Le bouquet final d’Antonio Floro Flores

Par Michaël Magi publié le 11 Fév 2020

477 matchs au plus haut niveau (Series A et B confondues), 96 buts, 38 passes décisives. Pour l’observateur du calcio moyen, Antonio Floro Flores faisait partie des meubles depuis deux décennies. Fin janvier, l’attaquant campanese a pris la décision de tirer sa révérence, à 36 ans. Avec lui, c’est une page du football italien qui se tourne.

De Naples à Caserta : la boucle est bouclée…

29 janvier 2020. Salle de presse du Pinto, antre de la Casertana. Après une vidéo retraçant près de 20 années d’une carrière commencée le 28 janvier 2001 sous le maillot du Napoli, à l’occasion d’un déplacement en terre romanista, Antonio Floro Flores annonce qu’il raccroche ses crampons : « Au fond de moi, dit-il, la voix teintée d’émotion, je voudrais continuer à jouer mais mon corps dit « stop ». Rien que le fait de sortir du lit était devenu difficile. Il me fallait m’étirer, faire le tour de la maison pendant un quart d’heure pour le réveiller. Je me sentais déjà comme un petit vieux. »

Ces mots, nous les avons entendus dans la bouche d’autres footballeurs. Dans celle de l’attaquant campanese, ils épousent les contours d’une personnalité franche et attachante. Une personnalité que Giuseppe d’Agostino, Président de la Casertana, dont Floro Flores porte les couleurs depuis 2018, ne manquait pas de saluer : « Nous étions prêts pour ce moment. La décision prise par Antonio est à la mesure de ses valeurs humaines. Car ce n’est pas donné à tout le monde de renoncer à deux ans de contrat. J’espère que, d’une manière ou d’une autre, il continuera avec nous… »

Humain, attachant. Tels sont en effet les qualificatifs qui viennent à l’esprit lorsque l’on jette un œil sur le parcours de Floro Flores. Celui d’un attaquant plus malin que la moyenne, mais qui n’appartiendra jamais au gotha des étoiles de Serie A. Véritable botte-trotter du calcio (si l’on met de côté une étrange escapade en Andalousie), le campanese quitte pourtant le monde du football sans regret.

Une seule obsession : jouer !

Passé par le Napoli, la Sampdoria, l’Udinese, le Genoa, Sassuolo, le Chievo – la liste est non exhaustive – Floro Flores aura su se faire aimer presque partout. Mais sans jamais réussir à réaliser pleinement son potentiel. Par manque de talent ? Plus sûrement par manque de confiance en ses propres aptitudes. Un travers que Sarri, qui l’eut sous ses ordres en 2007 à Arezzzo, pointait du doigt dans son style caractéristique. « Sarri a du caractère, se souvient le tout nouveau retraité, mais il est aussi un peu rude dans sa façon de faire. Il se mettait parfois en colère contre moi. Il me disait : « Tu es un idiot, Antonio. Qu’est-ce que tu fous encore en Serie B ? Avec tes qualités, tu pourrais jouer au Milan AC ! » » Au-delà de l’anecdote, l’actuel entraineur de la Juventus pointait alors la faille principale d’un joueur qui ne parvint jamais à forcer sa nature. Gentile qui n’hésita pas à le sélectionner en septembre 2004 avec les moins de 21 ans, alors qu’il était sans contrat (seul joueur de l’Histoire à justifier d’un tel égard), ne semblait pas penser différemment. Même chose avec la Direction de la Juventus qui, en 2011, lui proposa le contrat d’une carrière…

Ce transfert, qui aurait dû marquer l’apogée de son parcours professionnel, Floro Flores l’a pourtant rejeté, préférant partir en prêt au Genoa pour se relancer après avoir été mis de côté par Guidolin à l’Udinese. Couronnée de succès, cette demi-saison genoana avec 10 buts à la clé (dont un pion décisif dans le derby) lui permet aujourd’hui de n’avoir aucun regret : « On dit que j’ai refusé la Juve. Je voudrais clarifier ce point. Ce n’est pas tant que je ne voulais pas y aller. Simplement, je voulais jouer. Si j’avais accepté, j’aurais fini dans une équipe avec des gars comme Trezeguet ou Del Piero. Combien de matchs aurais-je joué ? Ils me voulaient, mais je ne comprenais pas pourquoi ». Rares sont les joueurs qui peuvent ainsi regarder leur carrière dans les yeux sans rougir. Floro Flores est de ceux-là. S’il ne regrette rien, nous, nous le regretterons.

Michaël Magi



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