Le malaise Sarri

Par Rafaele Graziano publié le 17 Mar 2020

Alors que le football italien – et européen plus largement – vit la période la plus sombre de son histoire moderne si bien que toute information actuellement en circulation dans le monde du ballon rond concerne tout sauf le ballon rond, il est intéressant de revenir sur certains aspects de la saison pré-coronavirus puisque récemment encore, la Juventus, leader du championnat, était en pleine crise existentielle. Une question, en particulier, était sur les lèvres de tous les bianconeri : y a-t-il un « malaise » Sarri ?

Le langage corporel

S’il existe une illustration parfaite de la crise bianconera, il doit s’agir du 8ème de finale aller de Champions League à Lyon, le 26 février 2020. Véritable spectacle maussade, il vient s’imposer comme la manifestation même d’un malaise qui semble trouver racine en son entraîneur, Maurizio Sarri. Quoi de mieux que d’étudier le comportement de ce dernier en conférence de presse, quelques instants après la défaite des siens ?

C’est tête baissée, le regard fuyant, comme pour éviter les visages curieux ou accusateurs, que l’entraîneur de la Juventus réalise l’intégralité de la séance. Les épaules rétractées, les mains tremblotantes, le mister témoigne d’une nervosité et d’un malêtre hors du commun et qui ne sont pas sans inquiéter les tifosi alors qu’il semble se tenir comme un enfant qui vient de commettre une bêtise et qui doit s’expliquer devant ses parents. Jusqu’à sa propre posture, l’on comprend que l’entraîneur turinois est un plein doute. Sauf qu’il s’agit ici de la Champions League et qu’à ce stade, le doute ne doit plus exister.

Les paroles

Si le doute n’a plus sa place en Europe, l’ex Napoli privilégie la transparence à la diplomatie – manque d’expérience, souci d’éducation ou appel au secours, ses propos sont souvent étonnants, voire même, déroutants.

Février 2020, Maurizio Sarri accuse le coup. En cause ? La gestion de la possession de balle. Son discours face à la presse post Lyon-Juventus est abrupt : « nous ne parvenons pas à faire circuler le ballon rapidement, c’est un discours que j’ai plusieurs fois tenu mais qui a du mal à passer« , « la circulation de balle est le défaut de la Juventus, un défaut à éradiquer » dit-il, inutile d’imaginer l’optimisme débordant dans le vestiaire turinois. Le coach italien ne s’arrête pas là puisqu’il évoque l’incapacité de ses joueurs à porter à exécution ses idées : « Je ne dis pas qu’ils ne répondent pas aux consignes, je dis que c’est une chose de respecter une consigne de circulation à 100km/h et ça en est une autre de respecter une consigne de circulation à 10km/h, ce qui en résulte, ce sont deux footballs différents, et je n’ai pas de solutions à cela« .

Le constat est affligeant, journalistes et tifosi s’en donnent à coeur joie : Maurizio a-t-il perdu le contrôle d’un vestiaire déjà habituellement fragile – y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Forcément, après une prestation proche du néant, le pessimisme affiché est largement remarqué, si on l’attendait sur sa capacité à rebondir, on ne s’attendait pas à un quasi-aveu d’impuissance, suggérant un manque de communion entre joueurs et entraîneur : comment ce dernier – qui est en place depuis presque un an, après plusieurs essais tactiques et un banc de touche à faire pâlir ses confrères – peut-il tenir un discours aussi peu conventionnel et rassurant (au sein d’une équipe qui vise le titre suprême européen) ? Sans parler de la petite bavure habituelle dont il gracie les unes transalpines. En l’occurence, deux épisodes douteux dans la surface lyonnaise : « en Italie, deux penaltys auraient été sifflés, nous devons nous adapter à l’arbitrage européen« , un manque de tact un peu bon-enfant mais qui alimente les polémiques de bistrot en Italie.

Finalement, ce qui inquiète les tifosi, c’est la flagrance mais aussi la propagation de ce malaise puisqu’il semble affecter les joueurs mêmes. Sa Juve jugée lente, passive ou sans personnalité, Sarri n’a pas fini de prendre des notes !

Rafaele Graziano



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