La Vieille Dame n’est plus sexy !

Par Rafaele Graziano publié le 19 Sep 2020

Ce n’est un secret pour personne, cette saison 2019/20 n’a pas été une partie de plaisir pour les Juventini (joueurs et supporters d’ailleurs). Un jeu soporifique, un manque de cohésion, un entraîneur limogé et des résultats sportifs décevants si ce n’est pour un Scudetto empoché à l’arraché, en bref, une 9ème victoire consécutive et historique au goût amer. Un mercato de qualité s’impose alors comme nécessaire pour le néo entraîneur Andrea Pirlo, sauf que depuis son arrivée, ce n’est pas la bousculade à la Continassa ! Et si la Vieille Dame avait perdu de son charme ?

Les jeunes n’en veulent pas

La priorité n°1 d’Andrea Pirlo est de raviver la flamme qui s’est désormais éteinte sous la Mole de Turin. Il en va de la santé du club et des objectifs sportifs d’Andrea Agnelli. L’ancien meneur de jeu milanais doit recruter vite et recruter jeune : pas une mince affaire lorsque le marché se voit plus que limité. Avec l’avancée du COVID-19 les tendances se chamboulent; où sont finis les pépites du ballon rond ? Chelsea s’est offert une belle perspective d’avenir, Dortmund détient une poule au oeufs d’or, les 2 Manchester avancent également l’esprit tranquille, sans parler du champion européen en titre, le Bayern et son armada de jeunes talents.

Du côté de Turin, à part McKennie venu donner un peu de poids au milieu de terrain (bien qu’il doive encore se trouver une place de titulaire indiscutable) ça ne se bouscule pas au portillon. Sale temps pour un entraîneur ! Évidemment, pour attirer l’attention, il faut non seulement un projet sportif sérieux mais dans cet univers plus que jamais lucratif, c’est un portefeuille à la hauteur des ambitions qui est de mise – et la Juve semble ne pas pouvoir tenir le rythme. Pourtant les talents, même low-cost, ne manquent pas. Zaniolo ? Ne bougera pas. Chiesa ? Trop cher. Kumbulla, De Paul, Locatelli, Kean ? Tous engagés ou courtisés par la concurrence, l’Italien de Sassuolo qui faisait l’objet de spéculations en est resté à ce stade tout comme le prétendu retour de Moise Kean. Alors, panne d’idée ou tout simplement manque d’appeal ?

On l’appelait Vieille Dame…

Si Kulusevski et McKennie représentent les seules recrues Under-30, les cibles turinoises, notamment offensives, sont contenues dans une moyenne d’âge de 34 ans : avec Dzeko et Suarez aux côtés de Cristiano Ronaldo, difficile de l’appeler encore Juventus (littéralement « jeunesse » en latin). Et comme un malheur n’arrive jamais seul : c’est alors qu’elle tente de se restructurer et de palier un trou financier toujours plus large tout en maintenant son ambition européenne qu’elle elle se voit ignorée par ceux qui seraient justement plus à même de l’aider : Isco (prunelle des yeux de Pirlo), Cavani (un soldat au service du collectif), Bellerin, Lacazette ou Jimenez, un manque à gagner au moment le plus crucial de sa récente histoire.

Si l’on regarde dans le détail, on s’aperçoit que ce phénomène n’est pas inédit. Les phases de mercato de la Juve se sont souvent soldés par de gros coups mais aussi par de nombreux flops, voir les projets Icardi ou Lukaku : à défaut d’un coup de maître, un coup sur la tête. En somme, le tableau des arrivées semble bien moins rentable depuis quelques temps, d’autant plus que du point de vue des départs, ça coince également : il reste certains cailloux dans la chaussure à retirer, Higuain et Matuidi étant les premiers sacrifiés.

Difficile de comprendre si le manque d’investissement de la Juventus est dû à une réputation entachée, à une fragilité financière ou tout simplement à une frilosité personnelle l’incitant à ne pas trop bouleverser l’équilibre du groupe en repartant de zéro, mais cette Vieille Dame a besoin de plus de visibilité. Elle possède déjà le joueur le plus influent de la planète, mais peut-être faudrait-il tabler sur le long-terme afin de se remettre sur les bons rails – à moins que Pirlo ne trouve, et il en est capable, la bonne formule ?

Rafaele Graziano



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