L’asymétrie d’informations sur Sami Khedira

Par Yacine Ouali publié le 25 Août 2019

Hier, en ouverture de la Serie A contre Parma, Sami Khedira a rendu une copie dans la lignée de ses deux dernières saisons. Lent, fantomatique à la récupération et peu décisif devant, le joueur semble n’avoir plus le niveau pour les tifosi. 

Le son de cloche est tout à fait différent sur le banc. Voulu par un Allegri dont le style lui correspond parfaitement, Sami Khedira a vraisemblablement aussi convaincu Maurizio Sarri, qui aurait dit de lui qu’il était le joueur l’ayant le plus impressionné lors de cette pré-saison.

Cette asymétrie d’informations pose question. Comment un joueur peut-il être autant apprécié par ses entraîneurs et aussi conspué par ses supporters ? De la statistique pure aux choses que l’on ne voit qu’à l’entraînement, qui a raison sur le réel niveau de Sami Khedira ?

Les statistiques ne reflètent pas l’intelligence de jeu

La principale source de critiques envers Sami Khedira est celle de ses statistiques. Peu de ballons récupérés, peu de passes dangereuses, peu de tacles réussis. En purs chiffres, on est loin du Khedira de 2014-2017, lorsqu’il marchait sur l’eau au Mondial 2014 et venait à Turin réaliser deux saisons de haute volée, gouvernant notamment la terre du milieu avec Pjanic lors de la mémorable saison 2016-2017.

Malgré cela, Allegri et aujourd’hui Sarri continuent de lui faire confiance. Fort physiquement, présent dans les airs et astucieux dans son placement, Sami Khedira compense ses défauts par des qualités que peu voient, mais qui dans le football moderne sont indispensables. À l’image de Sergio Busquets au Barça, Khedira est devenu au fil des saisons sous-estimé. Ses capacités sont difficiles à retranscrire au niveau statistique, qui est le prisme par lequel le football est principalement – et malheureusement – analysé de aujourd’hui.

Quelle place pour Khedira dans le Sarrismo ?

Comme mentionné plus haut, Sami Khedira aurait impressionné Maurizio Sarri lors de la pré-saison. Alors que des joueurs comme Bentancur, Rabiot ou Ramsey semblent plus avoir un profil à même de plaire à l’ancien entraîneur du Napoli, c’est Khedira qui est sorti du lot.

En effet, le joueur allemand se différencie des autres par les alternatives qu’il offre. À l’image d’Allan au San Paolo ou de Kanté à Stamford Bridge, Maurizio Sarri compte toujours dans son entre-jeu un milieu plus besogneux que les autres, et capable en même temps d’apporter le surnombre offensif avec une technique juste et un placement judicieux.

À la Juventus, si Pjanic est intouchable, seul Khedira possède ce profil. Blaise Matuidi s’en rapproche certes, mais il manque de la technique et de l’intelligence offensive nécessaire pour être le milieu complet que Sarri recherche, à même de soulager les deux autres milieux créatifs tout en recevant leurs passes devant la surface.

Car si Khedira souffre de statistiques peu flatteuses à la récupération, il n’en est pas le cas au niveau des buts. Avec 21 réalisations depuis son arrivée en 2015, l’Allemand est l’un des milieux les plus prolifiques de la Juventus, et cette qualité ne passe jamais inaperçue chez les entraîneurs.

En réalité, seul Emre Can semble avoir à peu près le même profil que Sami Khedira. Néanmoins, entre des rumeurs incessantes de départ et une pré-saison manifestement moins convaincante que son compatriote, il semblerait que ce soit Khedira, au grand dam des tifosi mais sûrement pas de Sarri, qui garde une longueur d’avance sur la concurrence. Il faudra donc, une fois de plus, s’attendre à le voir être régulièrement titularisé cette saison sauf si son physique lui barre la route.

Yacine Ouali



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