La Croix de San Giorgio, entre héritage et football moderne (2/2)

Par Romain Simmarano publié le 29 Août 2019

Suite de notre dossier en deux parties sur la Croix de San Giorgio. Après l’alliance anglo-gênoise, le symbole prend une toute autre dimension. Il n’est donc pas étonnant de constater sa place fondamentale dans une certaine partie du football italien.

Un symbole mondial adopté par le football

Aujourd’hui, l’Angleterre perpétue sa puissance millénaire par la finance, l’influence culturelle et même la projection militaire. Elle le fait, encore aujourd’hui, bardée de « sa » Croix de San Giorgio, dont on sait maintenant qu’elle est en fait génoise. Partout, cette Croix symbolise l’Angleterre, mais aussi la ville de Londres, la Royal Navy. Elle apparaît aussi, par superposition avec la Croix écossaise de Sant’Andrea et l’irlandaise de San Patrizio, sur l’Union Jack, et sur bon nombre de drapeaux du Commonwealth. Qu’il est vertigineux de penser que cet héritage millénaire occupe encore une telle place en 2019 ! Et, pour en venir au fait, le football italien perpétue la tradition avec beaucoup de force. Il suffit pour s’en convaincre de voir combien de clubs affichent la croix, directement sur leur maillot, ou sous forme d’évocation.

Chacun se souvient du formidable maillot de l’Inter en 2007-2008, consacré au centenaire du club. Celui-là ne fit pas dans le détail: la tunique était purement et simplement un prétexte à afficher la croix. Même si le fondateur de l’Inter s’appelait Giorgio, l’idée était de rappeler l’écusson de la ville de Milan. En 2014-2015, le Milan AC l’affiche également sur son maillot domicile, pour une raison différente et de manière plus discrète. Selon les officiels milanais, l’idée était de rendre hommage aux origines anglaises du club, fondé par Herbert Kilpin! Lors de son propre centenaire, en 1999, le Milan AC avait joué avec un autre maillot spécial. Là aussi, l’écusson de la Croix de San Giorgio côtoie les fines rayures rossonere. Les clubs milanais ont vis-à-vis du symbole une fidélité comparable à celle des clubs génois.

Dans le Calcio, une Croix entre tradition et polémique

Jamais avare de mauvais esprit inutile, notre époque se distingue par sa capacité à polémiquer sur tout. Et incontestablement, la Croix de San Giorgio n’a pas fait exception. Si chaque esprit rationnel y verra surtout l’empreinte de l’histoire de cités-Etats italiennes dont la gloire appartient au passé, d’autres y voient une glorification des Croisades médiévales. Il n’appartient pas à notre rédaction de prononcer un jugement sur ces questions. Tout juste peut-on imaginer que, dépourvu de son ambiance, de ses supporters, de ses références historiques et enfin de son identité, le football prend le risque de perdre toute raison d’être. L’apparition de cette croix dans nos stades et sur nos maillots est aussi l’occasion de raconter son histoire. C’est l’occasion de se surprendre à l’évocation de ces soubresauts des péripéties religieuses, militaires et diplomatiques. Bref, l’occasion concrète de se cultiver et de mieux se connaître.

Cependant, on peut imaginer que les deux clubs de Gênes se préoccupent peu de cet esprit de vindicte. En 2012, les deux équipes s’étaient entendues pour jouer le derby de la Lanterne avec des maillots spéciaux. Le maillot « classique » de la Sampdoria fait d’ailleurs figurer un magnifique blason orné de la Croix, cette année encore. Quant au Genoa, son troisième maillot 2019/2020 sera comparable à celui du centenaire de l’Inter, et son blason fait figurer la croix. La tradition du côté de Gênes est parfaitement assumée. Certains vont même un peu loin : le maire de Gênes a écrit, en juillet 2018, à la Reine d’Angleterre. Il lui demande de s’acquitter, « enfin », des arriérés financiers liés à l’exploitation de la Croix de San Giorgio, depuis 247 ans que la République de Gênes ne protège officiellement plus les navires britanniques en Méditerranée. L’avenir nous dira si ce renfort financier redonnera un jour à la Cité son lustre d’antan.

Romain Simmarano

Rédacteur



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