La Primavera de l’Inter : un vivier de talents à exploiter

Par Frédéric Marjary publié le 17 Déc 2018

Cruyff à l’Ajax, Messi au Barça, Baresi au Milan, Del Piero à la Juventus… A l’instar de ces clubs, l’Inter peut se targuer elle aussi d’avoir grandement participé, par le biais de son centre de formation, à l’éclosion de légendes telles que Facchetti, Mazzola ou Bergomi. Seulement aujourd’hui, malgré des résultats probants depuis plusieurs années, l’académie intériste et tout particulièrement sa section des moins de 19 ans a du mal à propulser ses jeunes pousses en équipe première.

L’école des champions

Depuis 2010, la Primavera de l’Inter domine le football italien. Double champion en titre et vainqueur lors de la saison 2011-2012, l’Inter est l’équipe qui a remporté le plus de championnat depuis sa création en 1962, à égalité avec le Torino (9). Les Nerazzurri ont gagné la Coupe d’Italie en 2015-2016, portant leur total à 6, soit la deuxième équipe la plus titrée derrière le Torino (8) encore. Concernant le tournoi Viareggio, troisième compétition majeure en Italie chez les équipes de jeunes, le club lombard l’a remporté en 2018 et totalise désormais 8 victoires, égalant ainsi la Fiorentina, mais restant derrière la Juventus (9) et le Milan (9).

Si l’on s’intéresse maintenant à la présence de joueurs formés au sein de l’Inter dans les clubs de haut niveau, le résultat est plutôt satisfaisant. En octobre 2017, l’observatoire du football CIES a mené une étude sur les meilleurs centres de formation européens. Dans les cinq grands championnats, on recensait 23 joueurs passés par la Primavera de l’Inter (dont un sous contrat à l’époque, Santon). A titre de comparaison, le Milan comptait 22 joueurs dont 7 sous contrat et la Roma 20 joueurs dont 3 encore au club. En février 2018, le Corriere dello Sport a publié une enquête qui se concentrait elle sur la scène nationale. L’Inter recensait 40 joueurs en Serie A et B, derrière l’AS Roma (44) et le Milan AC (43).

En vert, le nombre de joueurs passés par les U19 du club qui jouent en octobre 2017 dans un des cinq grands championnats. En noir, le nombre de joueurs qui sont encore au club. 

Encore quelques paliers à franchir pour être au sommet

L’académie de l’Inter est donc une réelle fabrique de talents. Cependant, aucun joueur n’arrive à s’installer durablement au sein de l’équipe première. L’exemple le plus récent est évidemment Pinamonti. Passé par toutes les catégories de jeunes, l’attaquant italien a joué seulement trois matchs avec les professionnels en l’espace d’un an et demi, avant de partir en prêt à Frosinone. Avant lui, nombreux sont les joueurs qui ont fait quelques passages brefs sans jamais s’y imposer. Marco Benassi a joué une dizaine de rencontres entre 2012 et 2014 puis est parti en prêt à Livourne avant de signer au Torino. Samuele Longo, qui a joué deux petits matchs et qui depuis 2011 enchaîne les prêts un peu partout entre l’Italie et l’Espagne. Jonathan Biabiany, qui même s’il comptabilise plus d’une trentaine de matchs en nerazzurro au cours de sa carrière n’a jamais réussi à être un maillon essentiel de l’équipe. Leonardo Bonucci, qui n’a disputé qu’une seule rencontre à l’Inter avant de s’envoler à Trevisa, Pisa puis Bari. La liste est non-exhaustive…

Bonucci est d’ailleurs aujourd’hui le seul joueur sorti de la Primavera qui fait parti d’un top club en Europe. En 2006, lorsque l’Italie gagne la Coupe du Monde, aucun joueur ne provient du centre de formation de l’Inter. La contribution d’une académie sur un titre mondial est pourtant un indicateur révélateur de performance. Quand on regarde l’Espagne en 2010, Barcelone avait formé 7 joueurs sur les 23 champions du monde. En 2014, le Bayern en avait lui formé 6 parmi les 23 allemands. Si l’Inter veut analyser l’impact de sa Primavera sur son palmarès professionnel, elle doit revenir en 2010. A cette époque, Pandev et Balotelli avaient été deux hommes décisifs dans la quête du triplé historique du club milanais.

La Primavera, une sortie de secours financière

Bousculé par le fair-play financier ces dernières saisons, l’Inter a dû trouver une solution afin de sortir du joug de l’UEFA. Malheureusement pour les jeunes talents du club, la Primavera a servi de monnaie d’échange pour rentrer dans les clous et éviter toute sanction. Des joueurs très prometteurs comme Odgaard, Zaniolo, Emmers ou encore Lombardoni ont ainsi été sacrifiés. Le club s’est tout de même gardé un droit de rachat prioritaire au cas où ces joyaux exploseraient dans les années à venir.

Actuellement, la Primavera vit un début de saison poussif. Cinquième de Serie A et éliminée de la Youth League, les hommes d’Armando Madonna doivent retrouver une synergie et des automatismes perturbés par la liquidation d’une grande partie de l’effectif d’une part, et des joueurs ayant dépassés la barre des 19 ans d’une autre part. Colombini, Persyn, Colidio, Salcedo… Il faut maintenant espérer que ces diamants, une fois polis et débarrassés de la crainte du fair-play financier, brilleront de mille feux et ramèneront l’Inter au sommet du football européen.

Frédéric Marjary



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