Juventus : communication breakdown

Par Leo Carta publié le 09 Oct 2018

« Hey girl, stop what you’re doin’! Hey girl, you’ll drive me to ruin. » Ainsi s’ouvre en 1969, sur les cris douloureux d’un Robert Plan en jeans trop serrés et le gimmick entêtant d’un Jimmy Page énervé, ce monument du rock qui nous emballe comme une course effrénée. Trois accords et un break qui reviennent, encore. Encore et encore. À l’infini.

« Sauve qui peut »

Il est des sons qui résonnent comme la bande originale d’une vie. Et c’est sans aucun doute sur ces trois accords que cadence, ces derniers jours, la vie de Cristiano Ronaldo, embourbé dans une prétendue affaire de viol qui prend de plus en plus d’ampleur. Un sujet, épineux au possible, sur lequel le Portugais reste encore très discret. Une simple déclaration sur les réseaux sociaux, comme il est aujourd’hui coutume de faire. Un même message, traduit en plusieurs langues et envoyé à ses plusieurs millions de followers pour leur dire… qu’il ne dira rien. Habile gestion, pour l’instant, d’une affaire qui clique comme une bombe à retardement.

Soumis à une pression médiatique (mention spéciale au calembour dégoulinant de mauvais goût des romains du Corriere dello sport, en date du 6 octobre dernier) et populaire grandissante, le Portugais fait donc le choix de se taire tandis que ses sponsors prennent, les uns après les autres, la poudre d’escampette. Nike, son équipementier, s’est dit « très inquiet » et « suit l’affaire de près » tandis qu’EA Sport le retire carrément de son site internet car « il ne correspond pas aux valeurs prônées par l’entreprise » (ndlr : le sportif a été réintroduit quelques jours plus tard). Deux détails fugaces qui n’ont pas manqué de faire réagir la toile. Preuve que la communication, à l’heure d’internet, est devenue une  arme de destruction massive.

Communication zéros

Une arme de destruction massive à ne pas mettre entre toutes les mains, pourrait-on penser. « On ne doit jamais laisser se produire un désordre pour éviter une guerre ; car on ne l’évite jamais, on la retarde à son désavantage » écrivait Machiavel dans Le Prince. Mais c’était sans compter sur le degré zéro de communication de la Juventus qui, le 4 octobre dernier, a visiblement laissé son compte Twitter ouvert et accessible à un membre adolescent d’un fan club de CR7 qui écrit ceci : « Cristiano Ronaldo a montré ces derniers mois son grand professionnalisme et son sérieux, apprécié de tous au club. Les faits prétendus, qui remontent à une dizaine d’années, ne modifient pas cette opinion, partagée par tous ceux qui sont entrés en contact avec ce grand champion« . Irréel et inconsidéré. Comment un club comme la Juventus peut-elle être si niaise sur un sujet si brûlant ? En quoi ces arguments peuvent-ils être recevables dans une affaire de viol ? Comment, alors qu’elle se présente comme modèle avant-gardiste du management sportif, peut-elle creuser un peu plus la tombe du Stile Juve dont nous parlions (ici même) et Valentin Pauluzzi (après la défaite contre le Real) ?

Comme si cela ne suffisait pas Allegri remet le couvert en conférence de presse et y tient, à peu de choses près, le même discours. Plus de doute, les jeux sont faits et quoi qu’il arrive l’image du club en prendra un coup. Ce même club qui n’a pas eu la décence d’offrir à un enfant du cru des adieux en bonne et due forme. Ce même club qui n’a pas eu la décence de communiquer sur le départ du dirigeant le plus important de la renaissance bianconera. Ce même club qui pourtant, en 24 heures, se positionne publiquement sur la première grosse affaire #MeToo qui touche le monde du football. Rien que ça. Où est passée la Juve, la vraie ? Celle à la communication réfléchie. Celle des montres sur les manches d’une chemise à petits carreaux. Celle qui fait bomber le torse et non courber le dos.

Leo Carta

Rédacteur Juventus



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