Italie : une jeunesse à double tranchant ?

Par Rafaele Graziano publié le 12 Sep 2020

La Nazionale est une référence historique et internationale du monde du ballon rond, malgré ses récentes déboires, elle tend non seulement à remonter la pente mais aussi à faire basculer son statut d’outsider à celui de favori. Une révolution mise en place par une ancienne gloire de Serie A, Roberto Mancini et son armada de jeunes pousses dénichés aux quatre coins du pays. Pour autant, si aujourd’hui l’Italie est aussi jeune, le mystère semble encore planer sur l’avenir qui lui est réservé et surtout sur les résultats auxquels elle peut prétendre. Et si l’Histoire de la Squadra Azzurra pouvait éclaircir certains points ?

Jeunesse ne rime pas avec succès…

Afin de dissiper le brouillard planant sur cette grande nation de football, pourquoi ne pas faire un saut dans le passé ? Prenons en exemple les mondiaux remportés par l’Italie. En 1934, la Nazionale se présente à domicile avec une moyenne d’âge de 28 ans et 4 mois, c’est largement plus qu’à l’aube de son histoire en 1909/10 (23 ans) – il faut dire qu’avec Giovanni Ferrari en gratteur et Giuseppe Meazza en pointe, le succès de la Squadra était tout tracé. 38 ans plus tard, à Madrid, l’hymne de Mameli retentit sur le toit du monde une nouvelle fois (3ème) alors qu’une véritable équipe de vétérans donne une leçon de football à leurs meilleurs ennemis de l’Allemagne de l’Ouest – sur le terrain, des hommes plus que des joueurs : Zoff (40 ans), Gentile et Scirea (29 ans), Causio (33 ans), Oriali (32 ans), Tardelli (28 ans). Sans parler de la plus récente victoire, en 2006, avec une moyenne d’âge de 29 ans et 2 mois – en Italie, c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleurs soupes.

En 2019, l’Italie possède une moyenne d’âge de 25,86 ans : avec Mancini, place à la fraîcheur, malgré la présence des indéboulonnables Bonucci et Chiellini. Les divers Chiesa, Kean, Barella, Cristante ou plus récemment encore Locatelli font preuve d’un courage indéniable et souhaitent incarner le visage du renouveau azzurro. Pourtant, jusqu’à présent, les hommes de Mancini n’ont pas encore démontré l’étendue des talents qu’on leur accorde et dont ils sont porteurs. Si ce n’est pour une victoire méritée face au finaliste de la précédente édition de Nations League, la Nazionale connaît une véritable panne sur le plan offensif, de quoi rappeler à certains tifosi plus frileux l’incroyable inefficacité de l’ère Ventura. Attention à l’excès de zèle !

…Succès ne rime pas avec talent !

La sélection italienne n’avait plus été aussi jeune depuis la fin des années 80 quand elle parvenait à titulariser de manière constante un effectif de moins de 26 ans de moyenne, avec à l’époque des grands noms du football international tels que Baggio ou Maldini et des futures légendes telles que Baresi et Bergomi. Des symboles. Pour autant, le plus grand mystère du football italien est bien celui de sa Nazionale : plus impressionnante elle paraissait, moins de titres elle remportait. Si les légendes italiennes de la profession alimentent la nostalgie des supporters à mesure que le pays s’enlise dans une spirale infernale, tous semblent oublier qu’elles n’ont pas plus fait briller le blason tricolore !

Une génération dorée qui a toujours frôlé mais jamais saisi le moindre trophée en sélection, alors malgré tout, pourquoi ne pas y croire ? C’est toujours lorsqu’elle est le plus acculée, lorsque sa réputation est entachée que l’Italie trouve les ressources nécessaires pour remonter la pente. Le potentiel de Mancini n’est certes pas aussi flagrant qu’il l’était il y a 30 ans, mais la cohésion et le courage affichés par son effectif lors de ses dernières sorties sont plus qu’encourageants et il s’agit pour l’ex coach de l’Inter et de Manchester City de s’inspirer de la gloire passée afin d’éviter d’en faire une caricature.

En clair, si la Nazionale veut retrouver de sa verve, il faudra non seulement accorder sa confiance à ses bambins, mais surtout faire en sorte de garder la tête sur les épaules. Pour Mancini, la balle est désormais dans son camp. Avanti !

Rafaele Graziano



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