Jorginho en Nazionale : les raisons d’un blocage

Par Yacine Ouali publié le 30 Mar 2019

Dans le sillage de Maurizio Sarri au Napoli comme à Chelsea, Jorginho a excellé et excelle toujours depuis un rôle de regista où il peut contrôler la quasi-totalité du jeu. Son pourcentage de passes réussies ces dernières saisons, si la statistique vaut ce qu’elle vaut, est là pour en témoigner.

En Nazionale cependant, la carrière de l’oriundo tarde à réellement décoller. Performances en dent de scie, jeu brouillon se caractérisant souvent par une multiplication de passes latérales, difficulté à peser sur le scénario des matches… En comparaison à Barella ou un à Verratti qui confirme, le rendement de Jorginho en sélection est loin des attentes.

Pourquoi un joueur aussi régulier en club peut-il autant se liquéfier une fois le maillot national vêtu ? Pour certains, la pression inhérente à l’équipe nationale explique ces difficultés. Pour d’autres, c’est l’environnement, le manque de soutien du sélectionneur ou des supporters. Pour Jorginho toutefois, tout porte à penser que les raisons de la pauvreté de jeu en azzurro sont avant tout tactiques.

L’absence d’un véritable milieu récupérateur

À Naples comme à Chelsea, Jorginho a toujours joué avec à ses côtés un milieu défensif plus classique. Que ce soit Allan en Italie ou Kanté en Angleterre, leur présence permet la plupart du temps à Jorginho à n’avoir à s’occuper du ballon seulement quand il est dans ses pieds, pas quand il s’agit de le récupérer. À part le placement tactique nécessaire à la bonne tenue du bloc en défense, le rôle de Jorginho en club est principalement de distribuer.

À l’image, toutes proportions gardées, d’un Iniesta, d’un Kroos ou d’un Pirlo à l’époque de la Juventus, Jorginho, s’il assume de fait le poste de milieu central dans un 4-3-3 ou dans un 4-4-2 en losange, joue toujours avec l’aide d’un râtisseur. Physiquement comme tactiquement, l’oriundo n’a pas les capacités pour allier les deux rôles. Souvent regista, parfois mezzala, il ne peut, et Maurizio Sarri l’a compris mieux que personne, prendre pour lui plus de tâches défensives que le strict nécessaire.

En Nazionale, le onze type de Mancini combine au milieu trois milieux plutôt créateurs : Jorginho donc, avec Barella et Verratti. Si le sarde peut parfois se sacrifier pour l’équilibre de l’équipe, c’est souvent Jorginho qui doit, par son positionnement au centre du trident, assurer malgré lui la récupération. Lorsqu’il récupère effectivement un ballon, il se retrouve alors dans une situation qu’il ne maîtrise pas, à savoir celle de la première transition, de la première passe pour remettre le bloc sur l’attaque. Car en effet, ce que Jorginho sait réellement bien faire est la deuxième transition, celle qui, après la première passe, oriente et accélère le jeu. Dans le rôle tactique que lui attribue Mancini, Jorginho est régulièrement cantonné à cette première transition qui se doit avant tout d’être simple – et donc très souvent latérale – pour permettre à l’équipe de se repositionner. Dans cette optique, l’on peut comprendre l’incompréhension qui naît entre un Jorginho accélérateur en club et temporisateur en sélection.

Jorginho, Verratti, Barella : trois joueurs, trois styles similaires

Il est rare, dans une équipe, que trois joueurs du même style soient alignés dans la même partie du terrain. Deux peuvent l’être à la limite (ex. Xavi-Iniesta). Lorsque trois le sont, comme c’est le cas dans la Squadra de Mancini, il est inéluctable que l’un d’entre eux ne puisse exprimer la pleine latitude de son talent.

En Nazionale, le rôle que selon toute vraisemblance Jorginho aimerait assumer est celui dévolué à Marco Verratti. Lors des deux matches de qualification contre la Finlande et le Liechtenstein, on a plusieurs fois pu voir les joueurs du PSG et de Chelsea échanger de très courtes passes, en raison de la présence du premier dans la zone du deuxième. Après la récupération, alors que Jorginho semble souvent vouloir avancer avec le ballon, il se voit être obligé de le laisser à un Verratti qui vient dans sa zone pour le prendre et distribuer le jeu. L’une des raisons pour laquelle Jorginho est régulièrement critiqué pour ses passes sans risque en azzurro vient de là : la plupart sont orientées vers Verratti et sont très courtes du fait que ce dernier vient empiéter sur les plates-bandes de l’autre.

Il en va de même parfois avec Barella de l’autre côté, qui lui aussi, à Cagliari comme en sélection, prétend prendre le jeu à son compte.

Ainsi, par son positionnement et si l’empilement de joueurs au même style au milieu de terrain par Mancini continue, il est très probable de voir le blocage tactique de Jorginho en Nazionale se perpétuer. Deux possibles solutions s’offrent à lui, mais surtout au sélectionneur : soit l’un des trois milieux est sacrifié pour permettre aux deux autres de mieux briller, soit Barella et surtout Verratti se cantonnent à leur zone de milieu central gauche et droit pour permettre à Jorginho d’enfin gouverner le milieu. Quoiqu’il en soit, ce blocage tactique semble être un problème que Mancini devra résoudre avant l’Euro 2020 pour fluidifier son milieu et le rendre plus efficace.

Yacine Ouali



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