Les ultras du Napoli reviennent, pour les couleurs, et rien d’autre

Par Rémi Falvo publié le 28 Jan 2020

Ah, le stade San Paolo. Ses alentours chaleureux en toutes saisons, ses 60 240 places… Et sa mauvaise réputation. Il suffit de voir les premières propositions affichées dans le moteur de recherche Google quand on tape « Stadio San Paolo« … Le monde entier voit ce stade comme un théâtre qui sonne creux. Et ces dernières saisons, difficile de donner tort à l’opinion publique : 31 000 spectateurs de moyenne, l’ambiance a déserté le San Paolo. Et les Ultras avec. Jusqu’à ce mardi, où lors de la réception de la Lazio en Coppa Italia, les tifosi des curve A et B ont fait leur retour au stade, après des semaines de boycott. Détails de cette rupture, aussi profonde que justifiée.

On a beau chercher, la suggestion « stadio San Paolo meilleure ambiance d’Italie » n’y est pas…

Une tendance globale

C’est la tendance du football moderne : éloigner les supporters de leur club. Du moins, leurs plus fervents, ceux qui sont capables de poser une journée de congé pour un déplacement, ceux qui sacrifient l’anniversaire de leur fille pour un match de championnat, et ceux, il faut le dire aussi, qui provoquent le plus d’agitation dans les tribunes. Par agitation, les clubs n’entendent pas seulement bagarres, chants racistes, et gestes obscènes. Un fumigène, un drapeau sorti, ou même le simple fait de suivre le match debout est désormais vu comme une attitude anarchique. Le Napoli est loin d’être épargné par ce phénomène, il en est même l’une des victimes les plus gravement atteintes. Pour preuve, la politique sportive du club depuis le début de saison : les places coûtent très cher, jamais moins de 30 euros, ce qui vise à priver une partie plus pauvre du public de sa sortie bi-mensuelle. Et un flicage permanent de ceux qui ont pu payer leur place. La dernière règle en date communiquée par le club, est celle de « l’obligation pour un tifoso de rester assis à la place indiquée par son billet. » Et ce n’est pas des paroles en l’air. Des caméras sont placées dans le stade pour vérifier  la bonne application de cette règle. Si tel n’est pas le cas, le supporter en question reçoit un avertissement, puis une amende, et enfin une interdiction de stade pouvant aller jusqu’à trois ans.

Chacun à sa place

Difficile de chanter assis, de faire des chorégraphies de masse, dans ces conditions. C’est précisément ce que veut Aurelio De Laurentiis, à qui tout bon Ultra napolitain voue une haine certaine, en dépit du passé, et des sommes injectées quand le club était au fond du trou. Son attitude actuelle a fait tout oublier. De plus, le port de la cagoule, ou des lunettes de soleil est carrément interdit au stade, pour pouvoir identifier chacun, et en même temps éviter d’avoir un public qui dégage une certaine hostilité. Comme beaucoup de présidents de clubs européens, si ce n’est la totalité, De Laurentiis préfère avoir un public muet 90 minutes, heureux quand son équipe marque, triste quand elle perd, mais qui paie sa place et ferme sa bouche.

Parce que le public des curve, c’est celui qui se fait remarquer en déplacement, qui rejette le maillot à Callejon quand il estime que ce dernier n’a pas fait une prestation digne du club dans lequel il joue, ou qui n’hésite pas à entonner des « De Laurentiis, figlio di puttana » pendant dix minutes d’affilées. Ajoutez à cela les résultats catastrophiques en championnat, vous obtiendrez un climat fait à 99% de haine, rancœur et mépris. Et pourtant, c’est maintenant que les Ultras ont choisi de retourner au stade. Au moment où tout allait mal, pour le match face à la Lazio en Coppa Italia. Heureusement, la victoire des azzurri a pu éteindre des potentielles flammes que les tifosi étaient prêts à allumer, dont une des étincelles était cette grande banderole déployée : « Solo per la maglia« , « seulement pour le maillot« , donc. Leur président directement, et habilement visé. Après le mythique chant « un giorno all’improvviso » entonné en fin de match, il est possible de croire que tout est oublié. Mais au réveil le mercredi matin, le club est toujours quatorzième du championnat, et les places en curva (tribune populaire) coûtent toujours 30 euros. Le problème est loin d’être réglé, même si la victoire contre la Juventus ce week-end a sans doute mis un joli pansement sur une plaie bien ouverte.

Rémi Falvo

Rédacteur



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