La Samp face aux gros, des maux si révélateurs

Par Julien Picard publié le 25 Fév 2019

C’est pour la part d’imprévisibilité et d’incertitude qu’il génère que le sport procure des émotions parfois irrationnelles. C’est en bousculant l’ordre établi, par la grâce d’exploits inattendus et de performances héroïques que les faibles renversent les forts. C’est cette incertitude que les amateurs de paris sportifs tentent d’anticiper tous les week-ends. Qu’ils se rassurent: avec la Sampdoria, ils ont là une source fiable et rentable, une équipe qui domine les mal-classés et subit la loi de ceux devant elle. La victoire hier contre Cagliari ne fait pas exception à la règle.

Une équipe devenu prévisible, un entraîneur têtu

Par définition, une équipe du ventre mou est une équipe irrégulière, capable du meilleur comme du pire. Avec les blucerchiati, pas de tout ça. Sur leurs 9 défaites, seules 2 ont été concédées contre des adversaires moins bien classés, contre l’Udinese lors de la 1e journée et contre Frosinone il y a deux semaines, 1-0 à chaque fois. Contre des membres du Top 10, le bilan est lui famélique : 3 nuls, 7 défaites et seulement 2 victoires, contre le Napoli en début de saison et contre l’Atalanta, avant son renouveau. Ces statistiques équivoques traduisent un constat aisément perceptible depuis quelques temps, à savoir une équipe prévisible incapable de sortir d’un schéma préconçu afin de se dépasser. Tous ont ciblé les manquements de cette équipe, entre un milieu de terrain qui peine à ressortir les ballons et une relance souvent approximative : une équipe cohérente dans le pressing et solide défensivement n’aque très peu de difficultés à mettre en échec les génois à l’inspiration limitée.

C’est tout le coaching qui est questionné ici. Le plan de jeu demeure souvent le même. Alors que la méthode Giampaolo comptait faire de la verticalité et de la vitesse ses principes fondateurs, ses promesses sont mortes avant d’avoir vécues. Le 4-4-2 losange est reconduit chaque week-end malgré les carences évidentes du trio Ekdal-Praet-Linetty à jouer au ballon contre des blocs plus hauts. Et si les qualités de Saponara, plus à même de casser les lignes, sont un recours, elles sont trop peu exploitées par le technicien italien qui lui préfère Gaston Ramirez, plus sobre avec son jeu moins risqué. Sur le banc, le profil de Vieira est à suivre car il se distingue du milieu actuel, uniforme et peu complémentaire. Le bissau-guinéen a un profil plus athlétique et ces quelques entrées en jeu ont montré davantage de spontanéité dans son jeu, assez technique lui aussi. Mais encore une fois, il n’a eu que très peu d’opportunités de se montrer. Peut-être ne rentre-t-il tout simplement pas dans le moule unique de l’artisan Marco Giampaolo.

Un manque d’ambitions et de renouveau

Avoir un projet de jeu, c’est louable. Ne jamais s’en détacher, on appelle ça de l’entêtement, pour ne pas dire du dogmatisme. Ne pas se renouveler, ne pas tenter de coups, ne pas faire de choix, cela s’apparente à un manque d’audace, voire d’ambition. La tactique, l’intensité et le coaching demeurent les mêmes que l’équipe reçoive l’Udinese ou se déplace à San Siro. A chaque fois qu’elle s’est inclinée contre un membre du Top 10, la Samp n’a jamais donné l’illusion qu’elle était en mesure de remporter le match : elle a perdu sans avoir combattu, sans avoir pris de risques, sans révolte. S’en remettre au seul Quagliarella semble bien trop léger pour une équipe dont la qualité individuelle de ses joueurs ne fait pourtant pas de doute. Collectivement, c’est l’impression d’une équipe usée et résignée, incapable de se renouveler qui ressort. Le spectre de finir en roue libre, comme la saison dernière, guette les blucerchiati, si le projet de jeu n’évolue pas. Au vu du potentiel affiché par séquences, ce serait un sacré gâchis.

Julien Picard



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