Les montagnes russes de Filippo Inzaghi

Par Florian Giunta publié le 19 Jan 2020

« Tous les grands entraineurs ont eu des moments difficiles. Si j’avais eu des doutes, je serais resté chez moi et j’irais faire le consultant. Entraîner c’est ma passion » affirme sans sourciller Filippo Inzaghi. Homme du nord de la botte, c’est en Campanie qu’il assouvit sa passion et s’épanouit. Top player de Serie A durant plus de quinze ans, c’est en Serie B qu’il gagne. Petit retour sur la carrière heurtée de l’entraîneur Filippo Inzaghi et gros zoom sur celui qu’il devient aujourd’hui à Benevento.

De Milan à Bologne en passant par Venise

« Papa, j’ai besoin d’une équipe sinon il va falloir m’hospitaliser« . Ce sont les mots de Filippo à son père quelques jours après son licenciement de Bologne en janvier 2019. Avec seulement 20 points en 24 matchs dont deux victoires en championnat, son aventure bolonaise s’est achevée douloureusement. Mais Filippo est coach dans l’âme et ne veut faire que ça ; malgré Bologna, malgré aussi l’échec avec « son » Milan AC.  Triste dixième place en 2014-2015 qui s’est avérée synonyme de non-qualification en coupe d’Europe. 40 matchs et 14 victoires avec les Rossoneri et puis s’en va. Alors, c’est en Serie C puis en Serie B qu’il accumule les victoires avec Venise d’août 2016 à juin 2018. En Serie B, comme promus, ses Vénitiens réalisent une belle saison, éliminés seulement en demi-finale de playoffs par Palermo. « Je ne regarde pas la catégorie : j’aime travailler où il y a de l’enthousiasme » réagit-il quand on lui parle de déclassement.

Un bourreau de travail qui a les idées claires

Après Bologne, Filippo ne prend pas de vacances mais son baluchon pour faire son tour d’Italie.  Etudier, métaboliser l’échec et se reconstruire sur ses fondamentaux tel est son but.  Il a été invité par plusieurs entraîneurs de premier plan notamment par Simone, son frère. Mais il sollicite aussi Gasperini, Giampaolo, Prandelli, et Mancini. En bon disciple d’Ancelotti, il n’est pas dogmatique. Si le 4-3-3 est à la base de ses réflexions désormais, il a touché à d’autres systèmes. Surtout, il sait avec lucidité, ce qu’il peut apporter comme ancien grand champion. Le travail est fondamental mais il n’est rien quand il n’est pas porté par des tripes. Celles de ses joueurs d’abord. Il est un chef d’orchestre qui veut les rendre meilleurs en leur montrant qu’ils sont la solution. Il tisse un lien personnel et particulier avec eux mais ne néglige pas la force du groupe. « Dans le vestiaire, on est enragés » souligne avec fierté Nicolas Viola, milieu de Benevento. Mais Inzaghi est mesuré. La passion pour la victoire s’accommode bien de la modération : « Bien s’entraîner, manger bien, dormir, faire une vie d’athlète » sont ses préalables.

Super Pippo, super Benevento

« Dans quelques années, quand quelqu’un cherchera à faire mieux, nous comprendrons vraiment ce que nous avons fait« . En Serie B et à moins de cent kilomètres de Naples, Pippo est redevenu Super Pippo. 46 points en 19 matchs, 2,3 points de moyenne. La Juventus post-calciopoli de Deschamps avait fait moins bien avec 44 points (sans compter la pénalité). A l’issue de la phase aller, son équipe compte douze points d’avance sur son dauphin Pordenone. Un seul naufrage, chez d’autres dauphins : une défaite 4-0 à Pescara. Si Benevento est bien le plus gros budget de Serie B, cela n’enlève rien aux mérites des hommes d’Inzaghi quand on voit notamment les difficultés d’Empoli. Et fort de sept victoires consécutives, bien arrimé à son 4-3-2-1, Inzaghi compte bien démarrer 2020 comme il a terminé 2019. Car l’objectif est bien de retrouver l’élite du calcio en août prochain. Filippo n’a rien perdu de son aura, mieux il la retrouve. En ce début d’année, c’est à lui qu’on rend visite : Simone mais aussi Francesco Totti sont venus le féliciter. « Si je me regarde dans le miroir, je me trouve changé. Trop de cheveux blancs. Mais si je me regarde bien, c’est toujours moi« . C’est d’abord en eux que les grands champions trouvent de la ressource : premier enseignement de coach Pippo…

Florian Giunta



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