur comme Benzema, est reprochée à Morata à Chelsea, comme ce fut le cas à Madrid. Sans son carburant indispensable qu’est l’amour, Morata n’avance plus. Son transfert à l’Atletico Madrid en janvier 2019 est un soulagement. Dans l’autre Madrid, où la culture de l’entraîneur comme des supporters est celle d’un soutien indéfectible aux joueurs, Morata brille.

Tactiquement cependant, quelque chose lui manque encore. Morata marque, mais est rarement décisif. Dans une équipe défensive et qui joue énormément sur la transition, son adaptation est incomplète, et les critiques sur son manque de réalisme refont surface.

C’est le moment que choisit la Juventus pour le rappeler. Paratici fait le choix du cœur et Morata n’hésite pas une seule seconde. Il retourne dans la seule maison qui l’ait réellement, et inconditionnellement, aimé. Il retourne sur les terres de sa femme, aussi ; et quand sa famille est heureuse, Morata joue mieux. Il le répète à l’envi depuis deux mois : sa famille est heureuse, la direction et les tifosi le comprennent… alors il plante. Et de quelle manière. Depuis le début de cette étrange saison, Morata est tout simplement le meilleur joueur de la Juventus. Ses buts comptent et sont réguliers, à tel point que Dybala se retrouve, entre autres raisons, sur le banc.

Là est donc la solution à l’équation Morata. Souvent incompris, rarement soutenu, l’émotif Espagnol ne se cache pas et appelle de ses vœux la dimension indispensable selon lui à sa réussite : l’amour. Et dans cette longue et difficile odyssée, un seul club a toujours répondu présent. Entre la Juventus et Morata, l’amour règne. Il n’y a plus qu’à voir jusqu’où cela le mènera.

Yacine Ouali



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