Hélas, Verona…

Par Michaël Magi publié le 20 Nov 2018

Jeu défaillant, crise de résultats, fronde des supporters : avis de tempête sur l’Hellas. Un mauvais résultat à l’occasion du prochain match, ce vendredi soir, contre Palerme, leader confortable de Serie B jusqu’ici, et le siège éjectable sur lequel est assis l’ingénu Fabio Grosso pourrait bien servir d’exutoire. Revue de crise avant une rencontre qui s’annonce aussi bouillante que l’eau des pâtes…

Apprends-tu Fabio ?

Pour l’écrasante majorité d’entre nous, Fabio Grosso restera ce dandy dégingandé qui inscrivit en demi-finales de Coupe du Monde, un but de légende contre l’Allemagne. Ce grand type qui court, ivre de bonheur, en secouant la tête comme s’il ne pouvait y croire, tandis que le commentateur italien hurle « Grande Grosso, Grande Grosso… » à n’en plus finir dans son micro humide de postillons. Été béni pour lui, qui transforma aussi le dernier penalty de la tragique séance de tirs aux buts en finale contre la France, et propulsa la Nazionale sur le toit du monde, pour la quatrième fois de son histoire. Ce n’est pas rien mais l’on ne peut vivre sur une gloire passée, que le temps se charge de ternir, à la manière de ces vieilles photos argentiques d’enfance, que l’on consulte dans de grands albums, tout en se demandant si l’on n’est pas le jouet d’une étrange illusion. C’est pourtant fort de cette gloire que l’ancien latéral a commencé son éprouvante carrière de technicien, il y a quelques années avec la Primavera de la Juve. Et c’est sans doute à la faveur de cette persistance mémorielle qu’il obtint l’été dernier, la responsabilité de ramener l’Hellas Verona en Serie A. Alors que son CV ne justifiait que d’une anonyme 7ème place en Serie B, acquise avec Bari ; club qu’il quitta, sans un regard derrière lui.

Las, l’Hellas, après 12 rencontres de Serie B, n’a toujours pas trouvé son rythme  : 7ème (la place « Fabio »), avec seulement 5 victoires au compteur. Ce qui inquiète le plus, c’est la dynamique négative qui semble s’être emparée de l’équipe depuis la fin septembre et une rencontre perdue 1 -0 contre la Salernitana. Depuis ce non-match, l’Hellas n’a gagné qu’une seule fois, a concédé deux nuls et 3 défaites, dont une semi-raclée lors de la dernière journée contre Brescia. En crise de confiance, le jeu de l’équipe s’est effrité, symbolisé par les atermoiements d’un milieu à 5 sans inspiration, qui joue à la baballe sans se montrer dangereux. Illustration avec les stats du dernier match : 56% de possession, 463 passes, 8 tirs dont 3 cadrés, quand l’adversaire, avec 100 passes de moins a réussi à tirer 17 fois et à cadrer 5 frappes. Vous avez bien lu : 5 tirs cadrés, 4 buts ! Voilà qui en dit aussi long sur la sérénité d’une défense qui frise parfois le ridicule, comme sur le premier but de Brescia, sur lequel on a pu voir Luca Marrone, mal aligné au départ de l’action, couvrir tout d’abord Torregrossa, lancé en profondeur par Tonali, puis remettre maladroitement le ballon de l’arrière du crâne sur Alfredo Donnarumma… lequel s’en ira ouvrir le score pour Brescia et crucifier Marco Silvestri, aussi décisif sur le coup qu’une vieille planche mitée. Ce qu’il ne sera pas plus, à peine 5 minutes plus tard, en se trouant sur une frappe lointaine de Tonali. 2 buts encaissés en clignant des yeux.

La coupe est pleine

On le sait, les ultras gialloblu ne comptent pas parmi les plus patients. Déjà échaudés par la rétrogradation du club la saison dernière, ils font donc entendre leur voix depuis l’humiliante défaite subie contre Brescia. Le mal, à les entendre est toutefois plus profond qu’une simple série de défaites. C’est dans cette atmosphère viciée qu’ils ont annoncé leur boycott de la rencontre et l’organisation d’une manifestation, à l’extérieur du stade : « Le point de non-retour est atteint, déclarent-ils pour justifier leur action. Au delà des résultats, c’est surtout l’arrogance, le mépris pour notre Histoire du Président Setti et des larbins qui l’entourent, qui nous inquiètent. Nous allons déserter le stade. (…) Nous ne pouvons pas permettre à Setti de dilapider ce qui constitue le premier héritage de l’Hellas Verona : son peuple ». On pensera ce qu’on en veut. Le communiqué n’a pour le moment donné lieu à aucune réponse de Maurizio Setti. Ambiance.

Tels sont en tout cas les enjeux avant ce match au sommet, qui prend des allures de tragedia et pourrait bien décider du sort de Fabio Grosso : une victoire lui donnerait du temps ; en cas de défaite, Grande Grosso pourrait bien constituer le fusible tout trouvé, même si l’on doute qu’il puisse calmer la défiance des tifosi. Une seule certitude : on ne se sort d’une crise que par le haut. Ce vendredi, à 21h00, le spectacle sera total au Bentegodi : sur, en dehors du terrain et dans les coulisses.

Michaël Magi



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