La Nazionale à l’ère du 3-5-2

Par Luca Lorenzon publié le 09 Sep 2020

Si le 3-5-2 existait déjà auparavant, sa diffusion massive ne s’opère que depuis les succès retentissants de la Juventus de Conte lors de la saison 2011-2012. Ce module de jeu qui s’impose petit à petit comme la référence tactique en Italie, mais pas uniquement, mobilise particulièrement les joueurs de couloir. Quelle influence exerce-t-il alors sur les choix de Mancini dans ce secteur de jeu depuis son avènement à la tête de la sélection ?

Les latéraux de Conte et leur influence

L’entraineur originaire des Pouilles choisit ses latéraux en fonction de deux caractéristiques principales : leur capacité à répéter les efforts ainsi que leur habilité à prendre les espaces dans le dos de la défense adverse. Les qualités communes des latéraux dits modernes comme les inverted fullbacks de Guardiola ou les flancs du Real de Zidane ne sont que peu recherchées par Conte. Les meilleurs exemples demeurent sans aucun doute les limités techniquement mais courageux Lichsteiner ou D’Ambrosio. Tout en l’adaptant à leur style de jeu, des écuries huppées de la Serie A suivent actuellement cet exemple. L’Atalanta de Gasperini ou la Lazio d’Inzaghi ne sont que les témoignages les plus éclatants de ce phénomène. De même, la Juventus de Pirlo pourrait renouer avec l’héritage de Conte la saison prochaine en évoluant en 3-4-1-2. A donc commencé en Italie l’ère des terzini tutta fascia, c’est-à-dire des latéraux endurants capables de répéter des efforts conséquents afin d’apporter le surnombre en attaque, malgré une qualité technique en dessous de la moyenne.

Les choix de Mancini

C’est maintenant un fait établi : l’Italie évoluera dans un 4-3-3 à point basse au milieu. Si les différents secteurs de jeu ont ainsi trouvé leurs titulaires, le sélectionneur montre encore des signes d’hésitation quant au choix de ses arrières latéraux. Et pour cause, peu d’équipes compétitives de Serie A évoluent à présent dans une défense à 4. Pour chaque côté, trois concurrents se détachent pour l’obtention d’un poste de titulaire. À droite, Florenzi reste le plus titularisé devant Di Lorenzo et d’Ambrosio, tandis qu’à gauche Biraghi semble tenir le bon bout face à Spinazzola et Emerson. Il est cependant évident que tous ne se rendront pas à l’Euro.

Un « déséquilibre équilibré »

Force est de constater qu’il ne s’agit pas ici d’une sélection de premier choix en termes de qualité. La plupart de ces défenseurs, mis-à-part Di Lorenzo, ont d’ailleurs l’habitude et les caractéristiques pour évoluer comme pistons dans des défenses à 3. La solution adoptée par Mancini se situe alors dans l’adoption d’un « déséquilibre équilibré ». Comme nous l’avons vu contre la Bosnie, le latéral droit (dans ce cas Florenzi) a tendance à rester plus bas sur le terrain, tandis que le latéral gauche poussera très haut. Ainsi, Biraghi dédoublait régulièrement un Insigne habitué à rentrer sur son pied droit. Cette tactique n’est pas sans rappeler la « défense à 3 et demi » adoptée par le Napoli de Carlo Ancelotti. Mario Rui passait régulièrement l’ailier de poche napolitain pendant qu’un défenseur central comme Maksimovic était aligné dans le couloir droit. De la même manière, Mancini entend profiter des qualités offensives développées par les pistons alignés dans des 3-5-2. Pourrait-on alors voir, comme cela a déjà été fait, un défenseur central de formation comme Gianluca Mancini sur le flanc droit de la défense ? Seul l’avenir nous le dira, mais les solutions tactiques proposées par le sélectionneur ne manquent pas d’adaptation et d’inventivité.

Luca Lorenzon



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