Gel des salaires à la Juventus, les dessous d’une décision inédite

Par Arno Tarrini publié le 01 Avr 2020

Suite à l’arrêt total des compétitions sportives en Italie, dû à la pandémie de Covid-19, les joueurs et le staff de la Juventus ont trouvé un accord avec la direction du club, concluant une suspension des salaires pendant quatre mois. Retour sur une décision inédite.

La Juventus montre la voie

Ce samedi soir, après plusieurs jours de négociations, la Juventus a indiqué via un communiqué que les joueurs Bianconeri et leur entraineur Maurizio Sarri, avaient accepté de réduire leur salaire annuel de 30%, afin de compenser les pertes du club liées à la suspension des compétitions sportives. Selon ce même communiqué, cette décision permettra à la Juventus d’économiser 90 millions d’euros sur l’exercice 2019/2020.

Cette mesure, motivée par une crise sanitaire qui, à ce jour, a causé la mort de 12 428 personnes en Italie, et a contaminé trois joueurs de l’effectif, est particulièrement appréciée. Elle ouvre la voie à des négociations dans d’autres clubs et envoie un signal fort, à l’heure où la reprise du championnat italien est plus que jamais menacée. Vincenzo Spadafora, le ministre des sports italien a jugé « irréaliste » une possible reprise du championnat le 3 mai, et a proposé de prolonger la suspension des compétitions sportives en Italie, pour tout le mois d’avril, au minimum.

La Juventus, prévoyante sur ce coup, ne se fait pas d’illusions et a évalué, avec l’ensemble de son staff technique, les chances d’une reprise éventuelle. Et compte tenu de la décision de suspendre les salaires pour les mois de mars, avril, mai et juin, il semblerait qu’elles soient plutôt faibles. Cependant, il est important de préciser que les joueurs ne renoncent pas réellement à quatre mois de salaire. L’accord prévoit en effet qu’ils renoncent au paiement des quatre dernières mensualités de cette saison sportive, tout en récupérant 2,5 mois dans les saisons à venir. Ils ne renoncent réellement qu’à 1,5 mois de salaire.

Chiellini, capitaine et futur dirigeant

La proposition avait été approuvée ces derniers jours par le président Andrea Agnelli, le directeur sportif Fabio Paratici et le capitaine Giorgio Chiellini, accompagné par Gianluigi Buffon et Leonardo Bonucci.

Chiellini, titulaire d’un diplôme d’économie et de gestion, a fait office d’intermédiaire entre les différents acteurs du club, en proposant trois « plans » de crise, et en négociant au nom des joueurs. Suite à son action, le défenseur de 35 ans s’est attiré les louanges de la presse italienne, qui en fait un leader « total », « un capitaine, destiné à devenir dirigeant ». « L’avenir de la Juve passe par Chiellini » pouvait-on lire dans les pages de la Gazzetta Dello Sport ce lundi.

De lourdes pertes annoncées dans un contexte économique particulier

Mais attention, cette décision n’est pas à confondre avec de la charité. Elle s’inscrit dans un contexte économique particulier, et répond à des dynamiques financières éloignées des terrains.

La Juventus, ce n’est pas qu’un club, c’est une entreprise à part entière. C’est l’un des clubs les plus riches du monde, avec 459,7 millions d’euros de revenus en 2018/19, mais aussi l’un des 22 clubs côtés en bourse. D’ailleurs, après l’annonce de l’accord, qui a rassuré les investisseurs, l’action du club a gagné 5.07 % à la bourse de Milan ce lundi. Dans ce contexte, la baisse des salaires permettra à la Vielle Dame de réaliser des économies concrètes (90 millions d’euros en 2019/20), alors que ses comptes sont dans le rouge. En effet, selon un rapport de la banque d’investissement, Banca IMI, la Juventus a enregistré 50 millions d’euros de dette le semestre dernier, alors que sa dette totale s’élève elle à 326,9 millions d’euros. La faute à une balance revenus/salaires déséquilibrée.

L’impact négatif du coronavirus sur les finances du club pourrait être catastrophique : 110 millions d’euros de pertes au minimum, si les matchs prévus ne se jouent pas (45 millions d’euros liés aux droits TV, 25 millions pour les recettes de l’Allianz Stadium et 40 millions liés aux sponsors.). Et même si la baisse des salaires permettra au club de respirer un peu, il devra, quoi qu’il arrive, vendre, ou réduire sa masse salariale dès cet été.

PS : L’Inter a elle aussi indiqué la baisse de ses salaires, tout comme d’autres équipes comme le Torino. 

Arno Tarrini

Étudiant en journalisme, passionné de sport, d'économie et de politique. Amoureux du ballon rond.



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