Lazio : quid de sa réussite ?

Par Christophe Mazzier publié le 18 Fév 2020

Cette saison est exceptionnelle pour la Lazio. Revenue à un point de la Juventus, elle voit désormais dans son rétroviseur l’Inter. Le détenteur de la dernière Coppa Italia pourrait bien, sur un malentendu, revêtir les fripes du champion qu’il n’avait pas ressorties depuis 2000. Finalement, cette consécration ne serait pas usurpée pour le club italien le plus titré des dix dernières années derrière la Juventus.

Depuis quelques saisons déjà, on sent au sein du club dirigé par Lotito, un climat paisible, serein, propice à amalgamer des composants d’airain et d’or. Les dernières études CIES démontrent à quel point les résultats sportifs sont étroitement liés à une stabilité, et politique, et de l’effectif. A ce petit jeu, le club romain est un élève modèle.

Des hommes de confiance

Le président Lotito n’hésite pas à s’appuyer sur des anciens de la maison pour constituer son organigramme. Ancien joueur et entraîneur des jeunes, Simone Inzaghi avait profité du licenciement de Stefano Pioli, en avril 2016, pour assurer l’intérim sur le banc. Aujourd’hui, le meilleur buteur laziale dans les coupes européennes est devenu, depuis l’éviction de Semplici, le technicien en activité à la plus grande longévité sur un même banc.

Autre personnage incontournable du club, le directeur sportif, Igli Tare, est lui aussi un ancien joueur laziale qui a gravi les échelons progressivement. Ardemment courtisé par le Milan AC à la suite du changement de propriétaire, celui-ci a juré fidélité à son président qui n’est pas avare de compliments à son encontre. Compréhensible, tant l’albanais est devenu un spécialiste pour dénicher de jeunes pépites à moindre coût.

On peut ajouter à ces deux hommes de confiance, le légendaire gardien biancoceleste, Angelo Peruzzi, qui est actuellement le manager général des Aquile.

Une organisation bien huilée

Au-delà des qualités intrinsèques de ces hommes de confiance, la stabilité de l’effectif est un autre point remarquable. Depuis 2016, 12 joueurs sont toujours présents dans l’effectif et 6 sont encore fréquemment titulaires. Ainsi, cette stabilité a permis à Inzaghi de créer un climat de travail serein et familial. Il s’appuie sur des joueurs de devoir (Lulic, Radu, Parolo), sur des fidèles lieutenants qu’il a relancés (Immobile, Caicedo, Acerbi, Leiva) et sur des pépites qu’il a su faire briller (Luis Felipe, Correa, Milinković-Savić et Strakosha).

La machine romaine, aux rouages du 3-5-2 bien huilés, a imposé sa griffe sur la Serie A. La meilleure défense du championnat doit son salut à un schéma de jeu, certes, prévisible, mais d’une efficacité indubitable, privilégiant la transversalité à la possession de balle. Même si, souvent, l’ennui nous a gagnés en regardant les matchs des Biancocelesti, cette saison les étoiles offensives semblent s’être alignées. Milinković-Savić a digéré les multiples faux départs vers des top clubs, Luis Alberto est enfin constant, et Immobile est soulier d’or.

Des comptes qui tournent ronds

Au-delà de la concomitance de ces variables sportives et organisationnelles, l’ensemble des analystes économiques sont unanimes pour vanter les mérites du gestionnaire Lotito. Sans avoir jamais déboursé un euro de sa poche, l’entrepreneur, né à Rome, a permis à la Lazio d’être l’un des clubs les plus vertueux d’Europe.

L’équipe romaine a vu sa croissance s’envoler. Sa onzième position parmi les clubs européens ayant le plus augmenté ses revenus entre 2010 et 2019 (+37%) n’est pas anodine. L’entreprise romaine est une usine à profit. En collaboration avec son acolyte Tare, Lotito affectionne les « coups » sur le marché, génératifs de plus-values. Milinković-Savić est un cas d’école. Acheté 6 M€, l’estimation mercantile actuelle du serbe est évaluée aux alentours des 80 M€. Auparavant, on avait eu Felipe Anderson revendu 31M€ (record de l’ère Lotito), Keita (30 M€), Candreva (25 M€), Kolarov (20 M€)…

En plus d’investissements mesurés, le président a su gérer une masse salariale qui ne dépasse pas les 72 M€ (139 M€ pour l’Inter) et un taux d’endettement au plus bas (il était de 500 M€ à la reprise du club). Ce cercle économique vertueux, dessiné par Lotito, laisse planer un optimisme de mise pour l’avenir.

Christophe Mazzier



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