Le match le plus long de Sinisa Mihajlovic

Par Sébastien Madau publié le 23 Juil 2019

Il est des conférences de presse dont on sent qu’elles vont sortir de l’habituelle langue de bois. Lorsque ce samedi 13 juillet, la presse est convoquée par l’entraîneur de Bologne Sinisa Mihajlovic, on sent que quelque chose ne tourne pas rond. La nouvelle ne tarde pas à tomber : « Je suis atteint de leucémie » lance le coach. Le monde du foot est sous le choc, peut-être trahi par sa faculté à penser qu’il est intouchable et étranger aux malheurs qui frappent la société dans sa globalité.

Comme c’était le cas sur les terrains, « Miha » montre un état d’esprit combatif. « Quand j’ai appris la nouvelle, ça a été un vrai coup dur, a-t-il avoué. Je vais l’affronter [la leucémie], le torse bombé, en la regardant droit dans les yeux, comme je l’ai toujours fait. » On peut lui faire confiance.

Un homme de caractère

Car il faut dire que depuis 25 ans, Sinisa Mihajlovic est un pilier du calcio, une forte tête. Arrivé par la Roma (1992-1994), il a offert des jours heureux à la Sampdoria (1994-1998) et la Lazio (1998-2004) avant de conclure sa carrière à l’Inter (2004-2006). Autant aimé que détesté, « Miha » plait parce qu’il ne triche pas. Et qu’il régale sur le terrain, sauf peut-être les nombreux gardiens de but victimes de ses boulets de canon. Et encore. Se faire bombarder par une « Miha » était en quelques sortes contribuer à l’histoire du championnat italien. Le Serbe a en plantés 45. Un record. Dont un triplé infligé en 1998 à son ancienne équipe de la Samp avec la Lazio (victoire 5-2). Mihajlovic en Italie pèse 2 Scudetti (2000, 2006), trois Coppe Italia (2000, 2004, 2005), deux SuperCoppe Italia (1998-2000), une Coupe des Coupes (1999) et une SuperCoupe de l’UEFA (1999).

Meneur d’homme, sa carrière d’entraîneur a eu plus de mal à décoller. Formé dans l’ombre de Roberto Mancini à l’Inter, son complice de toujours (Sampdoria, Lazio), il enchaîne les missions en club (Bologne, Catane, Fiorentina, Sampdoria, Milan, Torino, Sporting Portugal) et sera même sélectionneur de la Serbie. C’est en fait lors de son interim le plus périlleux -sauver Bologne- qu’il gagne enfin l’amour du public. En poste à partir de janvier 2019 pour succéder à Filippo Inzaghi, il réussit la prouesse de sortir les Rossoblù de la zone de relégation pour conclure le championnat à la 10e place. L’esprit commando a fonctionné. Les tifosi de Bologne lui en seront à jamais reconnaissants. Pas surprenant qu’ils lui aient montré toute leur affection après avoir appris la terrible nouvelle. La procession réalisée à la Madonna de San Luca en est la preuve.

« J’ai passé toute la nuit à pleurer, et j’ai toujours les larmes aux yeux. Mais je n’ai pas peur : (…) j’ai hâte de commencer à me battre, a-t-il affirmé. Je remercie Bologne, qui m’a fait comprendre que je faisais partie de la famille, je vais avoir besoin d’eux pour gagner cette bataille, mais je vais aussi avoir besoin de ne voir personne pleurer pour moi, je ne veux faire de peine à personne. »

Sportivement, on ne sait pas de quoi l’avenir de Sinisa Mihajlovic sera fait. Sous contrat à Bologne jusqu’en 2022, il a débuté les séances de chimiothérapie mais demeure officiellement toujours l’entraîneur de l’équipe.

De nombreux messages de soutien

Les messages de soutien du monde du football n’ont pas manqué. On retiendra le très sobre tweet de son ami Roberto Mancini. « Tu es trop fort ; ça ne va pas t’arrêter. Et en plus, on doit jouer au paddle ». Francesco Acerbi, joueur de la Lazio qui a échappé au cancer lui a également apporté son soutien. « Tu ne dois pas lâcher, tu dois être courageux. Ce sont des mots banals mais vrais. Coach, je me permets de te dire d’affronter cette mauvaise passe, en te foutant de ce que tu as. Vis comme si tu n’avais rien et pense toujours positif. Courage ! »

A ce stade, on aurait tous envie de se mettre dans la peau d’un tifoso d’une des équipes dans laquelle le Serbe a évolué. Et crier à pleins poumons, comme à l’époque, lorsqu’il s’élançait pour tirer un coup-franc : « Dai Miha ! »

Sébastien Madau



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