Juventus-Napoli : Préface d’un baptême de feu pour mister Pirlo

Par Rafaele Graziano publié le 04 Oct 2020

C’est une rencontre iconique, l’affrontement de 2 équipes dont la rivalité fait rage tant pour son opposition footballistique qu’idéologique, mais aussi politique. Nord contre Sud, champion contre poursuivant, une animosité qui n’est pas prête de s’estomper entre deux antagonistes dont l’histoire récente demeure le théâtre de la plus forte rivalité sportive et extra-sportive d’Italie. Alors que cette année s’annonce déjà pleine de rebondissements, comment Pirlo doit-il aborder ce baptême du feu aussi ingrat que précoce ?

La tactique

C’est un fardeau bien lourd qui pèse sur les épaules de mister Pirlo : l’uniforme d’entraîneur à peine enfilé, il se retrouve aux commandes de l’équipe la plus titrée de Serie A, avec pour objectifs un 10ème Scudetto consécutif et une Champions League devenue le Saint Graal d’Andrea Agnelli. Tout cela, dans le viseur de forces émergeantes de plus en plus compétitives. Une tâche peut-être trop prématurée pour son expérience mais pour laquelle une confiance inébranlable lui est conférée. Si la mise en lice fut plus qu’intéressante pour le coach turinois avec de belles satisfactions à tirer face à la Sampdoria (3-0), la rencontre face à l’AS Roma laisse planer certains doutes, notamment tactiques tant les choix du coach se sont révélés plus que douteux.

Une défense à 4 voyant Cuadrado et Ramsey ligotés sur le flanc gauche dans une posture inhabituelle, un Morata sur les rotules en lieu et place de la mobylette Kulusevski, des changements bien trop tardifs… bref, si c’était à refaire, il faudrait tout changer. Et si le salut de l’équipe, notamment face au Napoli, passait par un 3-4-1-2 ? Force est de constater que l’arrière-garde turinoise ne cartonne jamais autant que dans ce système et que l’offensive s’en voit que plus dynamisée : avec un Chiellini en mode assurance multirisque laissant à Bonucci la liberté de délivrer des caviars, la jeunesse et la fougue des latéraux, la disponibilité de Ramsey derrière le duo d’attaque gravitant autour du Gallois et le poids d’Arthur sur la ligne médiane, tous les éléments convergent en ce sens et ne demandent qu’à être exploités !

Le timing

Si des séquelles du modèle Sarri sont sans doute toujours présentes, on pense notamment aux interminables passes en retrait, symboles d’un manque cruel de créativité, c’est surtout le facteur temps qui joue contre la Vieille Dame car si pour elle l’heure est à la révolution, c’est d’un pas assuré que les Napolitains se rendront à Turin, forts d’une victoire écrasante face au Genoa, comme pour envoyer un message aux Bianconeri en faisant l’étalage de leur puissance de feu et ce – sans prendre le moindre but en deux rencontres, s’il vous plaît. Sans oublier l’historique récent qui penche en faveur des Parthénopéens, victorieux lors des 2 dernières confrontations directes : il y a de quoi sourire pour Gattuso !

Pour autant, même si ce sont des Turinois vulnérables que la bande à Insigne affrontera, Pirlo se doit d’y croire. Ringhio aura peut-être transmis toute sa passion et son courage au Napoli, ce dernier n’est pas insurmontable tant il pêche fréquemment en concentration et bien que la défense azzurra n’ait pas été encore percée, il y a des failles à exploiter; notamment sur les couloirs d’Hysaj, souvent victime des passements de jambe étourdissants de Cuadrado et du jeune Di Lorenzo qui se verrait affronter pas moins que Cristiano Ronaldo, un jeu d’enfant, autrement dit. D’un point de vue de l’expérience, si la Juve made in Pirlo a tout pour progresser, le Napoli de Gattuso, lui, a déjà exposé toutes ses limites et n’est pas moins prenable que son adversaire du soir.

Au-delà du score et des rivalités, la partie s’annonce survoltée. Mais surtout : si Pirlo parvient à déjouer le piège Napoli, ce sera un tour de force spectaculaire qui en dit long sur la marge de progression du coach désormais sous le feu des projecteurs et de bonne augure pour les objectifs du club. Bienvenue dans la cour des grands, Andrea !

Rafaele Graziano



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