La Serie A, la pré-retraite des top-players sur le déclin ?

Par Cesco publié le 05 Jan 2020

Ronaldo, Ribéry, Godin, Buffon, maintenant Ibrahimovic. Des grands noms du ballon rond, à différents étages et un point commun. Le dernier challenge, celui de la Serie A à un âge qui dépasse désormais la trentaine. Alors, véritable défi ? Hype du moment ? La Serie A est-elle devenue la chambre de la pré-retraite des champions ?

Ronaldo, le déclencheur

10 juillet 2018, toute l’Italie s’enflamme. Cristiano Ronaldo, cinq fois ballon d’or, un des meilleurs joueurs du monde, signe à la Juventus après neuf années passées au Real Madrid. A 33 ans, le Portugais s’offre un dernier grand challenge. C’est en tout cas ce qui est relaté dans la presse. Les observateurs sont alors sceptiques, et ils le sont encore aujourd’hui. Pourtant, le Portugais a des stats qui parlent pour lui. En 45 matchs de Serie A (3ème pays au coefficient UEFA), il inscrit 31 buts et délivre 9 passes décisives. En Champions League ? 15 matchs, 8 buts et 3 passes décisives. Des statistiques excellentes pour un joueur qui a habitué au démentiel, à l’irréalisable. Et pour cause, en Liga, il a marqué plus de buts qu’il n’a joué de matchs (311 buts pour 292 matchs). C’est en partie pour cela que les critiques fusent pour lui actuellement alors que pour n’importe quel autre joueur, les éloges seraient de mise. Sans idolâtrer le bonhomme, son choix et ses performances sont sans contestation possible satisfaisantes.

Une signature d’une telle envergure a, sans le vouloir, relancé une hype en Italie. Celle du « défi Ronaldo ». Passé 30 ans, quitter son grand championnat ou sa grande équipe pour aller en Italie, même dans un club un peu moins huppé n’est plus honteux. Forte de la marque CR7, la Serie A s’est transformée en aimant ces deux dernières saisons pour les joueurs en quête de dernière chance ou d’ultime relance. Relancé oui car la Serie A a connu son époque des futurs ex-top-players. Podolski, Vidic, Diego Lopez et on en passe des meilleures …

Les 28 buts de Ronaldo lors de sa première saison sous le maillot juventino

Un aspect marketing et sportif qui peut être intéressant

L’exemple de Ronaldo passé à la loupe, révèle de fortes retombées économiques. Celles d’un Ibrahimovic au Milan ne peut également qu’être porteur. L’aspect « showman » du joueur malgré ses 38 ans est la lumière dans la sombre saison du Milan AC. Le club rossonero abuse de la communication au sujet de son ancien ex-joueur suédois sur ses réseau sociaux. La portée est énorme, l’engagement des tifosi également. Les maillots sont déjà sortis, très demandés, avec le numéro 21 et les observateurs s’attendent à une hausse des abonnements à San Siro sur la phase retour. Le match de lundi face à la Sampdoria affiche déjà 60 000 spectateurs, prêts à venir voir leur nouvelle idole. Il est également annoncé une forte hausse des abonnements sur les Facebook et Instagram du club.

La page d’accueil du store du Milan AC affiche fièrement en pleine page les différents maillots de sa star suédoise. 

Sportivement, ces arrivées peuvent aussi être bénéfiques. Les cas Ribéry, par exemple, qui malgré son âge (et sa blessure) est un joueur d’une qualité certaine. La Fiorentina, club en perdition en Serie A depuis l’arrivée de Montella (licencié depuis) et Commisso aux commandes, n’allait pas se priver d’une telle arrivée. L’impact du Français, outre le commercial là aussi avec une hausse de présence moyenne dans le stade de 12,6% par rapport à la saison passée, s’est ressenti sur les terrains lors des 11 matchs disputés. Souvent le meilleur sur le gazon, auteur de 2 buts et 2 passes décisives, le Français a fait du bien à une Viola à qui il manque désormais.

En moyenne, la Serie A affiche 6,5% de hausse de présence dans ses stades. Et ces champions n’y sont pas pour rien. Il faut d’ailleurs remettre dans le contexte actuels des clubs concernés, leurs arrivées. Milan, Fiorentina sont en perdition. Ces arrivées, qui plus est à 0€ d’indemnité de transfert, il faut le rappeler, même s’il reste le salaire à verser, viennent redorer un blason abimé et redonner de l’espoir aux supporters. Cela ne doit cependant pas se généraliser au risque de pénaliser l’image d’un championnat, peut-être à tort, en nette progression depuis quelques années.

La pré-retraite en Italie, la mode du moment

Alors si Ronaldo a été le déclencheur, parfois pour le meilleur, il l’a été aussi pour le moins bon (peut-être pas le pire non plus). Godin à l’Inter, cela peut paraitre sévère, mais l’ancien défenseur de l’Atletico, véritable muraille louée pour ses qualités, peine à montrer le meilleur de lui même en début de saison. Les critiques sur le côté « fini » du joueur n’ont pas tardé à sortir. Pire, le retour de Buffon à la Juventus en tant que second gardien. Inutile si ce n’est pour faire tomber quelques records d’égo et enlever du temps de jeu à un Szczesny ou à un Perin qui a du retourner au Genoa pour exister malgré son retour dans le groupe après sa blessure à l’épaule. Si l’amour entre Buffon et la Juventus n’est pas à démontrer, quel intérêt sportif la Juventus a-t-elle à aligner un gardien de plus de 40 ans dans ses buts ? Sur la pente descendante, celui qui reste un très bon portier n’a plus les aptitudes d’antan et un rôle de dirigeant aurait été préférable après l’échec de la pige d’un an au PSG et ses deux bourdes face à Manchester United.

Alors oui, Ronaldo a relancé une mode. Le défi de la dernière pige dans un grand championnat, quitte à délaisser un club plus huppé. C’est un aspect à ne pas négliger qui démontre que le championnat reste digne d’intérêt. Mais cela ne doit pas venir ternir l’image d’un pays qui remonte la pente depuis quelques années. Car oui ces arrivées, mal communiquées et parfois trop mises en avant, envoient un signal négatif. Cependant l’Italie tient la barre. Trois clubs de qualifiés en huitième de Champions League, deux en seizièmes d’Europa League, peu de pays peuvent en dire autant et se permettre des critiques parfois infondées et dénuées de sens. Et si l’on tient vraiment à parler d’un championnat sur le déclin, il faudra expliquer comment celui ci arrive à attirer Ronaldo, Lukaku, Smalling, Lozano ou garder des Martinez, Barella, Koulibaly ou encore Immobile et Luis Alberto. Parfois il n’y a pas que le sportif. Et l’on sait que l’Italie a souvent été critiqué pour avoir délaissé des aspects importants liés à la communication et au business. Le foot ce n’est plus que du ballon, c’est aussi des gros sous. Et ces arrivées servent à la Serie A, quoi qu’on en dise, dans les faits.

Cesco

Rédacteur en Chef



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