Giovanni Roccotelli, l’Italien qui inventa pour la première fois le « coup du foulard »

Par Boris Abbate publié le 24 Mai 2020
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Aujourd’hui, Giovanni Roccotelli a 68 ans. Et derrière sa grosse moustache, son petit mètre 73 et ses allures de bel italien du sud, se cache un garçon qui a à sa manière révolutionné et influencé le football moderne. Car le bonhomme qui a vu le jour pour le première fois dans les Pouilles se targue d’avoir inventé à lui seul le fameux « coup du foulard », ce geste technique complètement fou qui consiste à frapper le ballon en faisant passer son pied derrière sa jambe d’appuie. Une création toute italienne, qui a le mérite de placer Giovanni Roccotelli aux cotés des plus marquants joueurs de l’histoire. Même si l’Italien n’a pas forcément brillé par son talent sur les rectangles verts !

Un geste tout à fait naturel

Formé dès son plus petit âge dans les classes de jeunes du club de foot de Bari, Giovanni Roccotelli va dès ses premiers vrais coups de pieds dans le ballon se découvrir une particularité et un geste pour le moins étonnant. Nous sommes alors au tout début des années 70, et le gamin n’a même pas 20 ans et s’apprête à faire un grand saut dans le monde semi-professionnel. Mais malgré sa petite taille et sa rapidité qui font de lui un ailier au style basique mais très efficace, le joueur est surtout reconnu pour un geste très étrange qu’il multiplie depuis son enfance et qui l’a suivi pendant toute sa formation.

« Je frappais souvent le ballon avec le pied droit en pliant au maximum la jambe gauche, ma jambe d’appuie. J’ai découvert que j’avais ce don quand j’étais petit, et je pouvais frapper comme ça très fort, sans aucune différence » racontait le garçon à la télévision italienne il y a quelques temps. Très vite, le jeune Roccotelli devient ainsi rapidement une petite attraction dans les Pouilles, même si tous les entraineurs qui ont côtoyé le bonhomme n’ont jamais vraiment apprécié cette façon de jouer, comme le soulignait encore Giovanni : « tous mes entraineurs en équipes de jeunes me disaient de ne pas trop exagérer avec ce geste, car je donnais l’impression de me moquer des adversaires. Mais pour moi, le coup était tout à fait naturel et je ne voulais narguer personne ».

Une petite star à Ascoli

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En réalité, frapper de la sorte le ballon était quelque chose de totalement nouveau et vraiment incroyable pour l’époque, et le jeune pugliese va alors surfer sur ce geste pour tenter de percer au plus haut niveau. En 1973, Roccotelli quitte d’ailleurs ses Pouilles natales et son club de Barletta pour rejoindre Avellino et faire un pas de géant dans sa carrière. Et c’est bien la-bas que l’ailier va connaitre pour de bon l’élite du Calcio, puisqu’il passera successivement du club de Campanie au Torino, à Ascoli et Cagliari. Des expériences qui lui fourniront un joli CV, mais qui ne masqueront pas pour autant un niveau pas forcément en adéquation avec la Serie A. Car Roccotelli a surtout fait partie du Cagliari et de l’Ascoli versions Serie B…

Malgré tout, même en deuxième division le joueur continue d’enflammer les soirées de football. De 1977 à 1979, le fantasque italien devient même une pure attraction à Ascoli, et les tifosi se ruent en masses tous les soirs au stade pour voir Roccotelli effectuer son coup du foulard. « Les défenseurs restaient sans paroles quand je faisais le geste, et les supporters déliraient complètement. On m’arrêtait même dans la rue, pour me demander de refaire le geste le week-end suivant. Et je le refaisais », se souvient Giovanni, « pour ne pas les décevoir ! ». Avec son « incrociata », le natif de Bari va alors marquer deux buts de cette façon au cours de sa carrière. Un avec l’Ascoli sur un tir lointain, et un autre sur coup franc direct avec la Nocerina, club de Serie C où il y finira une partie de sa modeste carrière.

Un football de haut niveau pas vraiment fait pour lui

Pensionnaire légendaire de Serie B et de Serie C (plus de 200 matchs confondus), Roccotelli a toutefois eu sa chance pour éviter les bas-fonds du football italien. Mais un coup du destin et une belle tête de mule lui ont fait rater sa voix. En 1974 il débarque en effet dans un Torino ultra performant qui ira même gagner le Scudetto la saison suivante, mais le Pugliese joue de malchance. « À l’époque, il n’y avait qu’un seul remplaçant, et j’étais le changement de Claudio Sala » (capitaine du Toro et international italien…) regrettait avec humour Roccotelli. « Nous étions de très bons amis, mais Claudio, bon sang, ne s’est jamais fait mal ! Aucune blessure, toujours sur le terrain, toujours très bon… » racontait le joueur. 

Pire encore, Roccotelli n’en fait qu’à sa tête et tente tout le temps son fameux geste technique aux entraînements, à tel point qu’il se rate souvent et se ridiculise, comme le faisait savoir Eraldo Pecci dans son bouquin « Il Toro non può perdere » (qui retrace l’histoire du Scudetto de 1975-1976). « Roccotelli était un joueur fort sympathique, mais en croisant les jambes pour faire son geste, il se trompait souvent et tombait la tête la première sur le terrain » avouait l’écrivain italien. Résultat, le joueur ne totalisera qu’une dizaine de matchs en granata et ne foulera même pas la pelouse l’année du titre… Grand amateur de divisions inférieures, il participera tout de même aux montées historiques en Serie A avec Ascoli et Cesena. Et son geste, quant à lui, restera ancrée dans le monde du football. Sauvant un tant soit peu la carrière de ce bon vieux Roccotelli.

Boris Abbate

Rédacteur



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