La Juventus ne sait-elle plus défendre ?

Par Rafaele Graziano publié le 21 Déc 2019

On le savait, la saison 2019/20 marquait un renouveau dans le football italien, et tout particulièrement pour la Juventus où l’arrivée de Sarri suscitait le scepticisme général tant l’entraîneur toscan semblait incompatible au stile Juve. Et après une demi-saison, les Bianconeri affichent des lacunes qu’ils n’avaient que rarement montré puisqu’elles sont essentiellement défensives – le signe d’un changement de philosophie ou d’un manque de qualité ?

La Juventus ne fait plus de la Juventus

Des légendes, des talents, des gardiens d’exception, si la Juventus possède un palmarès aussi remarquable, c’est non seulement grâce à ses joueurs, mais aussi grâce à un style de jeu qui lui colle à la peau. Depuis toujours, la Vecchia Signora est admirée pour sa défense. Des monuments de la discipline ont évolué sous le maillot bianconero et tous, à travers les époques, confortent dans l’idée d’une Juventus solide et rigoureuse. Un art de défendre fréquemment transmis aux Azzurri. En 8 ans de récent règne national, la Juve obtient systématiquement le titre de meilleure défense, mais en 2019, elle décide de tourner la page et de rédiger un nouveau chapitre.

La BBC ayant porté ses fruits plusieurs années, les nouvelles recrues turinoises entendent en faire de même. Cependant, le football européen, lui, ne veut plus défendre. De nos jours, l’action prime sur la gestion du score, un bouleversement philosophique difficile à digérer pour les équipes italiennes – comme en témoignent leurs récents résultats européens. L’arrivée de Cristiano Ronaldo (avec son lot de records), de Sarri (et son style tactique) à la Juve, semble aller dans ce sens, si bien que les bianconeri perdent peu à peu leur âme défensive.

Pas au niveau ?

Cette année tout particulièrement, c’est également en Serie A que la Juventus peine à défendre. Les juventini ont rarement autant concédé dans une première partie de saison : 17 buts encaissés en 17 rencontres, un record qui remonte à décembre 2010 sous Delneri. Alors que Sarri varie les modules offensifs, la défense elle, semble délaissée. Difficile d’affirmer que les défenseurs bianconeri sont mauvais ou pas assez bons, mais force est de constater que quelque chose ne va pas à Turin – ou plutôt, en dehors : la Juventus de Sarri a subi 7 buts lors des 8 derniers déplacements (tous confondus), dont 3 face à la Lazio – il faut remonter à 2017 pour voir la Juve subir 3 buts à l’extérieur (le dernier clean-sheet remontant au Derby della Mole du 02.01.19 (0-1). Pour une défense « de fer », les chiffres sont plutôt timides; sur la base seule des déplacements, la Juve serait 3ème derrière l’Inter (actuelle meilleure défense – merci Conte !) et l’Atalanta.

Malgré l’arrivée d’une jeunesse talentueuse, il est important de rappeler un aspect contextuel fondamental : la blessure hâtive de Chiellini qui contraint De Ligt, Rugani et Demiral à assumer leurs responsabilités. L’absence du rempart turinois se fait sentir (sans lui, la Juve d’Allegri prenait 1,1 buts par match contre 0,5 avec lui), selon Cassano, elle conditionnerait même le rendement de De Ligt, incapable de « grandir » aux côtés de Bonucci. Le Néerlandais a en effet suscité des doutes après ses nombreuses bévues (anticipations manquées, erreurs de placement, fautes de main), sa titularisation fut contestée avant la nette amélioration de ses prestations. Au final, la grande tare de la Juventus n’est pas sa défense mais plutôt son repli défensif : dès lors qu’elle affronte des attaquants rapides ou une équipe portée sur la contre-attaque, elle souffre. Souvent même, la charnière centrale a manqué de coordination dans la protection de son territoire en repli. Saura-t-elle rebondir tout comme elle a su corriger ses lacunes sur coups de pieds arrêtés ?

Malgré les buts encaissés, la Juve « Sarrienne » ne perd que rarement, il aura fallu 20 matchs pour voir sa 1ère défaite (seuls 3 entraîneurs ont fait mieux). L’avenir n’est pas sombre pour autant pour la Vieille Dame qui devrait récupérer son capitaine en mars et qui peut compter sur une variété de remplaçants expérimentés. Mais attention à ne pas se montrer trop juste car l’Europe ne pardonne pas.

Rafaele Graziano



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