La Sampdoria dans la tourmente des affaires…

Par Michaël Magi publié le 03 Déc 2018

Depuis mercredi dernier, Massimo Ferrero la joue discret. Et pour cause, puisque l’on a appris au petit matin que la Guardia di Finanza avait saisi 2,6 M€, parmi ses biens et avoirs financiers. La Sampdoria n’est pas épargnée par l’opération : 200.000 € ont été ponctionnés sur ses comptes. Soupçonné de malversations, de blanchiment d’argent, de fausse facturation, Ferrero aurait, selon plusieurs sources, utilisé notamment les fonds du club pour faciliter d’obscures transactions. Si tout reste à prouver, l’affaire approfondit une fracture, apparue cet été, entre le Président de la Doria et les tifosi.

Que reproche-t-on à Ferrero ?

Les soupçons concernant Ferrero ne datent pas d’hier. Fin 2015, celui qui feint d’être fou avait déjà dû faire face à des accusations de fraude fiscale. C’est dans le cadre de l’investigation que les enquêteurs auraient découvert l’existence d’un fourre-tout financier permettant de régler en douce les dettes de certaines sociétés ou d’acquérir des biens dans l’ombre du fisc. Au sein de ce système, Ferrero n’est pas seul : 5 autres personnes sont ainsi directement visées par l’enquête, dont sa compagne, Manuela Ramunni. 5 suspects et une société machine à laver : la Samp, véritable vache-à-lait d’un labyrinthique eco-système, utilisée à des fins diverses et parfois triviales : acheter un appartement à une petite amie, combler d’encombrants déficits.

Exemple : un demi-million d’euros appartenant à la Samp aurait été détourné au profit de la compagnie aérienne Livingstone, rachetée par Ferrero en 2009, et ayant finalement fait faillite il y a quelques années avec un trou de 40 M€ dans les caisses. Le transfert de fonds aurait été facilité par le transfert d’Obiang à West Ham en 2015, valorisé à hauteur de 6,5 M€ ; ce qui n’avait pourtant pas empêché la Samp de présenter un budget déficitaire de 1,4 M€, en dépit de 7 M€ d’indemnités, versées par la famille Garrone (propriétaire de la puissante société pétrolière ERG et de la Samp entre 2002 et 2013), sous couvert de corrections comptables suite à la vente du club. Multiples ramifications financières s’entremêlant telles les souples et invisibles branches d’un sumac vénéneux.

Massimo Ferrero et Edoardo Garrone, le jour de l’officialisation de la vente de la Samp

La présence de Garrone, à cet endroit clé du dossier, n’est pas fortuite, comme ne le sont pas les griefs des tifosi qui se souviennent encore de la cession du club en juin 2014. A l’époque, Edoardo Garrone, qui avait reçu la Samp en héritage – léguée par son père, Riccardo Garrone, président de la Samp entre 2002 et 2013 et propriétaire d’ERG, mort d’un cancer du pancréas un an plus tôt – s’était séparé du club comme on se soulage d’une envie pressante, motivant sa décision par des pertes de 100 M€ en 12 ans. Acquisition atypique pour laquelle Ferrero ne déboursera pas un centime et qui lui permettra d’éponger ses dettes, à la faveur d’un versement de 60 M€, gracieusement concédé par une famille Garrone opportunément altruiste. Transaction unique en son genre, qui aura donc vu le vendeur payer pour céder son bien. Un peu comme si un riche propriétaire immobilier vous arrosait de stock-options avant de vous filer les clés de sa villa de province.

Qui se cache derrière Ferrero ?

Si Ferrero est passé maitre dans l’art de la diversion, maniant la théâtralité pour servir ses intérêts à l’ombre du scandale permanent, il se pourrait cependant, comme le sous-entend une enquête du magazine L’Espresso (vendu chaque semaine avec l’édition dominicale du quotidien La Repubblica) qu’il ne soit qu’un homme de paille, dissimulant les intérêts de plus gros poissons. Ceux d’Antonio Gozzi, actuel Président du Virtus Entella, club de Serie C et magnat de la sidérurgie ?  Ceux de Gabriele Volpi, l’un des hommes les plus riches d’Italie : natif de Gênes, amoureux de la Samp, businessman de l’ombre dont le patrimoine est à ce jour un mystère et propriétaire de la Spezia et du club croate HNK Rijeka. A moins qu’il ne s’agisse, comme on l’a cru au tout début de l’été, d’hommes d’affaires saoudiens, soupçonnés de vouloir racheter la Samp, après avoir embauché Sabatini comme conseiller du club d’Al Ittihad, alors qu’il venait à peine de prendre ses fonctions de Directeur Technique au sein du club blucerchiato. Commérages sans fondements ? Peut-être. Quoiqu’il en soit, cet autre sac de noeuds incite les tifosi à clamer leur désir de voir Ferrero le sulfureux vendre le club dans les plus brefs délais.

Bientôt une Fronde ?

Dans l’immédiat, on s’active pour déminer le terrain. L’avocat du club, Romei, est monté au front : « Ce qui sort ces jours-ci n’a rien de nouveau. La société restera silencieuse ». A peine deux jours plus tard, ladite Société émettait pourtant un communiqué, vantant les résultats financiers du club, ses investissements dans de nouvelles structures sportives, une augmentation croissante des actifs comptables des joueurs depuis 2014.  Autant d’éléments que la direction considèrent comme « des données irréfutables, valant plus que tout autre commentaire… » Autant d’éléments qui, surtout, évitent savamment d’aborder les soupçons qui pèsent sur Ferrero et le système mis en place visant à garantir son enrichissement personnel. La richesse est certes l’obsession récurrente de Ferrero, lui qui confessait au journaliste Malcom Pagani, dans le cadre d’une entrevue choc : « Je suis né pauvre et je mourrai riche. Je n’ai peur de personne, j’envoie n’importe qui se faire foutre, même si le nom de famille est Berlusconi ». 

Entre Ferrero et la Samp, il y a de l’eau dans le gaz depuis l’été…

Toute cette affaire nous ferait presque oublier que la Samp a renoué avec la victoire ce samedi contre Bologne (4-1), après 5 matchs sans le moindre succès. Ce que l’on sait déjà, c’est qu’elle ne sera pas de nature à calmer les tifosi, qui ont publié  un communiqué sourd de menaces : « M. Massimo Ferrero doit s’expliquer à propos de ces accusations d’une très grande gravité. Nous demandons la vérité sur ce qui a été dévoilé, en particulier sur le retrait d’argent dans les caisses du club à des fins personnelles, par M. Ferrero. (…) Nous prévoyons déjà qu’en l’absence de réponse, d’ici une semaine, ce silence équivaudra pour nous à un aveu de culpabilité qui, ne pourra que nous pousser à agir pour évincer à jamais Ferrero du club ». 

Michaël Magi



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