Les années formatrices de Shunsuke Nakamura à la Reggina

Par Yacine Ouali publié le 14 Juin 2019

Légende du football japonais, Shunsuke Nakamura bénéficie aussi d’une importante aura en Europe. De Reggina au Celtic Glasgow en passant par l’Espanyol Barcelone, le désormais vétéran a su laisser une trace indélébile non seulement par son diabolique talent, mais aussi par le fait qu’il ait été l’un des pionniers de la démocratisation de la présence de joueurs asiatiques dans les grands clubs du Vieux continent.

Au même moment où Park Ji-Sung écrivait sa belle histoire à Manchester United, Shunsuke Nakamura posait ses valises quelques centaines de kilomètres plus au nord, à Glasgow.

C’est là où il rentrera dans l’histoire, par ses dribbles, ses passes millimétrées et ses coup-francs imparables. Mais avant cela, avant la gloire et la reconnaissance éternelle des supporters verts et blanc, le japonais s’était formé au haut niveau en Italie, dans un championnat dont les successifs titres glanés par la Lazio puis la Roma en 2000 et 2001 face aux mastodontes du nord faisaient preuve de l’incroyable densité et de l’exigence d’un calcio en plein âge d’or.

La désillusion du Mondial 2002

Après 5 années d’une carrière débutée au Yokohama Marinos en 1997, Shunsuke Nakamura était pressenti par la majorité des observateurs japonais comme pouvant faire partie de la liste des 23 pour la Coupe du Monde 2002, la toute première disputée en Asie, qui plus est sur le sol national.

Avec 148 apparitions, 33 buts, des passes décisives à n’en plus compter et un titre de meilleur joueur de la saison en 2000, il est compréhensible que Nakamura ait vécu sa non-convocation en 2002 comme un camouflet. Lui qui au départ souhaitait passer le plus clair de sa carrière au Japon s’est alors mis à étudier les offres de clubs européens tels que le Real Madrid et le Napoli, mais a finalement choisi le club nouvellement promu de la Reggina. Le but était clair : Nakamura choisit à l’été 2002 l’opportunité de jouer, briller et surtout faire briller, ce qu’il n’aurait jamais fait sans un temps de jeu conséquent.

Une bonne première saison d’adaptation dans le calcio

Frêle physiquement, Nakamura ne s’attendait sûrement pas à un tel baptême de feu européen. Jeté dans la fosse aux lions du championnat le plus physique, défensif et tactique au monde, le japonais a mis un certain temps à s’adapter à ce nouveau style de jeu, avant d’offrir aux tifosi quelques épars moments de brillance.

Repéré par les scouts de la Reggina après une belle performance contre le Honduras lors de l’édition 2002 de la Kirin Cup, Nakamura pose donc ses valises en Calabre précédé d’une flatteuse réputation : alors que les joueurs de la Reggina célébraient encore leur promotion en Serie A sur le terrain au printemps 2001, le président du club à l’époque, Pasquale Foti, avait préféré s’enfermer dans son bureau et négocier le transfert de Nakamura sans plus attendre, enlevant même le numéro 10 à Francesco Cozza pour le donner à son bijou du Soleil levant.

https://youtu.be/uIdgPrt6xIo

25 000 maillots vendus en 5 mois et trois buts sur les premiers matches de la saison plus tard, et les tifosi l’adulaient déjà. C’était sans compter toutefois son physique délicat, qui ne l’embêtera pas tant que ça en 2002-2003 mais plombera sérieusement son aventure italienne par la suite.

En 2002-2003, Nakamura a eu 32 apparitions et a marqué 7 buts, faisant de lui le co-meilleur d’une équipe qui se sauva finalement lors du playoff pour la relégation contre l’Atalanta.

Le tournant de la Coupe des Confédérations 2003

Encore marqué par sa non sélection pour le Mondial 2002, Nakamura a tout fait, malgré une saison 2002-2003 terminée sur les rotules, pour être prêt à temps pour la Coupe des Confédérations 2003, que le Japon devait jouer en sa qualité de champion d’Asie 2000.

Inconscient que sa participation au tournoi pouvait aggraver des blessures naissantes, Nakamura s’est engagé contre l’avis de beaucoup et a contracté en France des problèmes physiques qui le suivraient jusqu’à son départ de la Reggina en 2005.

Pas aidé non plus par les 4 changements d’entraîneur au club entre 2002 et 2004, Nakamura passa le plus clair de la saison 2003-2004 sur le banc, en y passant plus de matches qu’il ne l’aurait voulu.

L’incompréhension avec Walter Mazzarri

À l’aube de la saison 2004-2005, lorsque la Reggina nomma Walter Mazzarri sur le banc, beaucoup prédisaient une saison difficile pour Nakamura. Déjà réputé pour être pragmatique et très défensif, l’entraîneur n’allait pas faillir à cette image en n’utilisant le joueur japonais que 18 fois pendant la saison, le sacrifiant pour une stabilité qui ne vit la Reggina ne marquer que 36 buts.

Malgré cela, Nakamura réussit tout de même en 2004-2005 à aider la Reggina à éviter une nouvelle fois la relégation, grâce à ses deux seuls buts de la saison, marqués lors de deux victoires 1-0 contre Palerme et le Chievo. Sans ces buts cruciaux contre des rivaux pour le maintien, la Reggina serait sûrement descendue en Serie B.

Cette contribution indéniable à la réussite du club et l’amour inébranlable de tifosi en recherche de fantaisie en période de vaches maigres ne convainquent toutefois pas Nakamura de prolonger son contrat au printemps 2005. Fatigué par les tactiques de Mazzarri et craignant de régresser dans un club jouant constamment le maintien, le japonais décide de s’envoler pour l’Écosse et de changer d’air.

Bien lui en fait alors. Adulé par les supporters du Celtic, Nakamura jouera 4 sublimes saisons à Glasgow et gagnera définitivement son statut de légende. Le joueur n’oubliera pas toutefois ses difficiles mais si utiles années formatrices à la Reggina, sans lesquelles il n’aurait pu, surtout au niveau tactique, autant briller par la suite de sa carrière.

Aujourd’hui encore en activité, Shunsuke Nakamura se rappelle parfois avec nostalgie son époque à la Reggina en interview, disant que malgré son amour du Celtic, tout ce qu’il a appris du football et bien plus encore vient de Calabre.

Yacine Ouali



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