Le Parti communiste italien et le calcio : au nom du sport populaire

Par Sébastien Madau publié le 31 Mar 2021
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En 2021, beaucoup d’initiatives seront organisées dans les milieux intellectuels et politiques italiens autour du centenaire de la fondation du Parti communiste italien (PCI). Plus puissant parti communiste d’Europe occidentale, il a marqué de son empreinte la société italienne, tout comme son ennemi juré de la Démocratie chrétienne (DC). Le PCI a considéré le sport, dont le football, comme une manière d’entrer directement en contact avec le peuple, pour défendre sa vision du sport populaire, non dénuée de visée électorale.

La promotion du sport populaire

La relation entre mouvement socialiste et sport a tardé à s’imposer. Le PSI voyait le sport professionnel « avec méfiance et le considérait comme le bras armé de la bourgeoisie destiné à détourner les masses » explique l’historien Fabien Archambault. À la fondation du PCI, issu d’une scission avec le PSI, le ton change. « Les communistes sont plus pragmatiques. Gramsci écrit sur le football. Il le considère certes comme un sport capitaliste, mais participant à la formation d’un prolétariat ». À l’avènement du fascisme, tous les efforts sont stoppés. Les associations sportives sont interdites. Il faudra attendre la libération pour voir le sport de masse renaître. Le PCI, auréolé de son rôle dans la Résistance, irrigue la société italienne de ses idéaux. Le sport, via le cyclisme et le calcio, est un vecteur efficace. En 1948, est fondée l’Unione Italiana Sport Popolare (UISP). « Si elle n’est pas directement dirigée par le PCI, elle a une forte influence des communistes et, dans une moindre mesure, des socialistes » poursuit Fabien Archambault.

Pour diffuser sa vision d’un sport populaire, le PCI dispose de relais de poids : les municipalités communistes qui construisent des stades de quartiers. En face, un adversaire de taille : la fédération catholique CSI (Centro Sportivo Italiano). « La Démocratie chrétienne avait une immense force de frappe : juridique, politique, économique. Et aucun cadeau n’était pas à la UISP dans ses efforts de développer le sport populaire », rappelle l’auteur de « Le Contrôle du Ballon – Les catholiques, les communistes et le football en Italie » (éd. Ecole française de Rome).
Mais qui fréquentait les fédérations de sport ouvrier ? Avaient-elles uniquement des ambitions émancipatrices ou servaient-elles à attirer les électeurs ? « Jusque dans les années 1960, même si elles étaient ouvertes à tous, c’est principalement les jeunes convaincus qui y participaient. Ensuite, elles ont été de véritables associations de démocratisation du sport populaire via des valeurs de solidarité, de justice, etc. ». On rejette le professionnalisme, on élimine les championnats, les arbitres, les pénalties.
En 1960, s’opère une rupture de la tutelle du PCI sur la UISP. Mais l’esprit demeure. Elle est un acteur majeur de la démocratisation du sport, jusqu’à être reconnue par la Comité olympique italien. À la fin des années 1980, elle compte 1 million d’adhérents.

Le sport, un enjeu politique

Quid des relations entre sport populaire et football professionnel, très suivi dans les tribunes par les classes populaires. Le PCI ne s’y trompe pas, même si les clubs pro et la FIGC sont la chasse gardée de la Démocratie chrétienne. Mais il n’est pas rare de voir des dirigeants communistes faire état de leur préférences. Le Sarde Enrico Berlinguer supporte Cagliari et Palmiro Togliatti la Juventus. En 1948, ce dernier n’hésitera pas à se montrer dans les tribunes du Comunale aux côtés de Giovanni Agnelli, dirigeant de Fiat et de la Juve. La photo parait dans L’Unità (voir photo). Pour un politique, lorsqu’on brigue un mandat électif, il est impossible de snober le stade. On assiste parfois à de véritables spéculations. Gianni Rivera, pourtant étiqueté démocrate-chrétien sera considéré comme un défenseur des valeurs de gauche, parce que tourné vers l’attaque. Face au Catenaccio, jugé conservateur.

Aujourd’hui, que reste-t-il de cet élan du sport populaire, alors que le PCI a disparu depuis 30 ans ? « Beaucoup ! » souligne Fabien Archambault. « C’est un paradoxe, vu l’état de la gauche italienne. Mais l’UISP est encore aujourd’hui une grande fédération qui mène beaucoup de combats pour le développement du sport populaire, comme la démocratie, le pacifisme… ». Une partie du pari initial est ainsi accomplie.



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