Grazie, Mancio

Par Rafaele Graziano publié le 21 Juil 2021

L’Italie est championne d’Europe, difficile d’y croire, pourtant c’est bien vrai. Moins “sexys” ou “bankable”, les Azzurri ont, tels des Croisés en terre païenne, arraché le graal européen devant une foule désemparée, libérant tout un peuple d’un poids trop lourd à supporter. Mais à qui le mérite, en fin de compte ? Le rôle de Mancini est-il considéré à sa juste valeur ? Si derrière chaque entreprise se cache l’ambition d’un homme, Mancini restera dans l’histoire de la Nazionale comme l’architecte d’un projet impossible, glorieux non seulement pour la victoire, mais parce qu’il fut le seul à y croire.

Une seconde chance

Roberto Mancini débute sa carrière de joueur très tôt, aspirant à représenter son pays dans plusieurs compétitions internationales, il n’en sera rien. Souvent mis sur le carreau malgré une vision de jeu hors du commun, il ne sera sélectionné qu’au mondial 1990 qu’il ne jouera jamais. Victime collatérale d’une génération maudite, il n’obtiendra jamais la rétribution méritée. Arrivé à la tête de la Nazionale, une vengeance personnelle était ouvertement déclarée. Il alimentera cette vengeance par le sort (malheureux) de son ami le plus fidèle, Gianluca Vialli qui se remet à peine d’une lutte interminable avec le cancer. I gemelli del gol sont inséparables, ils forment un noyau indéboulonnable, source d’inspiration quotidienne pour leurs ragazzi. Remporter cet Euro, c’est aussi rendre honneur au bomber qu’était Vialli, bien plus qu’un ami, un modèle.

L’homme et ses valeurs

On l’a vu se rendre auprès de Luis Enrique au début de la rencontre face à l’Espagne pour lui souhaiter bonne chance, encenser ses adversaires, on l’a vu avancer avec humilité et détermination, sans jamais cacher son ambition mais toujours dans le respect et en connaissance de ses forces et ses faiblesses. Il donne du temps de jeu à Sirigu s’attirant la sympathie des médias, bref, à l’image de son costume systématiquement impeccable, Roberto transpire l’élégance – le reflet d’une ligne de conduite irréprochable. Un régime personnalisé, de l’exercice, il vit l’expérience de sélectionneur en véritable père de famille. Jamais ni trop dur, ni trop tendre il met un point d’honneur sur l’exigence et la maturité. Mancio est un gagnant, un battant qui ne recule devant aucun défi, aucune superstition, aucune critique. Comme il le dit si bien : « Nous somme maîtres de notre destin ».

Un leader incontestable

Encensé par ses pairs, c’est surtout l’impact psychologique sur ses joueurs qui est saisissant. C’est indéniable, Mancini sait se faire écouter : preuve en est du discours donné dans les vestiaires en finale – le clou d’un spectacle initié depuis 34 rencontres déjà. Cette Italie, c’est le fruit d’un travail de forcené mêlant révolution, charisme mais surtout enthousiasme. Ce dernier devenu mot d’ordre d’un groupe de jeunots dévoué corps et âme à leur pays, dévoué à leur ct.

Dans sa révolution tactique, il Mancio aura conquis le coeur de 60 millions d’Italiens. Dans un pays souvent en proie à des crises politiques, démographiques et plus récemment sanitaires, le sport est un moyen d’évasion et d’expression auquel le peuple italien, à l’agonie, semble vouloir renoncer. Le Covid-19 aura apporter son lot de destruction sur la péninsule et alors que le sport le plus populaire d’Italie est au plus bas, il renaît de ses cendres grâce à son plus fervent défenseur. L’assurance et l’humilité de Mancini auront eu raison de la crainte et du scepticisme habituels des Italiens. Une prouesse sociale qui vient libérer une nation des chaînes de la crise sanitaire.

Le ct italien voulait créer avec ce groupe quelque chose de spécial, d’unique. Il voulait façonner une même entité, concevoir un idéal de cohésion, il aura accouché d’une réunification populaire en l’espace d’un seul mois. Un regain d’optimisme alors que le pays en avait le plus besoin, oui, ce qu’accomplit Mancini avec cette équipe dépasse le simple cadre du football. C’est une ode à l’optimisme et un moyen d’honorer la mémoire de celles et ceux qui n’ont pas eu la chance d’y participer, bref, en un mot: Mancio, grazie.

Rafaele Graziano



Lire aussi