Giuseppe Prisco, l’avvocato

Par Frédéric Marjary publié le 11 Mar 2019

« Si je serre la main d’un tifoso du Milan AC, je me la lave. Si je serre la main d’un tifoso de la Juventus, je me la coupe. » Célèbre pour ses nombreuses phrases choc, Giuseppe Prisco était un avocat, un dirigeant sportif, mais avant tout un amoureux de l’Inter. Retour sur ce personnage emblématique, vice-président du club pendant près de 40 ans, qui a dédié sa vie aux couleurs nerazzurre.

Peppino, un pavé dans la mare

Dans un monde du football rempli de phrases stéréotypées et de politiquement correct, Prisco était capable de lever le voile d’hypocrisie grâce à son charisme et son ironie. Devenues cultes, ses déclarations sarcastiques ont grandement contribué à sa légende. « L’Inter est née d’une scission du Milan AC : voici la preuve qu’il est possible de faire quelque chose à partir de rien. » Malgré ses prises de position engagées, l’Italien était apprécié de tous. A sa mort en 2001, ses rivaux lui ont rendu hommage. Giampero Boniperti, président d’honneur de la Juve, voyait Peppino comme un défenseur du football romantique et non comme un adversaire. Les joutes verbales de l’avocat, toujours classes et subtiles, permettaient de repousser l’aseptisation de plus en plus menaçante de ce sport. Diego Abatantuono, acteur italien et tifoso du Milan AC, regrettait même de ne pas avoir d’icône au Milan AC comme Prisco le fut du côté de l’Inter. « Les milanistes n’ont pas de Prisco : c’est la chose que j’envie le plus à l’Inter. Il était unique en son genre ». 

Le plus intériste des intéristes

Quand Giuseppe Prisco était nerveux, il ne prenait pas de tranquillisants. Pour se calmer, il demandait à son fils de lui mettre la cassette VHS des 34 buts de Ronaldo lors de la saison 1997-1998. C’était pour lui la chose la plus relaxante au monde. Tifoso de la Beneamata depuis son plus jeune âge, Peppino est entré au club en 1949 en tant que secrétaire. En 1950, il devient conseiller puis prend le rôle de vice-président en 1963. Bras droit de cinq présidents, Prisco n’a jamais failli à sa mission : « servir toujours et seulement l’Inter ». Une maxime qui incarne son appartenance au club lombard, un dogme, jusqu’à devenir l’hymne de l’Inter, fier de son ADN. « Les tifosi de l’Inter n’ont pas à être préoccupés. Après tant d’années ici, je peux vous affirmer que la Serie B ne fait pas parti de notre code génétique. » Sa plus grande fierté, c’est d’avoir transmis sa passion pour l’Inter à ses enfants. Après la victoire à Vienne en finale de Coupe des Champions contre le Real Madrid, le vice-président rentre à l’hôtel et téléphone à sa maison. Sa fille répond et lui dit « Papa, salue tous les joueurs de l’Inter de ma part ». Sa fille n’avait pas encore 4 ans, mais ses paroles firent pleurer Prisco comme un enfant. Selon lui, c’est son plus beau souvenir, celui d’avoir réussi à perpétuer l’amour qu’il éprouvait pour l’Inter à sa descendance.

A gauche, Massimo Moratti. A drotie, Giuseppe Prisco. Les deux hommes ont travaillé ensemble pendant 6 ans, de 1995 à 2001. 

Un homme aux considérables faits d’armes

Son premier match – à l’Arena Civica – était un Inter-Napoli 6-1, un autre « derby » de la famille Prisco, d’origine napolitaine (le père était de Torre Annunziata). Ce jour-là, il est devenu fou de Giuseppe Meazza. 60 ans après les exploits de l’attaquant italien, Prisco a eu un deuxième coup de foudre. Ce coup-ci, c’était pour le brésilien Ronaldo, qu’il a fait venir en 1997. Selon son fils, Luigi Maria Prisco, Peppino aimait beaucoup Il Fenomeno car il lui rappelait Meazza. Les deux joueurs dribblaient souvent le gardien avant de marquer, et cela lui plaisait énormément. Ronaldo lui a d’ailleurs offert un dernier cadeau, puisqu’il avait marqué contre Brescia la veille de sa mort. Lors des funérailles, Moratti s’exprima : « Prisco est mort de joie ». Avocat de profession, il s’est illustré en 1971 lors du quart de finale de coupe UEFA opposant le Borussia Mönchengladbach au club milanais. Les Nerazzurri avaient perdu contre les allemands mais Boninsegna fut touché par une canette lancée depuis les gradins lors de la première période. Prisco revêtit alors sa robe judiciaire et réussit à obtenir un rematch, que l’Inter remporta.

En tant que dirigeant, il a gagné 6 Scudetti, 2 Coupe des Champions, 2 Coupe Intercontinentale, 3 Coupe UEFA, 2 Coppa d’Italie et une Supercoppa Italia. Giuseppe Prisco laissera donc un souvenir immuable dans l’histoire du club, lui qui a voué sa vie pour son unique et éternel amour : l’Inter.

Frédéric Marjary



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