La jeunesse italienne fuit-elle la Vieille Dame ?

Par Rafaele Graziano publié le 15 Août 2019

Alors que la Juventus était reconnue et respectée pour sa capacité à évoluer parmi l’élite européenne tout en produisant le fleuron du football italien, elle fait récemment face à un phénomène de société; l’exode de la jeunesse italienne.

Prêts répétés, jeunesse exaspérée

Les récents mercato de la Juve ont suscité le scepticisme des tifosi tant la gestion du club semble engendrer la fuite des joueurs italiens désormais en quête de temps de jeu et d’une considération perdue à Turin. Parmi eux, des joueurs promis à un avenir brillant : certains sont, depuis, tombés dans l’oubli, d’autres ont fini par explosé une fois à destination. L’exemple le plus récent est Luca Pellegrini, un talent de 19 ans arraché à l’AS Roma contre Spinazzola et finalement renvoyé à Cagliari sous forme de prêt, une formule dont raffole la Juve et qui aboutit souvent par un départ définitif.

Comment ne pas mentionner la récente affaire Moise Kean. Cédé à Everton pour 40M€, les tifosi semblent ne pas avoir compris son départ : lui qui était destiné à reprendre les rennes de l’attaque italienne. Avant eux, l’on compte : Spinazzola, “romain” depuis cet été mais prêté à maintes reprises par le passé (Vicenza, Atalanta, Perugia) le latéral italien n’a visiblement jamais fait partie des plans turinois malgré une prestation prometteuse en Champions League cette saison. Mais aussi Riccardo Orsolini, acteur majeur de la Nazionale U21 et cédé définitivement à Bologna cette année après des passages à Ascoli et Bergame. Andrea Favilli (Genoa) passé par Livorno et Ascoli, Mattia Caldara (Milan AC) prêté aussi à l’Atalanta, Simone Zaza (Torino) passé par Valence et West Ham, Ogbonna (West Ham) alors qu’il avait été arraché au rival turinois, Immobile : enfant du club et cédé au Torino – où il gravira les échelons avant d’exploser sur la scène européenne avec la Lazio. Sans oublier Giovinco et Quagliarella : deux inconditionnels de la Vieille Dame qui faisaient la fierté des bianconeri.

Mais alors, qu’est ce qui pousse une équipe comme la Juventus à se séparer de ses ‘disciples’ nationaux ? Une gestion économique digne de l’institution – cotée en bourse – qu’elle est devenue, suivant une politique stricte et à court terme incluant la cession de ses jeunes pousses au profit de l’arrivée de vedettes internationales ? Il est évident qu’un jeune attaquant italien débarquant à la Continassa doit faire face à une concurrence impitoyable : comment trouver sa place parmi des monstres sacrés de la discipline comme Ronaldo, Higuaín ou Mandzukić ? Des raisons économiques donc, mais aussi sportives.

Un phénomène qui porte préjudice à la Nazionale ?

Là où autrefois la Vieille Dame voyait évoluer des Inzaghi, Vieri, Cannavaro etc. (fer de lance de la Squadra), aujourd’hui, le melting-pot est à l’honneur. Est-ce une régression pour autant ? D’un point de vue technique, il est évident que non, mais force est de constater que la descente aux enfers de la Juventus depuis le scandale Calciopoli coïncide avec le déclin des Azzurri sur la scène internationale – un lien entre la Juve et la nation italienne semble alors évident.

Autrefois poumon de la Nazionale, la Juventus voit aujourd’hui ses vétérans disparaître du monde Azzurro, Bonucci étant le dernier rescapé. La Juve serait-elle à l’origine de ce récent déclin national ou est-ce simplement que les dernières générations de joueurs manquent cruellement de talent, comme certains se prêtent à le penser de l’autre côté des Alpes ?

Pourtant, l’avenir de la Squadra n’est pas des plus sombres. Preuve en est du retour des milanaises – qui, contrairement à leur rivaux piémontais, font davantage confiance aux italiens issus du centre de formation – et de la Primavera bergamasque, championne en titre. La Juve n’est peut-être plus le producteur majeur de sang neuf, mais ce rôle est désormais réparti sur ses voisins italiens, capables de dénicher de réels talents, si bien qu’ils gagnent même la confiance de Roberto Mancini afin de représenter cette grande nation du foot qu’est l’Italie. Giampaolo, Conte et Gasperini sauront-ils propulser cette jeunesse perdue au devant de la scène européenne ?

Rafaele Graziano



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