La Serie A et les médias : la guerre des droits TV, épisode Covid19

Par Nicolas Soldano publié le 25 Mai 2020

Le dénouement ne devrait plus tarder. Après maintes médiations, tentatives et discussions, le bras de fer entre la Lega Serie A et les médias diffuseurs semble déboucher sur une impasse. Seuls les efforts de De Siervo (Directeur général de la ligue) militant pour un accord par le dialogue et quelques divergences d’opinion entre les clubs de l’élite empêche pour l’instant le problème de se régler devant les tribunaux. Une conclusion qui ne conviendrait vraiment à personne.

Une histoire de gros sous

Le point de crispation : ce que les détenteurs des droits audiovisuels de la saison 2019/2020 doivent aux 20 clubs du championnat italien. Selon les estimations, le montant oscille entre 230 et 300 millions d’euros : cela correspond au dernier versement (le sixième) que les diffuseurs doivent payer à la Serie A. La plupart de cette somme doit être payé par Sky, puis par DAZN, et enfin par IMG qui détient les droits pour l’étranger. Sauf que… les diffuseurs sus-nommés n’ont pas payé. La date limite était le 2 mai 2020 et elle n’a pas été respectée. La raison ? Les diffuseurs estiment qu’en l’absence de matches à retransmettre, le montant attendu n’est pas dû, du moins pas en totalité. Concrètement, Sky devait diffuser encore 86 matchs, tandis que DAZN 38. Les solutions proposées par les différents diffuseurs divergent, mais globalement tous demande un gros rabais, soit sur ce sixième versement de la saison, soit sur le montant des droits TV de la saison prochaine. Rappelons que l’accord entre les diffuseurs et la Serie A est de trois ans et qu’un nouvel appel d’offre devrait s’organiser en 2021.

Les clubs professionnels et la menace de la justice

Après plusieurs réunions informelles, la majorité des clubs de Serie A tablent sur une même ligne directrice : les diffuseurs doivent payer, et plein pot. Malgré un positionnement plutôt compréhensif au départ, le point de non retour semble être franchi. Pratiquement tous les clubs seraient prêts à traduire les ayants droits devant les tribunaux, factures à l’appui. Dans un écosystème où les revenus TV représentent au moins 20% du chiffre d’affaires des clubs (ils atteignent dans certains cas 50%), on comprend qu’ils puissent être, vu le contexte, une rentrée d’argent indispensable. C’est aussi la véritable raison pour laquelle le football italien essaie de redémarrer à tout prix. Cependant, s’il s’arrête, cela pourrait également faire le jeu des clubs car cela se fera par décret gouvernemental. Ainsi, le contrat pour les droits TV ne prévoyant pas de force majeure comme hypothèse de suspension ou de réduction de paiement, les diffuseurs se retrouveraient dans l’obligation de payer. A moins de trouver un tour de passe-passe législatif, ce qui ne serait pas si étonnant à la vue du caractère exceptionnel du contexte actuel.

La date butoir à ne pas franchir est déjà connue, c’est celle du 25 mai. Au-delà de cette date, les clubs devraient déclencher une action en justice commune. Pour propulser le problème encore un peu plus loin dans l’irrémédiable…

Nicolas Soldano

Rédacteur



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