Les Italiens à la Juventus

Par Thomas Cbd publié le 08 Oct 2018

Après les départs de Buffon, Marchisio et Sturaro cet été, la vielle dame ne compte plus que 10 joueurs de nationalité italienne dans son effectif. 5 ou 6 d’entre eux devraient recevoir suffisamment de temps de jeu mais seulement 3 sont titulaires : Chiellini, Bonucci et Bernardeschi. Le 10 septembre dernier, lors du match entre l’Italie et le Portugal aucun joueur de la Juventus n’était aligné dans le 11 de départ, ça n’était pas arrivé depuis 20 ans…

Y a-t-il une pénurie de joueurs italiens à la Juventus cette saison ?

En réalité, si l’on analyse l’effectif bianconero des 5 dernières années, le nombre de joueurs italiens présent dans l’effectif n’a pas beaucoup évolué. En 2014/2015 il y en avait 16; les saisons 2015/2016 – 2016/2017 comptaient 10 joueurs italiens; 9 la saison dernière et de nouveau 10 cette année. Ce qui change en revanche c’est le nombre d’italiens qui ont effectivement joué pendant ces années : durant la saison 2014/2015 par exemple, l’équipe se reposait essentiellement sur un bloc italien composé de Buffon, Bonucci, Chiellini, Barzagli, Marchisio, Pirlo et des remplaçants comme Padoin et Ogbonna (respectivement 35 et 30 matchs chacun). Cette année seul Chiellini et Bonucci sont des titulaires indiscutables et Bernardeschi semble le devenir. Barzagli prend de l’âge, Rugani peine à éclore et Perin est second dans la hiérarchie des gardiens. Si on regarde le milieu de terrain, plus la moindre trace d’Italiens dans l’effectif. La Juventus s’est internationalisée à juste titre pour devenir l’une des cinq meilleures équipes mondiales. En revanche pour l’Italie c’est le reflet d’un problème structurel que tout le monde constate depuis plusieurs années : son manque cruel de top players. 

La Juve a-t-elle une part de responsabilité ? Possible quand on s’aperçoit que très peu de joueurs de la Primavera sont insérés dans le groupe pro (seulement Moise Kean actuellement) ou qu’un attaquant comme Andrea Favilli, qui a cartonné durant les matchs de pré-saison cet été (notamment un doublé face au Bayern de Munich) a aussitôt été envoyé en prêt payant avec option d’achat.

Les répercussions sur la Nazionale

L’équipe nationale italienne a toujours compté sur un nombre très important de joueurs provenant de la Juventus. Lors des derniers mondiaux remportés par les azzurri, les cadres bianconeri étaient en nombre : Dino Zoff, Gaetano Scirea, Claudio Gentile, Antonio Cabrini, Marco Tardelli et Paolo Rossi en 1982. Buffon, Cannavaro, Zambrotta, Camoranesi, Del Piero en 2006. Buffon, Chiellini, Bonucci, Barzagli, Marchisio, Pirlo, Giaccherini et Giovinco en 2012 lors de l’Euro d’une Nazionale finaliste. Pour avoir une Nazionale compétitive, les jeunes doivent jouer les matchs les plus importants. Faire jouer Rugani contre Empoli pour le turnover ne va pas lui faire passer le cap qu’on attend de lui. De toute façon les intérêts divergent : Allegri a un devoir de résultat sur le court terme et doit faire jouer les onze meilleurs à sa disposition, tandis que Mancini s’efforce de sélectionner des joueurs titulaires dans leur club. Lors du dernier rassemblement il déclarait : « Les jeunes italiens sont forts et doivent jouer, nous devons leur donner confiance. À l’étranger on les envoie sur le terrain sans problème, ils sont libres de faire des erreurs sans subir trop de pression.» 

Étant donné le début de saison parfait de la Juve (10 matchs/10 victoires), on aimerait désormais une prise de risque plus conséquente d’Allegri en donnant davantage de temps de jeu à Rugani, De Sciglio ou Moise Kean dans des rencontres à forts enjeux (Manchester United, AS Roma ou Valence par exemple). Ces joueurs paraissent faibles ou inexpérimentés sur le papier mais c’est justement en leur confiant ce type de responsabilité qu’ils franchiront les paliers et qu’ils pourront être performant en équipe nationale. Un club comme la Juventus dispose de tous les éléments nécessaires à la formation d’un jeune en vue de l’amener au plus haut niveau : des infrastructures optimales, des moyens humains et financiers conséquents, des joueurs extrêmement expérimentés et un projet sportif formidablement ambitieux.

Equipe B : un premier pas vers une amélioration ?

C’était une réforme très attendue en Italie : la possibilité pour les clubs de Serie A de constituer une équipe B. La FIGC l’a mise en place et la Juventus est pour l’instant la seule équipe à l’avoir fait (le Milan AC ayant finalement abandonné l’idée). Son équipe B a été créée cette année et participe actuellement au championnat de Serie C. Comme le veut la règle, le groupe est exclusivement composé de joueurs âgés de moins de 23 ans et pourra monter jusqu’en Serie B. Cette réserve devrait on l’espère, favoriser l’émergence de jeunes talents sur le moyen terme et donner de nouvelles possibilités au coach et au club avant de recruter à l’étranger. Ces joueurs vont ainsi pouvoir côtoyer le monde professionnel, acquérir une expérience non négligeable et obtenir une visibilité qui leur permettront peut être d’accéder un jour à l’élite.

Thomas Cbd



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