Juventus : et si tous les maux venaient des latéraux ?

Par Grégory Canale publié le 13 Fév 2020

Sur la pente négative. En perdant face à l’Hellas lors de la 23e journée de Serie A, la Juventus a perdu la tête du classement. Plus que les résultats, c’est dans le contenu des rencontres que les Bianconeri inquiètent. Symbole de la difficulté à développer du jeu cette saison : le rôle de latéral, qui alarme au plus haut point. Un maillon pourtant essentiel dans la méthode Sarri.

Le latéral, rôle clé du Sarrismo

Maurizio Sarri est arrivé à Turin avec ses idées tactiques. Un bloc équipe haut et compact, capable de presser l’adversaire, afin de proposer des phases offensives millimétrées et rapides. Dans cette vision du football, deux secteurs sont primordiaux. Le tacticien s’appuie sur un « metodista », joueur placé devant la défense qui organise le mouvement collectif, et sur des latéraux capables de bien défendre tout en pesant devant pour alimenter les attaquants. Le terzino idéal du Sarrismo est vif, technique et dispose d’une forme physique optimale pour couvrir son côté sur toute la longueur du terrain.

Pour cette saison à la Juventus, Maurizio Sarri peut compter sur une paire de latéraux alléchante sur le papier. Sur le côté gauche le Brésilien Alex Sandro, apprécié pour son travail défensif et sa qualité de centre. Et sur l’autre flanc Juan Cuadrado. Le Colombien a été reculé comme terzino par son coach pour profiter de sa vitesse et de ses dribbles. Mais le duo prometteur n’a pas encore suffisamment montré de sa grandeur.

Un effectif limité par le nombre et par le niveau

Certes, les débuts ont été plus qu’encourageants. Néanmoins à deux semaines d’entamer les 8es de finale de la Champions League, l’incertitude règne. Passé son excellente première saison en 2015/2016, Alex Sandro est depuis sur courant alternatif, avec des prestations largement en deçà de son potentiel. Pour ce qui est de la reconversion de Cuadrado, il s’agit pour le moment d’un échec. Le joueur montre d’énormes lacunes en défense et est l’un des Juventini qui commet le plus de fautes. L’ex-attaquant a écopé de quatre cartons jaunes et de l’unique expulsion directe de la saison du club.

Des performances décevantes qui s’expliquent aussi par une utilisation quasi récurrente. Les deux éléments sont parmi les joueurs les plus alignés par Sarri (respectivement 20 et 19 rencontres en championnat). La faute à un manque de solutions de rechange. Les deux remplaçants, Danilo et Mattia De Sciglio sont régulièrement à l’infirmerie. Le Brésilien a manqué quinze matches à cause des blessures. L’Italien, lui, n’a joué qu’à sept reprises depuis le début du championnat.

Des doublures qui de surcroît ne sont pas au niveau. Malgré des débuts canons en août contre le Napoli, Danilo n’a pas su se mettre en valeur. Une technique limitée et trop peu de projections vers l’avant. De Sciglio est estimé de son côté pour sa polyvalence, mais garde l’image de cet ancien espoir du football italien qui n’a jamais explosé. Un effectif de latéraux donc limité qui participe à la fébrilité défensive actuelle de la Vecchia Signora et à la faiblesse de l’animation offensive. L’équipe doit s’en remettre aux exploits individuels de Cristiano Ronaldo et consorts pour faire la différence.

Manque de flair des dirigeants turinois

Une situation qui aurait dû être mieux gérée par les dirigeants turinois. Le club disposait pourtant de deux profils très intéressants la saison passée : João Cancelo et Leonardo Spinazzola. Deux terzini jeunes et courtisés, dont la Juventus a préféré se séparer l’été dernier pour équilibrer son bilan financier. Cancelo a été échangé contre Danilo, Spinazzola contre Luca Pellegrini. Des deals où les Bianconeri ont récupéré à chaque fois des plus-values. Et la pépite Pellegrini a été vite prêtée à Cagliari. Le joueur y coule de beaux jours en confirmant toute l’étendue de son talent.

En janvier Fabio Paratici a bien tenté de le faire revenir de prêt, en vain. Un échange Kurzawa-De Sciglio avorté et un investissement de 35M€ sur Kulusevski n’ont ensuite pas permis de combler la pénurie dans l’effectif. Alors oui, le problème des latéraux n’est sûrement pas isolé à Turin, mais il prouve que la Juventus de Sarri est encore en chantier. Pour longtemps ?

Grégory Canale

Rédacteur



Lire aussi