Les années « Juventus » de Beppe Marotta

Par Yacine Ouali publié le 12 Oct 2018

Après 8 années d’excellents et loyaux services, Beppe Marotta, administrateur délégué et directeur sportif de la Juventus, a annoncé qu’il quitterait le navire dans un avenir proche. Il était aisé de voir, dans le ton de sa voix et les mots utilisés, que ce n’était pas sa décision au départ, mais plutôt le fruit du rajeunissement des effectifs impulsé par le président Agnelli. Remplacé par son bras droit devant l’éternel, Fabio Paratici, Marotta entretient le flou sur son avenir. Un passage à la tête de la FIGC, comme l’opinion publique l’appelle de ses vœux ? L’Inter, Manchester United ? Rien n’est sûr pour l’instant, si ce n’est la tristesse des tifosi. La Curva Sud a même interrompu sa grève le temps d’une minute pour scander son nom lors du match contre les Young Boys.

Les résultats économiques

Dans le Piémont, Marotta aura joué un rôle déterminant dans le redressement d’un club luttant contre les démons du Calciopoli. À son arrivée en 2010, la Juventus sortait d’une décevante 7ème place en championnat et d’une piteuse élimination en 8ème de la Ligue Europa contre Fulham. La plus grande affluence au stade était d’à peine 14 000 personnes, et la pire était de 112 (!) contre le Napoli en Coppa. Outre les habituels Buffon, Chiellini, Marchisio, Camoranesi, Del Piero et Trézéguet, le plus important transfert se résumait à l’arrivée de Diego en provenance du Werder.

Les premiers travaux de Marotta à la Juve ont donc avant tout été économiques. Redresser le club, qui se préparait à inaugurer son Stadium l’année d’après, était crucial. Avec Agnelli, arrivé en même temps que lui, Marotta a entamé le processus d’assainissement des comptes. Il a longtemps buté sur le fair-play financier et les contraintes imposées par la cotation en bourse du club. L’entrée dans le nouveau stade où toutes les recettes appartiennent au club, ainsi que certains transferts bien sentis et peu onéreux de sa part ont permis à la Juve de redresser progressivement ses comptes jusqu’à en arriver à pouvoir se payer des joueurs comme Higuain ou Ronaldo. Marotta a aussi participé à la stratégie économique globale de la Juve, avec notamment le changement de logo.

Le mercato et les titres

Ces dernières années, la Juve s’est fait une spécialité de recruter d’excellents joueurs à des prix défiant toute concurrence. Pirlo, Pogba, Llorente, Coman, Khedira, Alves et Can sont par exemple arrivés gratuitement et ont tous eu des rôles très importants dans le renouveau turinois. Vidal, Tévez, Dybala, Pjanic et Sandro, tous titulaires lors de leur passage à Turin, sont aussi des transferts marqués par le sceau de Marotta.

Le plus impressionnant est de voir comment la Juventus, avec 7 titres consécutifs dont 4 doublés sur les 4 dernières saisons, réussit à se maintenir au sommet malgré les ventes de ses meilleurs joueurs presque chaque année (sauf cet été). Depuis 2011, ce sont Pirlo, Buffon, Marchsio, Vidal, Pogba et Tévez qui sont entre autres partis.

Pas étranger non plus aux venues de Conte puis d’Allegri sur le banc, le seul gros transfert portant peu le sceau de Marotta est finalement celui de Ronaldo, sur lequel il n’était pas d’accord avec Agnelli, scellant peut-être son départ à ce moment crucial de l’été turinois.

Quel successeur à la Juve ?

Outre la promotion de Paratici, il sera difficile de remplacer Marotta à la Juve. Il est, avec Monchi, le seul directeur sportif charismatique et connu en Europe. Certaines rumeurs évoquent déjà Zidane, mais rien n’est moins sûr. La seule évidence est que, quoi qu’en dise Agnelli, le départ de Marotta sera forcément difficile à digérer. Il ne reste plus qu’à espérer, pour les tifosi, que les résultats sportifs n’en seront pas impactés.

Yacine Ouali



Lire aussi