Le Cittadella d’Ezio Glerean ou le football total à la vénitienne

Par Michaël Magi publié le 16 Mar 2020

C’est en 2001 que le premier film de Paolo Sorrentino est sorti en salles : L’Uomo in più. Portrait croisé d’un footballeur sombrant dans l’oubli et d’un chanteur de variétoches déchu. Si le personnage de footballeur est inspiré du destin tragique d’Agostino Di Bartolomei, son obsession pour un schéma tactique ultra-offensif qu’il estime révolutionnaire et qu’il cherche à vendre en vain à ses anciens employeurs, évoque sans nul doute Ezio Glerean. Entraineur atypique qui déploya à contrecourant le 3-3-4 avec Cittadella à la fin des années 90.

L’homme en plus est un attaquant

A la fin des années 90, Cittadella vit dans l’ombre des autres clubs de la région : Padova, Treviso, Venezia. Rien d’étonnant pour un club né en 1973 qui n’a jamais pu se hisser plus haut que la Serie C. Niveau qu’il découvre du reste pour la première fois en 1998. La promotion (historique) est l’oeuvre d’Ezio Glerean, arrivé de San Donà deux années plus tôt. Et le résultat d’une saison terminée à la deuxième place, avec le meilleur nombre de buts inscrits (52). Paradoxalement, le Citta sort vainqueur des playoffs en ne marquant qu’une seule fois, permettant à Glerean de prouver qu’il n’ignore rien du pragmatisme. Si l’été suivant, Empoli l’approche, en quête d’un remplaçant à Luciano Spalletti, Glerean choisit de rester fidèle au club qui lui permet de développer ses idées.

« C’est après avoir étudié l’Ajax de Cruyff, raconte Glerean, que j’ai eu l’idée d’adapter ce système en Italie. Mais je n’en ai jamais eu l’occasion à Marostica ou à Bassano. J’ai dû attendre le Sandonà. Ici, j’avais Caverzan, Soncin, Polesel, De Franceschi… Ce n’était pas un 3-3-4 comme celui de l’Ajax mais à ma façon, avec trois défenseurs, trois milieux de terrain qui savaient défendre et quatre attaquants libres. » A Cittadella, les idées de Glerean s’épanouissent. L’effet de surprise joue plein tube. Glerean hisse ses joueurs en Serie B au tournant du nouveau millénaire. Le calcio écarquille les yeux ; pendant deux saisons, les granata défraieront la chronique d’un football à la philosophie ordinairement si bien rangée.

Mourir avec ses idées

« Devant, nous avons toujours l’opportunité de marquer. Si on le fait pas à un moment, on le fera à un autre. Tant qu’il y aura un ballon sur le terrain… Quand il y en aura deux, alors nous aurons un problème… » Dribbleur, lunaire, tel est Ezio Glerean lorsqu’il débarque sans coup férir en Serie B. Avec ce schéma qui déstabilise l’adversité. Si la première rencontre de Serie B du Citta se solde par une défaite, la première victoire survient dès la deuxième journée. La Ternana, première victime, est fessée 3 à 1 sur la pelouse du champêtre stadio Tombolato. La journée suivante, les granata remportent leur première victoire à l’extérieur contre le Pistoiese. Médusés, les opposants semblent incapables de juguler l’enthousiasme des nouveaux venus. A la 9ème journée, les hommes de Glerean pointent à la 8ème place du championnat.

A qui la faute ? A celle de L’uomo in più qui fait reculer les blocs adverses. « Une de mes grandes fiertés, se souvient Glerean, c’est d’avoir forcé les grandes équipes à s’adapter à notre approche tactique. Quand nous rencontrions les gros du championnat, les entraineurs adverses ajoutaient un défenseur supplémentaire en couverture. » Quel que soit l’adversaire, Glerean ne dérogera pas à cette philosophie qui a finalement placé le Citta sur la carte du calcio. Quand bien même son rêve se fracassera sur la réalité ainsi que sur les limites physiques de son effectif. En 2002, les granata ne peuvent éviter une relégation dont ils n’auront pas à rougir ; suite logique d’un tunnel de 8 matchs sans victoire entre la 30ème et la 37ème journée. Glerean tentera bien d’exporter ses idées à Palermo l’année suivante. Sans succès. « Moi et mon staff avons sauté à pieds joints dans cette nouvelle aventure, explique Glerean. Notre football était basé sur la cohésion entre personnes relevant honnêtement les défis. Hélas, nous avons découvert là-bas un environnement où chacun jouait sa propre partition… » La réalité brise de la sorte les plus beaux rêves…

 

Michaël Magi



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