Le San Paolo, un pansement sur une jambe de bois ?

Par Nicolas Soldano publié le 14 Août 2019

Les travaux du San Paolo, le mythique stade du Napoli, sont enfin terminés. Retour sur les nombreuses vies qu’a connu le fameux chaudron de Campanie, qui commence franchement à se faire vieux…

Aux origines

Dés 1948, une zone de travaux commence à prendre forme du côté de Fuorigrotta. Les napolitains devront patienter jusqu’à la fin des années cinquante pour voir s’y ériger un nouveau stade flambant neuf, qui sera baptisé « Stadio del Sole » (le stade du soleil). Il changera ensuite de dénomination pour devenir le San Paolo que l’on connait tous, en hommage à Paolo de Tarso, écrivain et théologue chrétien, qui aurait atteint l’Italie en accostant dans une zone correspondant à l’actuelle Fuorigrotta. Comme un symbole, il sera inauguré le 6 décembre 1959 lors d’un match contre… la Juventus (victoire 2-1). A l’origine, il avait une capacité de 87 500 spectateurs debout, permise notamment par sont anneau inférieur, non prévu au départ dans les premiers plans du stade mais ajouté au final par dessus le niveau routier. La construction de sièges dans les tribunes latérales a ensuite fait diminuer le nombre de places potentielles. Le stade a par la suite été rénové à l’occasion de l’Euro 1980 et du mondial 1990, tous deux accueillis par l’Italie : construction du toit, modernisation du système d’éclairage, adaptation aux normes de sécurité imposées par la FIFA… Un troisième anneau a même été construit, directement relié à la structure de support du toit, ce qui a porté un temps la capacité du stade à 76 824 places. Sauf qu’il a rapidement été interdit aux spectateurs car, chaque fois que le Napoli marquait, les tifosi provoquaient des vibrations qui, à travers les pylônes supportant le toit, se propageaient ensuite vers les bâtiments adjacents au stade, causant des dommages inquiétants. En 2007, la capacité du stade fût ramené à 60 240 pour des raisons de sécurité et quelques travaux de rénovations ont ensuite eu lieu entre 2009 et 2013.

Le stade en 1959

Scandales et nouveau stade fantôme

60 ans. C’est donc l’âge tout rond du vieil écrin partenopeo, qui a souvent fait parler pour ses quelques soucis, entre autres, de vétustés. La plupart des gradins sont toujours en travertin, une roche calcaire pas forcément réputée pour sa résistance aux années. Dés 1990, des voix s’étaient déjà élevées pour dénoncer les travaux vis à vis du pavage qui avaient été fait à l’aide de vielles traverses de chemins de fer qui contiendraient des matières toxiques. La dégradation progressive et globale de la structure à parfois amené à des situations dramatiques la rendant parfois inutilisable, comme en 2011 après une forte tempête qui a contraint le Napoli à aller jouer ses matchs à domicile à Benevento. Ce sont ajouté des problèmes liés aux dysfonctionnements du collecteurs d’eaux usées du stade, ou liés à l’état de la pelouse qui avait tendance à s’abîmer rapidement à cause de son revêtement inférieur. De plus, la détérioration totale de la piste d’athlétisme a condamné le stade à n’accueillir plus que du football. L’anneau inférieur, cher, mal placé et insalubre, est souvent déserté par les supporters. C’est donc tout naturellement qu’ont commencé à émerger des rumeurs autour de la construction d’un nouveau stade. D’abord au début des années 2000, dans la région de Scampìa, sur le modèle de l’Allianz Arena, mais le projet avait été rejeté en raison de la non-attribution de l’Euro 2012 à l’Italie. Ensuite, lors d’une interview donnée en 2018 à la Gazzetta dello Sport, le président du club De Laurentiis confirme un serpent de mer dont tout le monde parlait depuis plusieurs années, il veut déménager de la traditionnelle enceinte et faire construire ailleurs. Cette décision viendrait principalement de querelles avec De Magistriis, maire de Naples, qui refuse régulièrement de dépenser de l’argent public pour rénover le stade (qui appartient à la ville). Un stade à l’anglaise est donc annoncé, entre 30 et 40 000 places, sur un terrain de 100 hectares. Cela semblait logique, puisque le Napoli, générant généralement des revenus de billetterie compris entre 15 et 20 M€ par saison, restait clairement en retard sur beaucoup d’autres clubs européens, comme la Juventus qui culmine aujourd’hui à plus de 60 M€ par saison. Sauf que voilà, les besoins sont estimés à plus de 350 M€… Une somme qui parait inaccessible pour le club et la ville, même si les rumeurs d’un partenariat de sponsoring avec Adidas a longtemps été évoqué pour réduire les coups.

Photo d’un site de travaux à Bagnoli datant de 2017 qui devait être l’emplacement d’un nouveau stade pour le Napoli… 

Tout beau tout neuf (ou presque…)

Au début de la saison dernière, De Laurentiis continue de pester et menace de délocaliser les matchs de Champions League du club si rien n’est fait. Le 7 mai dernier, la sanction tombe : la commission des licences de l’UEFA indique que les Napolitains joueront la C1 2019/2020 au stade Renato-Dall’Ara de Bologne à cause de la vétusté de l’enceinte. Mais le club a 5 jours pour déposer un recours et il parvient à avoir une autorisation seulement en cas de travaux importants. Et cela tombe bien puisque le 3 juillet dernier y était prévu la cérémonie d’ouverture de l’Universiade d’été 2019, compétition multi-sports universitaire accueillie par la ville de Naples. Dés la fin du championnat, le club partenopeo se lance dans un relooking (à 20 M€) aux allures de contre-la-montre. Parmi les changements les plus notables : le remplacement de tous les sièges (dorénavant bleus, gris et blanc), de nouveaux écrans (enfin), un nouvel éclairage et de nouveaux vestiaires. La piste d’athlétisme a également été refaite entièrement, fortement décriée car éloignant le public de la pelouse, mais impossible à enlever aux yeux de la mairie, qui veut continuer à y organiser des courses. Alors oui le rendu est très satisfaisant, donnant presque une deuxième vie à l’écrin. Mais les soucis plus profonds de structures et d’adaptabilités (aux nombres de spectateurs moyens et aux diffusions TV) n’ont pas changé. Les prix et la vue des places de l’anneau inférieur non plus. Quelques années de répit avant le retour des polémiques ? rien n’est moins sûr…

Nicolas Soldano

Rédacteur



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