Le double pivot est-il l’avenir de la Juventus ?

Par Yacine Ouali publié le 23 Oct 2020

À nouvel entraîneur, nouvelle ère. Avec Pirlo, exit le 4-3-3, le 4-4-2 losange et le 3-5-2 des années Conte, Allegri et Sarri. Bienvenue à l’époque du 3-4-1-2 pouvant se transformer en 4-4-2 en phase défensive ; bienvenue, pour la première fois depuis belle lurette, à l’ère du double pivot.

Un changement important

Après 9 Scudetti invariablement gagnés avec un milieu à 3 (ou à 4 de janvier à juin 2015 avec le 4-4-2 losange), Pirlo a décidé de casser la tradition et de déplumer le cœur du jeu d’un de ses poumons. L’objectif est autant de s’adapter aux profils des milieux à disposition, que l’entraîneur considère meilleurs dans un double pivot, que de permettre de faire jouer un ailier (Chiesa, Kulusevski) ou un trequartista (Ramsey) en plus.

Ce changement de paradigme a un impact sur tous les joueurs, de la défense habituée à avoir trois milieux devant elle, aux attaquants qui, à l’image de Ronaldo ou Dybala, jouent depuis au moins 7 ans devant trois milieux aussi. C’est la raison pour laquelle la Juventus paraît autant en rodage, avec entre autres la préparation tronquée et l’incorporation de nouveaux joueurs.

Des résultats parlants à décrypter

Après une victoire facile contre la Sampdoria, la Juventus a enchaîné deux nuls contre l’AS Roma et Crotone, et une victoire en C1 à Kiev. Les enseignements sur le double-pivot y sont nombreux :

  • sur le face à face de Mkhitaryan à la 11ème minute de Roma-Juventus, ni McKennie ni Rabiot ne réussissent à protéger efficacement la défense. Sur l’image, McKennie et Rabiot sont éliminés, et l’équipe défend en reculant.

  • sur l’occasion de Dzeko à la 64ème minute, le double pivot est rapidement dépassé dans l’intervalle, et la défense se retrouve à devoir défendre en reculant. Dzeko est seul.

  • sur le penalty concédé par la Juventus à Crotone à la 11ème minute, Vulic se retrouve absolument seul à 30 mètres du but, et reçoit une transversale dans le no man’s land entre la défense et le double pivot. Il sert son attaquant qui s’écroule et gagne un penalty.

Ainsi, la Juventus, si elle ne concède pas tant d’occasions, laisse à chaque fois des trous béants dans les 30 derniers mètres, entre les lignes. Cela aurait pu être préjudiciable si le match contre le Napoli avait par exemple été joué, au vu de la forme physique et tactique des napolitains en ce moment.

Quelle direction suivre pour Pirlo ?

Des milieux que Pirlo a pour l’instant fait jouer, seul McKennie est un pur milieu défensif. La Juventus compte plus de regista ou de relayeurs que de récupérateurs. Dans un milieu dans lequel McKennie ne pourra pas jouer tous les matches (fatigue, blessures, COVID…), se contenter d’un double pivot aux qualités défensives si peu évidentes semble être dangereux. Ce n’est pas le cas par exemple du Bayern, autre grande équipe à jouer en 4-2-3-1, mais qui bénéficie d’un double pivot Goretzka-Kimmich sachant tout faire.

En réalité, l’équation pour la Juventus est avant tout tactique. Si Pirlo maintient son double pivot durant toute la saison, il lui faudra trouver le moyen de mieux couvrir sa défense, soit en demandant aux latéraux de moins monter et aux ailiers de plus défendre, soit en faisant passer un cap défensif à Rabiot, Arthur et Bentancur. Dans tous les cas, c’est la question tactique la plus importante à résoudre pour lui. En C1 surtout, laisser des espaces aussi béants entre les intervalles dans les derniers mètres se paiera forcément en buts.

Des solutions existent à ce problème. Pirlo en a fait l’étalage en Ukraine, en passant en 4-4-2 en phase défensive (apport de Chiesa et Kulusevski, qui repiquent et laissent les ailes aux latéraux, ou incorporation de Ramsey au milieu). Cette piste elle fait travailler les milieux autant qu’elle les soulage. Son application sera rapidement mise à l’épreuve, au vu des matches attendant les turinois (Barcelone et Lazio entre autres).

À Pirlo d’en juger, lui qui sera de même jugé autant sur son intelligence tactique que sur sa capacité à évoluer en fonction de mauvais résultats.

Yacine Ouali



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