Ilicic : le phenix de la Dea en mode fuoriclasse ?

Par Rafaele Graziano publié le 25 Fév 2020

Le « phénomène » Atalanta témoigne d’une évolution considérable en Italie – celle de l’éclosion de ses talents. Josip Ilicic est bien plus que cela. Le Slovène, qui connait une saison spectaculaire, pourrait-il, du haut de ses 32 ans, enfin être reconnu comme un fuoriclasse ?

Ange ou démon ?

Cela n’a pas toujours été facile pour Ilicic, depuis ses années à Palerme et Florence, où il affichait déjà une propension au dribble et aux enchaînements techniques, le natif de Prijedor n’a jamais vraiment convaincu ses dirigeants qui après quelques saisons, finissaient par s’en séparer. Comme plusieurs de ses pairs issus de l’ex-Yougoslavie (on peut citer Adem Ljajic), il semblait s’enliser dans ce statut d’éternel espoir qui n’exploserait jamais.

Arrivé au US Palermo, le jeune slovène de 22 ans fait des débuts remarqués, notamment face aux cadors de Serie A : il marque contre l’Inter, la Fiorentina, la Juventus et la Roma, son apport offensif faisant les beaux jours d’un certain Giampiero Gasperini. Pourtant, dès la saison suivante, le talent palermitain s’éteint peu à peu, souffrant le départ de Javier Pastore, il perd énormément de temps de jeu et ne fait plus la différence. L’instabilité du club – sur sa première saison déjà, il connaîtra 3 entraîneurs différents – n’aura d’effets que les performances des joueurs : à la baisse, Ilicic ne dérogeant pas à la règle. Malgré 107 matchs joués en Rosanero, il ne comptabilisera que 25 buts : un bien maigre bilan au vu du potentiel affiché. Malgré des offres étrangères, le milieu slovène rejoint la Fiorentina de Giuseppe Rossi et son arrivée est… loin d’être fracassante. Tantôt indispensable (meilleur buteur du club la saison 2014/15), tantôt fantomatique (respectivement 3 et 5 buts lors des saisons 2013/15 et 2016/17) il partage la scène avec des vedettes (Mario Gomez, Giuseppe Rossi, Gilardino) mais le constat est criant : ce jeune homme est trop irrégulier, et c’est bien dommage.

La renaissance

Curieusement, il faudra quitter Florence pour la connaître ! Et qui de mieux que son ancien mentor pour le faire renaître de ses cendres ? C’est avec un enthousiasme débordant que depuis trois ans, l’Atalanta bouleverse les codes et émerveille les passionnés de football – un phénomène allouable à un Giampiero Gasperini qui n’a jamais caché son admiration pour Josip Ilicic, lui qui sait l’exploiter sous toutes ses formes (milieu offensif, latéral ou trequartista) avec les résultats que l’on connaît. Ce dernier, en mars 2019, affirmait que la meilleure décision de sa carrière fût de rejoindre la Dea : « nous sommes faits l’un pour l’autre. Gasperini m’a demandé, je ne pouvais pas refuser. (…) Si je tourne aussi bien, c’est grâce à lui ».

Mais n’en n’oublions pas le collectif nerazzurro – et tout particulièrement un certain Alejandro Gomez, joueur clé de Gasperini, qui forme avec l’ex-Viola un duo aussi complémentaire que ravageur et sans qui le constat serait moins louable. À eux deux, ils cumulent cette année 22 buts et 12 passes décisives (respectivement 19 et 18 l’an dernier). Autrement dit, avec « Papu Gomez » aux manettes, Ilicic avait tout pour exploser, l’Atalanta, elle, pour prospérer.

Les statistiques cette saison parlent d’elles-mêmes : avec 34 tirs cadrés et 14 buts (un taux de transformation de 41,2%, supérieur à un certain C.Ronaldo) Ilicic entre dans une nouvelle dimension. Depuis son arrivée à Bergame, le Slovène apporte à la Serie A une jovialité qui n’a d’égal que son talent – et les tifosi savent la lui rendre. Sa préparation physique est meilleure, son apport offensif est indispensable, ses passes sont plus précises (81,17% de passes réussies) – c’est un joueur libéré. L’enthousiasme affiché par ce dernier dans ce collectif, alimenté notamment par une qualification historique en Champions League, laisse présager que malgré son âge, il n’a pas fini d’impressionner, mais surtout, qu’il mérite enfin le statut de fuoriclasse !

De feu de paille à feu d’artifice, Ilicic a encore de nombreux d’objectifs – personnels mais surtout collectifs – à atteindre, du pain béni pour un Calcio longtemps malade et désormais sur la voie de la rédemption.

Rafaele Graziano



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