Karol Linetty : le gars sûr

Par Michaël Magi publié le 22 Fév 2020

Éparpillée façon puzzle le week-end dernier par la Fiorentina, la Sampdoria évolue dans un environnement instable. A l’heure où le club joue sa survie, aussi bien sûr qu’en dehors du terrain, rares sont les hommes qui lui garantissent un minimum d’équilibre. A 25 ans, Karol Linetty, qui joue sa 4e saison sous le maillot doriano, est l’un d’entre eux.

Antithèse du bling-bling

Interrogé récemment sur la régularité de Karol Linetty, Bartosz Bereszynski résumait l’apport du milieu polonais, en dépit d’une saison cataclysmique à tout point de vue : « Karol est aujourd’hui un des leaders du club. Et j’espère qu’il le deviendra aussi en sélection. S’il continue sur cette voie, je n’ai aucun doute à ce sujet… Le premier capitaine est Fabio, Ekdal est second. Karol se situe juste derrière ces deux-là. Cela fait plusieurs saisons qu’il est ici. Il a accumulé de l’expérience. Son statut montre son importance. Bien qu’il soit étranger, il a gagné le respect de tous, grâce aux valeurs qu’il affiche, non seulement sur le terrain mais aussi en dehors ». 

Tout est dit. Alors que le onze blucerchiato vit une saison semblable à un circuit de montagnes russes, Linetty est l’un des rares joueurs à répondre régulièrement présent. Avec Albin Ekdal, dans un autre registre. Et lorsqu’il sera l’heure de faire les comptes, son apport pèsera peut-être plus lourd que d’autres ; sa percée amenant le but décisif contre le Genoa, son but sonnant la révolte contre Brescia, sa performance pleine de courage et d’abnégation contre le Milan ou son activité incessante contre le Torino, précieuse alors que son équipe était menée contre le cours du jeu.

Vers un bail prolongé

Si la Samp navigue à vue, elle ne s’y trompe pas. Après avoir obtenu ces derniers jours le renouvellement du contrat de Nicola Murru – autre joueur à compter parmi les rares piliers d’un onze instable – la Direction travaille depuis plusieurs semaines à la prolongation du bail du milieu polonais à tout faire. Comptant repousser la date de son engagement (expirant fin juin 2021) jusqu’en 2025, sur la base d’un salaire d’un million d’euros par an. Salaire qui le porterait presque au niveau d’Ekdal ou Ramirez, à 100.000 euros près. Des poussières à l’échelle de l’économie du football mais des poussières qui pèsent lourd pour un joueur qui veut s’engager avec la Samp sur le long terme mais cherche aussi la reconnaissance de son statut. Comme pour un club lourdement endetté qui compte ses deniers.

Pourquoi Linetty est-il si précieux ?

Ne cherchez pas des « highlights » de Linetty sur le net. Ils n’illustrent pas ce qui le rend si précieux. Si le joueur se défend d’être un leader, préférant mettre en avant l’importance de la responsabilité collective, il présente le profil rare de ces milieux qui ne calculent ni leur efforts, ni leur engagement. Alors que Praet s’est exporté en Angleterre pour 24M€, le polonais n’attire pas les regards. Plus défensif que son ancien coéquipier, sur les 3 ans que les joueurs ont en commun, Linetty s’est pourtant montré plus décisif que le belge : 7 buts et 9 passes décisives contre 4 pions et 6 caviars. On vous fera grâce des kilomètres parcourus, des cartons jaunes reçus (Linetty en a récolté le double). L’impression visuelle ne contredit pas ce bilan chiffré. Quand la saison dernière, Praet se planquait pour ne pas recevoir un ballon qui lui brulait les pieds, Linetty ne se ménageait jamais, que ce soit sur phase défensive ou offensive, habile dans les petits espaces, toujours désireux de percuter les défenses adverses, sur un côté gauche qu’il affectionne et pour lequel il passait au second plan dans l’esprit de Giampaolo.

Si Linetty prolonge, il établira son envie de devenir pour la Samp son bandiera. Ces joueurs précieux qui garantissent l’identité d’un club, l’équilibre d’un vestiaire et préparent les succès à venir. A l’heure où la Samp n’a aucune garantie de sauver sa peau en Serie A, elle ne peut faire l’économie de s’attacher ceux qui l’aiment…

Michaël Magi



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