Les enseignements de l’arrivée de De Ligt à la Juventus

Par Yacine Ouali publié le 18 Juil 2019

Il existe un adage dans le calcio qui se vérifie année après année : si vous n’arrivez pas à les battre, achetez-les. Éliminés en quarts de finale de la Champions League cette saison par l’Ajax, la Juventus n’a pas traîné pour s’offrir le joueur qui l’a crucifiée et qui représente le futur de son poste : De Ligt.

Adoubé par les plus grands, en particulier Marcello Lippi, De Ligt arrive à Turin précédé d’une réputation flatteuse. Rarement un défenseur central n’a en effet paru aussi mature à un si jeune âge. Attiré autant par la perspective de jouer avec son idole Ronaldo que d’apprendre à encore mieux défendre dans la meilleure école du monde (la Serie A), De Ligt portera tout au long de la saison une immense pression sur ses épaules. Sera-t-il la  dernière pierre nécessaire à l’édifice turinois pour enfin atteindre le graal européen, 23 ans après le dernier titre et 10 ans après le début du projet Agnelli ?

La signature d’une deuxième pointure mondiale en deux ans

Un an après le coup de tonnerre Ronaldo, la Juventus réussit donc une nouvelle fois à dépasser tout le monde avec De Ligt. Ce transfert est à attribuer au duo Paratici/Nedved, le premier pour être un négociateur hors pair, le second pour son amitié avec Raiola qui facilite énormément les choses.

La question est maintenant de voir comment la Juve, qui en attendant n’a vendu que Spinazzola, se dépatouillera avec les règles du fair-play financier. D’autant plus que si Pogba ou Savic atterrissent aussi dans le Piémont, l’addition ne sera que plus salée…

Quelle intégration dans le système Sarri ?

Si l’on se fie à ses expériences passées, Maurizio Sarri débutera la saison avec un 4-3-3, possiblement hybride pour ne pas trop excentrer Dybala.

En défense, vu son prix et la saison mitigée de Bonucci, De Ligt devrait être aligné titulaire aux côtés de Chiellini. Probablement chargé de colmater les brèches d’un Giorgio vieillissant, De Ligt devra aussi assurer le plus clair de la relance au sol si chère au Sarrismo. Chiellini étant en effet plus maladroit balle au pied qu’autre chose, la recrue hollandaise devra mettre à bon usage ses années d’apprentissage du football total à l’Ajax pour fluidifier une relance turinoise quelque peu faible la saison dernière, peu aidée qu’elle était par le placement trop haut de Cancelo, la nonchalance de Sandro et la baisse de régime de Pjanic.

Le signe des vaches maigres italiennes à ce poste

Comme l’a dit il y a quelques années Chiellini, le seul défenseur de classe mondiale que l’Italie ait produit entre 1985 et 1994 est Leonardo Bonucci.

Aujourd’hui, si les sélections de jeunes redonnent espoir dans le poste, aucun défenseur central italien n’étant pas déjà à la Juventus ne donne les mêmes garanties que la Juve a trouvées en De Ligt : la faculté d’être prêt, tout de suite, pour le projet Champions League.

La signature de De Ligt porte donc plusieurs enseignements, parfois contradictoires. Si l’information en soi est une excellente nouvelle pour la Juventus, que le prix, peut-être trop élevé, n’atténue pas, elle porte aussi en elle le sombre présage de vieilles déficiences au niveau de la formation en Italie. À chaque fois que la Juventus, club pourvoyeur de joueurs pour la Nazionale par excellence, se résout à recruter à l’étranger pour combler des manques, c’est une défaite pour le calcio.

Ceci étant dit, il ne faut pas minimiser l’incroyable coup qu’est cette arrivée de De Ligt dans le Piémont. Après Ronaldo et peut-être avant Pogba, la Juventus attire de nouveau des pointures, et c’est peut-être là la meilleure nouvelle pour les juventini comme pour le football italien.

Yacine Ouali



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