Juric, Gasp-bis sur le chemin de l’émancipation

Par Michaël Magi publié le 19 Oct 2020

Après un début de carrière contrasté, Ivan Jurić semble enfin démontrer de véritables qualités de technicien. A l’Hellas, où il a imposé une patte qui semble provenir tout droit des préceptes de jeu chers à Gasperini. A l’orée de sa deuxième saison avec les Gialloblu, il a l’occasion de s’affranchir de la tutelle du maître : plus facile à dire qu’à faire dans la mesure où son équipe ne bénéficiera plus cette année de l’effet de surprise.

La dure réalité du marasme genoano

Si le croate a longtemps constitué une énigme, on le doit sans doute à l’un des contextes les plus difficiles de l’élite. Celui d’un Genoa qui frôle la correctionnelle depuis plusieurs saisons, crève de dissensions internes et qui, sur les 10 dernières années n’a connu qu’un seul exercice réussi (6e de Serie A en 2015, sous les ordres de Gasperini). Ainsi, après avoir mené Crotone à la première promotion de son histoire en Serie A, Jurić a cédé aux avances de Preziosi, pour prendre place sur le banc d’un club dont il avait dirigé la Primavera mais dont il avait aussi défendu les couleurs, en tant que joueur, à 111 reprises entre 2006 et 2010.

On le sait, l’aventure a tourné court. Et même à la tragi-comédie. « On me voit, on me voit plus », c’est le jeu auquel le technicien a dû se plier au gré des humeurs changeantes de son tumultueux président. Démis de ses fonctions en février 2017, il effectue son retour en avril de la même année. A nouveau écarté début novembre, il est encore rappelé à la rescousse un an plus tard, sans que l’on parvienne à retrouver chez lui les qualités entrevues à Crotone.

Tuer le père

« Ô Roméo, Roméo ! Pourquoi es‑tu Roméo ! Renie ton père et refuse ton nom » clame Juliette sur son balcon dans la pièce de Shakespeare. C’est la mission de Jurić lorsqu’il débarque à Verona. D’aucuns auront pouffé de rire en apprenant le choix du Président Setti, d’autant que la non-confirmation d’Aglietti sur le banc gialloblu, en dépit d’un retour méritoire en Serie A après un début d’exercice raté, aura également semblé une injustice à beaucoup.

Mais Setti, force est de le reconnaître, a eu le nez creux. Car Jurić s’impose sans difficulté apparente, en suivant les préceptes de Gasperini et en s’appuyant sur un collectif homogène, particulièrement habile et roublard dans les phases de transition, mettant en musique un 3-4-2-1 qui donne une impression de déjà vu. Résultat : une inattendue 9e place en championnat en s’offrant quelques proies de choix, comme la Juventus en février dernier.

Confirmer ou périr

Jurić ne s’est toutefois pas encore affranchi de sa tutelle. Gasperini, souvent interrogé sur les succès de son ancien protégé, se réjouit tendrement de ses succès, tel un père qui voit son enfant grandir. Voici ce qu’il disait de lui après la promotion historique de Crotone : « Ivan a été un de mes joueurs mais aussi un collaborateur. Nous avons partagé beaucoup de choses à Crotone comme au Genoa ». Avant d’ajouter, prophétique : « Il a l’occasion d’accéder à la dimension supérieure avec le Genoa, mais attention, ce n’est pas un environnement facile ».

L’Hellas ne l’était pas non plus. Pourtant, le croate y a imposé son pragmatisme, en adaptant les recettes du Maestro aux qualités de son équipe, à l’évidence moindres que celles de l’Atalanta ; que ce soit en attaque (comme lorsqu’il plaçait parfois Verre en faux 9), comme en défense en diversifiant le rôle des latéraux et en pressant de plus bas.

La seconde saison devra confirmer cette aptitude. Si l’Hellas a connu un mercato relativement calme, elle a aussi perdu deux joueurs qui avaient leur importance : Kumbulla, en pleine éclosion et Verre, qui montre sous les couleurs de la Samp combien son intelligence de jeu est précieuse. La récente défaite contre Parma – en difficulté pourtant en ce début de saison – n’a pas levé les doutes. La réception du Genoa – toujours spéciale pour le coach gialloblu – fournira forcément quelques réponses.

Michaël Magi



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