La folle histoire de Rocco Pagano, joueur méconnu mais le plus redouté de Paolo Maldini !

Par Boris Abbate publié le 27 Sep 2019
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Janvier 2005. Il est pratiquement minuit passé dans les studios de la célèbre émission footballistique italienne « Controcampo », et Sandro Piccinini (journaliste italien très connu) se démène encore comme un fou pour faire perdurer la transmission jusqu’au bout de la nuit. Sur le plateau, est également présent Paolo Maldini, la légende du Milan AC, qui se prête alors tranquillement au jeux questions/réponses des journalistes. A la pointe de l’élégance, avec son costume taillé et ses cheveux incroyablement lisses, l’icône du football italien dresse alors un regard curieux mais intéressé quand Piccinini l’interroge sur un nouveau sujet. « Dis-nous, Paolo, quel a été l’adversaire le plus fort que tu as affronté au cours de tes vingts glorieuses années de carrière ? ». 

Le silence fait place dans la salle, Piccinini s’agite comme un gamin en attendant la réponse de son homologue, et la star du Milan fronce les sourcils pour mieux réfléchir à sa réplique. Ronaldo ? Maradona ? Rummenigge ? Figo ? Après un laps de temps à se tourmenter l’esprit, le capitaine des Rossoneri prend alors la parole et se lance enfin : « à vrai dire, il y a bien un joueur qui m’a toujours créé des problèmes. Il s’appelle… Rocco Pagano ». Stupeur sur le plateau. Piccinini fait les gros yeux, Mughini (autre figure emblématique des médias italiens) se transforme en une statue de sel, et tout le monde s’interroge sur l’identité de ce soit disant joueur. Mais qui diable est ce Rocco Pagano ?

Rocco Pagano, celui qui devait être le plus grand numéro 7 du championnat

En réalité, ce Rocco Pagano existe vraiment et Paolo Maldini n’a rien inventé du tout. Seulement, ce bon vieux Rocco n’a pas eu la carrière espérée pour rester dans les têtes de tous les suiveurs et percer définitivement au plus haut niveau. Pourtant, Pagano avait un talent fou, mais tout au long de son périple, des sacrés coups du destin le feront éloigner de la gloire.

Dès son plus jeune âge, à la Juventus, dans le début des années 80, Rocco perce néanmoins dans la Primavera de la Vielle Dame. Le gamin est alors  bourré de talent, et cela devait être écrit : un jour, il fera ses débuts en Serie A avec les Bianconeri. Mais malheureusement, cela n’arrivera jamais, comme il le confessait il y a quelques années dans le programme « Sfide » d’une autre chaine sportive italienne : « faire son trou en équipe première, à l’époque, était quasiment impossible. Dans cette Juve il y avait Tardelli, Bettega, Scirea, des monstres sacrés ! Ou tu étais vraiment un phénomène, ou tu devais aller voir ailleurs. Et moi, je n’étais pas un phénomène ! ».  Le gamin quitte donc le vivier turinois, et part ainsi à la conquête des divisions inférieures du Calcio. D’abord à Alessandria, puis à Tortona. Nous sommes alors toujours dans le début des années 1980, et, comme souvent dans la vie, une rencontre va changer le destin du bonhomme. Là-bas, Rocco Pagano fait la connaissance d’un certain Angelo Domenghini, qui va littéralement changer la carrière du garçon. « C’est la personne qui m’a donné un nouveau rôle », confessait toujours Rocco. « Je jouais habituellement au milieu de terrain, mais dès le premier jour il m’a dit : tu dois jouer sur un coté, sur la ligne ».

Pagano ne va alors plus quitter cette ligne de touche et il va se muer en un ailier au style original mais diablement efficace. Et quelques années plus tard, en 1985, il débarque à Pescara sous la houlette du célèbre coach Galeone. En deux saisons, l’équipe de Galeone remonte carrément en Serie A, et Pagano fait ainsi ses grands débuts dans l’élite du football italien. Le 13 Septembre 1987, la petite équipe de province effectue même son baptême du feu à San Siro, face à l’Inter de Trapattoni. Et ce jour-là, Pescara va signer une des plus belles pages de son histoire, avec une victoire historique de 2 buts à 0, avec Rocco Pagano en grand responsable ! Il décroche même un pénalty décisif en éliminant à lui tout seul 4 ou 5 joueurs intéristes ! Son entraineur, Giovanni Galeone, se souvient encore de ce moment : « quand il avait la balle aux pieds, il faisait une feinte qui était quasiment diabolique »« Il faisait toujours le même mouvement, une espèce de torsion avec son buste, en faisant feinte de partir à l’extérieur mais en revenant très rapidement vers l’intérieur avec son pied droit ».

Joueur au style unique et à la dégaine très particulière, Pagano rappelle alors Garrincha, le célèbre brésilien difforme aux articulations uniques qui lui permettaient de réaliser toutes sortes de mouvements improbables. Et Rocco va quelques mois plus tard de nouveau faire parler de lui, avec une autre retentissante victoire face à la Juventus, estampillée d’un superbe but de sa part. « J’étais juste à l’entrée de la surface. J’ai fermé les yeux et j’ai tiré. Quand je les ai rouverts, j’ai vu le ballon dans les filets et je n’ai plus rien compris du tout ! ». Dès lors, l’ailier de poche de Pescara fait beaucoup parler de lui, et il n’en faut pas plus pour alimenter les rumeurs qui l’envoient aux quatre coins de la botte, dans les plus grands clubs du championnat. Pourtant, Pagano n’aura jamais réellement l’occasion de partir, car toutes les transactions vont échouer. « Je devais partir » résumait encore l’Italien. « Mais au moment de conclure, je me rendais compte qu’aucune affaire n’aboutissait ».

La consécration, finalement, un soir de Janvier 2005

Malgré son talent, Pagano doit aussi faire face à un football qui change drastiquement et qui ne laisse plus vraiment sa chance aux ailiers purs et durs, comme le soulignait là encore Galeone : « Sacchi m’avait beaucoup parlé de Pagano. Il voulait le faire jouer au milieu. J’ai refusé, c’était un ailier droit pur ! ». Ainsi, et malgré des opportunités plus qu’évidentes, Rocco Pagano tombera définitivement dans l’oubli dans les années suivantes, et vagabondera alors une nouvelle fois dans les divisions inférieures du Calcio. Jusqu’à un soir de janvier 2005, où un illustre joueur rendra enfin hommage à un joueur méconnu mais au talent certain. « J’ai compris le matin en me réveillant qu’il y avait un problème » se rappelle Pagano. « J’ai ouvert mon téléphone et j’ai vu une trentaine de messages, alors j’ai bien évidemment compris qu’il s’était passé quelque chose dans la nuit. C’est incroyable que Maldini se soit rappelé de moi, on a du se rencontrer qu’à 3 ou 4 reprises ! ». Une belle histoire, qui montre qu’il faut parfois attendre longtemps avant de récolter les fruits de son labeur. Et ça, Rocco Pagano l’avait très bien compris !

Boris Abbate

Rédacteur



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