Les plans de « l’Architetto » Pirlo pour la Juventus

Par Marc Occhipinti publié le 24 Sep 2020

Le 8 août dernier, la planète football fut particulièrement ébranlée lors de la tonitruante double annonce : licenciement de Maurizio Sarri, et nomination d’Andrea Pirlo en tant que Mister de la Vieille Dame. Certes, pour Sarri on pouvait s’y attendre. Mais il fallait être bien près du cercle d’Andrea Agnelli pour prédire que le Maestro allait être choisi pour entraîner l’équipe neuf fois championne d’Italie. Beaucoup d’encre aura coulé sur les raisons de cette décision. Une mesure de bon père de famille visant à l’économie en ces temps de disette qu’impose la COVID ? Vraie intuition sur le génie tactique de celui qui avait déjà été choisi pour mener les U23 ?

Nous allons analyser ici les plans de l’Architetto pour la Juventus que l’on peut deviner à partir du match contre Novara, de la thèse soutenue par Pirlo et de la rencontre contre la Sampdoria.

La Juventus du precampionato

Pandémie oblige, jamais la préparation au championnat fut aussi courte. Un seul et unique match suivi avec une curiosité inversement proportionnelle à la valeur de l’adversaire : Novara. Pirlo opte pour un 3-5-2 : Szczęsny – Danilo, Bonucci, Chiellini – Cuadrado, Rabiot, McKennie, Ramsey, Alex Sandro – Kulusevski, Ronaldo

Le module de la défense à 3 avait été annoncé en conférence de presse. Danilo en 3ème défenseur central, McKennie devant la défense avec Rabiot pas loin. En pointe, Ronaldo évidemment, avec Kulusevski comme courroie et partenaire de dialogue dans la surface de réparation. Le 3-5-2 se mute en 4-4-2 avec la possession de balle. Léger recul d’Alex Sandro en défense, Ramsey sur le côté gauche, et Cuadrado libre de défier, en un contre un, les défenseurs adverses.

Pirlo semble miser tout particulièrement sur l’intensité et le dynamisme de McKennie pour récupérer les ballons au milieu, et sur la qualité de passe et la vision de Kulusevski pour servir Ronaldo dans les meilleures conditions. L’action du premier but contre Novara est à ce titre un véritable cas d’école de ce que le Mister attend du Suédois.

La thèse de Pirlo sur son football idéal

Autre indice sur les plans du Maestro : la thèse qu’il a pu défendre à Coverciano pour l’obtention de l’UEFA Pro (la certification la plus reconnue pour les arbitres européens) et que la FIGC (Federazione Italiana Giuoco Calcio) a publiée. Une immersion dans la pensée de Pirlo sur ce qu’est le football idéal, ses inspirations concernant le jeu et sur la philosophie de ce qu’il voudrait voir exprimer sur la pelouse. Il épouse en particulier un concept cher à Antonio Gagliardi (ex analyste de la Squadra Azzurra) : « le rôle (d’un joueur) n’est plus une simple position, mais une fonction« . Dans le football de 2020, le joueur n’a pas une simple « place » mais un véritable rôle à jouer dans les différentes phases de jeu (défensive et offensive).

La thèse présente poste par poste ce que Pirlo imagine pour eux, avec quelques grands principes qui affichent résolument sa modernité. Le goal tout d’abord qu’il voit comme un sweeper-keeper capable de couvrir l’espace devant sa zone avec une défense haute. Les défenseurs centraux sont appelés en phase de sortie à être les tout premiers registi de l’équipe (peut-être un clin d’oeil aux bons pieds de Bonucci si précieux pour la sortie de balle). Et surtout, l’esprit du jeu de Pirlo se veut résolument offensif avec une domination nette sur le ballon qu’il exprime par ces mots : « Nous voulons attaquer bien, pour bien défendre. »

Le baptême de Serie A contre la Sampdoria

Pour défier les doriani, Pirlo est resté fidèle aux principes montrés contre Novara. Défense à 3 avec Danilo pour constituer la DBC, McKennie en récupérateur (9 ballons récupérés), Rabiot pour la distribution du ballon, et utilisation de l’amplitude. Pour cela, Pirlo a même positionné un droitier à gauche (McKennie) et un gaucher à droite (Rabiot) pour qu’ils recherchent plus spontanément les ailes du fait de leur posture naturelle.

Ce ne sont que les prémices, mais une nouvelle Juventus émerge des plans de l’Architetto.

Marc Occhipinti



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