Les douze travaux de San Siro

Par Aurélien Bayard publié le 03 Oct 2019

Après avoir pleuré tout l’été lors de l’annonce de la destruction de son lieu de culte, les supporters milanais doivent désormais regarder la vérité en face. Leur mythique stade ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir et le projet avance inexorablement. Preuve s’il en est, les premiers croquis viennent de tomber.

Remplacer l’irremplaçable

Joueurs, entraîneurs, tifosi, tous ont été marqués lorsque leurs regards se sont posés sur la mythique arène du San Siro. A l’extérieur, c’est une sorte d’immense vaisseau qui se tient prêt à vous engloutir. A l’intérieur, la Curva Sud vous attend de pied ferme pour vous submerger. En théorie, tout cela s’arrêtera dans 3 ans. Les cabinets d’architecture planchent déjà sur ce que nous appellerons pour le moment le nouveau San Siro, avant qu’un éventuel contrat de naming achève toute référence du passé. Actuellement, 2 esquisses ont été rendues. La première, fruit d’une alliance américano-italienne entre les cabinets d’architecture Manica et Sportium, présente un stade ovale. Autour de celui-ci, deux anneaux qui s’entrecroisent mais s’opposent en même temps, symbolisant les deux clubs ennemis unis pour ce projet. Les américains ont décidément pignon sur rue puisque la seconde conception provient du cabinet Populous. Plus terre à terre, ces derniers se sont inspirés des principaux monuments milanais – dont l’inévitable Duomo – pour tracer les courbes de la nouvelle arène. Evidemment les deux design ne laissent pas indifférents et il en faudra plus pour convaincre les supporters.

Donner une chance au produit

Forcément, les tifosi leur trouvent déjà tous les défauts du monde. Absence d’âme, ressemblance avec des stades actuels, tout y passe. Cependant, ces projets méritent d’être défendus. L’espoir peut être de mise en s’attardant sur les précédentes réalisations des cabinets d’architecture. Avec le Groupama Stadium de Lyon et surtout le Tottenham Hotspur Stadium, Populous dispose de 2 belles vitrines pour convaincre les aficionados milanais. L’acoustique des deux écrins est superbe et Populous s’est inspiré du mur jaune du Signal Iduna Park pour concevoir les tribunes du stade londonien. La nouvelle Curva n’aura plus qu’à s’installer afin de recréer les ambiances chaudes du passé. Autre point non négligeable, la pelouse repose sur un système rétractable et peut rester protégée pendant 10 jours grâce à des systèmes d’éclairage, de refroidissement et d’arrosage à LED. Intéressant quand on sait que la surface du San Siro souffrait régulièrement du manque de luminosité. Seul ombre au tableau : 400 millions de livres avaient été évoquées lors du lancement des travaux en 2008 et finalement la construction aurait dépassé le milliard de livres. Rembourser le prêt du stade pourrait alors être un sévère coup d’arrêt pour l’évolution des deux équipes milanaises.

Quand la politique s’en mêle…

Avant de poser la première pierre, il faudra aussi convaincre le conseil municipal milanais. Alors que les avis politiques sont divergents – nous retrouvons des membres de Forza Italia, la Lega et du Partito Democratico – le front du « Non » a des airs d’Union Sacré entre les partis. Comme les supporters, ils verraient d’un meilleur œil une rénovation de l’enceinte actuelle. Cette solution n’est absolument pas viable pour les directions milanaises. Elles voient les choses en grand et tablent sur un projet global de réfection de la zone commerciale autour de San Siro. Salle de concert, centre commercial, hôtel, en somme toute infrastructure qui peut booster l’activité économique hors période de match. En politicien habile, le maire de Milan, Giuseppe Sala, manie la chèvre et le chou. Bien conscient que la Scala del Calcio fait partie intégrante de l’Histoire milanaise, il ne peut pas non plus refuser des éventuelles sources de revenu supplémentaire pour sa ville. La réponse finale est fixée au 10 octobre.

Aurélien Bayard



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